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Marc François.
Photo Fanny Reynaud.
Edito

Les fantômes rouges de l’avenue de l’Union Soviétique

Au moment où la Russie de Poutine envahit l’Ukraine, la sympathie de quelques-uns pour le dictateur se révèle gênante. Mais il y a aussi des noms qui dérangent…

Relançant une polémique qui ne date pas d’hier, Louis Giscard d’Estaing demande à Olivier Bianchi d’en finir avec le nom ô combien discutable d’avenue de l’Union Soviétique. « Il faut tourner cette page. L’Union Soviétique laisse un souvenir douloureux même au peuple russe » s’est exprimé le maire de Chamalières, rebondissant sur les événements dramatiques qui ensanglante l’est européen. 7 Jours à Clermont n’avait pas attendu l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine pour exprimer sa position sur ce sujet à forte valeur symbolique. Afin de justifier le nom de cet axe clermontois, qui abrite la gare, porte d’entrée de la ville pour de nombreux visiteurs, le président de la métropole se réfère lui-même à l’histoire, une histoire dont il se dit passionné et qu’il évoque régulièrement lorsqu’il fustige les totalitarismes ou les velléités nationalistes. Selon lui, il ne faut pas oublier « la participation déterminante de l’URSS dans la libération de l’Europe durant la deuxième guerre mondiale.» 

Au nom de l’histoire et de ses victimes

Convoquons donc l’histoire pour dresser un bilan certes succinct mais ô combien éloquent de l’URSS : d’un côté, plus de quinze millions de morts sur le seul territoire russe, le goulag, les famines, les déportations massives, l’écrasement des pays voisins, leur mise sous tutelle, derrière un « rideau de fer », les tragédies de Katyn en Pologne, de Budapest et de Prague, des décennies de privation de liberté, un régime couleur rouge sang qui a été à l’origine de l’avènement des Pol Pot ou Mao Tsé-toung dont on connaît les abominations. De l’autre côté, un rôle essentiel dans la deuxième guerre mondiale et la victoire face à l’Allemagne nazie (avec laquelle elle avait initialement signé un pacte de non-agression).

Poutine, l’émule

L’URSS, l’un des cauchemars du XXe siècle, malade de ses propres démons, a fini par s’effondrer comme un château de cartes au tout début de la décennie 90. La guerre en Afghanistan et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl lui ont porté le coup de grâce. Peut-être Vladimir Poutine, qui a fait fermer l’ONG Memorial (elle s’efforçait de sauvegarder la mémoire des crimes commis par l’ex URSS), rêve-t-il de marcher sur les traces de ses prédécesseurs communistes, Lénine et Staline ? Mais l’Union Soviétique fort heureusement n’est plus d’actualité. Sauf peut-être à Clermont, dans le quartier de la gare, où ses fantômes rodent encore.

 

À propos de l'auteur

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

2 Commentaires

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  • D’habitude, je suis assez en adéquation avec les chroniques de Marc, mais là, non.
    Je suis apolitique, et donc mon cœur balance nullement pour l’Est que pour l’Ouest. Comme tout le monde (ou presque !), je suis contre toute guerre et ses atrocités. Mais je suis aussi contre l’agression et la haine à l’encontre des êtres humains, qui acquièrent chaque jour des proportions transcendantes. Je suis aussi contre la discrimination fondée sur la nationalité.
    Je pense que cet article est dans le politiquement correct, et je trouve que cela va au-delà de l’indépendance et des jolies choses que nous propose 7 Jours à Clermont depuis des années. Pas plus tard que la semaine dernière, je livrais quelques réflexions sur le sujet : https://dfnetwork.pro/le-besoin-de-medias-independants/
    Je sais qu’il est tendance de rester dans l’émotion… Moi je proposerais bien que nous changions une autre artère du centre-ville : celle de l’Avenue des Etats-Unis !

  • Ce nom d’Avenue de l’Union Soviétique souligne le poids de ce pays (Et non pas du régime !) dans la victoire, vous confondez peut-être naïvement les deux, encore que…
    Le sacrifice a touché tous les peuples de l’Union et par ce nom historique et en effet périmé, c’est aussi une façon de se rappeler entre autres des soldats ouzbeks, tadjiks, arméniens, azéris, biélorusses et autres nombreux peuples de Sibérie.
    Les chapelets des travers de l’URSS forme en effet une liste terrible et longue mais pour le coup, elle est hors sujet , car comme le voulaient les élus clermontois à la Libération, l’objectif était bien de souligner l’importance de ce pays dans la victoire et rappeler le sacrifice de ses peuples.
    Sinon je vous invite au plus vite à faire naïvement le même exercice et à passer au tamis des crimes et massacres les avenues de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, d’Italie et autre Place d’Espagne… Comme vous le savez, c’est souvent cruel, dramatique et saignant… Sinon on peut donner exclusivement des noms de fleurs et plantes (non carnivores par contre.)

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