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Des livres pour s’évader à l’heure du confinement

Et si les longues heures que nous subissons nous redonnaient le goût de la lecture ? En cette période si particulière, les membres de l'équipe de 7 Jours à Clermont, chacun à leur tour, font part d'un coup de cœur, un livre dont ils vous conseillent les pages.

Les Belges aimeraient-ils mieux les livres que les Français ? En tous cas, au pays de Simenon, de Maeterlinck et d’Hergé, lui aussi frappé par le confinement, le livre a été classé comme un bien de « première nécessité » et les librairies sont demeurées ouvertes. Un joli coup de pouce à un secteur déjà fragilisé. La période, longue et souvent mal vécue, est en tous cas propice à la lecture. Une activité dont nous prive parfois le rythme effréné et aveugle du quotidien.

Alors, un par un, au beau milieu de leur « confinement » ordinaire, les membres de l’équipe de 7 Jours à Clermont font part, aujourd’hui et demain, de leur « coup de cœur », un ouvrage qu’ils conseillent, parmi d’autres lectures, pour meubler ces longues journées printanières où ils ne nous restent guère que les livres pour nous échapper. Au moins un peu…

Josée Barnerias (chronique Zoones) : Pas de fusils dans la nature- Les réponses aux chasseurs de Pierre Rigaux (Editions humenSciences- préface de Nicolas Hulot).

“Si nous pensons sortir différents de la crise actuelle, il est bien des domaines où nous allons devoir revisiter nos bases. Le livre de Pierre Rigaux Pas de fusils dans la nature, paru en septembre 2019, peut nous y aider en ce qui concerne la « tradition » et les pratiques cynégétiques. Trafics d’influence, lobbying, arriération, dissimulation, mensonges, appât du gain, mauvaise foi et surtout violence, cruauté, saccage des espèces, mépris de la biodiversité… C’est peu dire que les chasseurs jouissent d’une impunité totale puisque, au contraire, ils sont protégés par les gouvernements successifs. Le livre de Pierre Rigaux est d’une précision chirurgicale. Documenté et argumenté. Si vous pensez que la chasse est un loisir comme les autres, l’ouvrage pourrait bien vous faire changer d’avis. Si vous pensez qu’elle est nocive, vous êtes encore loin du compte…”

Patrick Bossin (chroniques Escapades d’un Clermontois)- Vingt ans après d’Alexandre Dumas.

“Le comte de la Fère regardait la barque s’éloigner guidée par la main ferme du bourreau de Béthune. A son bord, madame de Winter l’ex-épouse du comte vivait ses derniers instants. Sur la berge, le jeune De Bats était triste, elle avait été sa maîtresse. il faut dire que la diablesse aidée par le puritain Felton avait tenté d’assassiner le duc de Buckingham.  Vingt ans après, les valeureux bretteurs tentaient de sauver Charles 1er, condamné par Cromwell et ses horribles têtes rondes. Alors, je pense toujours aujourd’hui que Dumas reste un « grand » écrivain qui donne une bonne idée de l’histoire, en suivant les exploits du jeune garde de la compagnie de monsieur de Essart et de ses trois amis … mousquetaires. ”

Roman Cassanas (webmaster) : Hannibal and me d’Andreas Kluth (édition Penguin Random House)

“Le succès peut être une prison, l’échec une libération. Tout dépend de ce que l’on en fait !

Andres Kluth, notamment à travers la figure du légendaire Hannibal (Barca, pas Lecter), archétype du héros, décortique nos succès et nos échecs. L’auteur nous rappelle que les triomphes des Carthaginois sous ses ordres ne conduiront jamais à la destruction de Rome. La ville éternelle se montrant capable de rester stoïque pendant des années  d’occupation… Mais aussi  que le retour de flamme fut terrible pour Carthage et pour Hannibal après la défaite contre Scipion. Pour autant, Hannibal est encore aujourd’hui considéré comme un modèle militaire malgré son échec au goût de triomphe. Ces deux faces d’une même pièce sont donc protéiformes et nos réactions face à elles déterminent nos chemins à venir… ”

Véronique Feuerstein (journaliste) : Une vie pour le cinéma de Jean-Jacques Annaud et Marie-Françoise Leclère (éditions Grasset)

“C’est en écoutant une émission de radio que j’ai découvert l’existence de ce livre. Je l’ai d’abord offert à mes parents, cinéphiles avertis puis je leur ai emprunté. Nous avons eu tous les trois un vrai coup de cœur pour cette autobiographie de l’un des plus grands cinéastes français qui dévoile les secrets et les folies de la fabrique du cinéma. Il est aussi plein d’anecdotes sur les tournages du Nom de la rose, l’Ours et les nombreux chefs-d’oeuvre de Jean-Jacques Annaud. J’aime particulièrement l’anecdote sur Sean Connery qui refuse d’enlever ses chaussettes dans ses sandales de moine dans Le Nom de la rose, il faut dire que ce n’est pas qu’un caprice de star car il fait un froid de gueux sur le tournage. “

Patrick Foulhoux (journaliste)- Mécanique de la chute de Seth Greenland (Liana Levi)

“Magnat new-yorkais, œuvrant dans l’immobilier, Jay Gladstone conforte sa popularité en possédant une équipe de basket de la NBA emmenée par une star de la discipline. L’empire Gladstone est colossal et florissant, jusqu’à ce qu’une maladresse fatale ne grippe cette belle mécanique bien huilée. Roman noir exaltant et passionnant qui démontre que même le capitalisme n’est pas à l’abri d’un écart de conduite. Métaphore transposable aux événements actuels et aux effets qu’ils auront par la suite. ”

Marc François (journaliste)- Les nouvelles histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe.  

Edgar Allan Poe- photo D.R.

“Il faut bien un telle séquence pour trouver le temps de se replonger dans d’anciennes lectures. Pourtant, parfois, La Chute de la maison Usher, La barrique d’ d’Amontillado, Le Diable dans le beffroi, Le corbeau  ou encore Le Masque de la mort rouge trottaient dans ma tête comme de vieilles ritournelles fantasmagorique. Alors, de ma bibliothèque un peu poussiéreuse, j’ai ressorti  Les nouvelles histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe. Et, sans tarder, j’ai retrouvé le charme puissant de l’irréel, la précision diabolique des descriptions, le style homogène et efficace, portés par la traduction fidèle de Charles Baudelaire. Avec Poe, maître de la nouvelle et du conte, l’imaginaire est à la fois foisonnant et parfaitement sous contrôle. Un nec plus ultra. ”

Eric Gauthey (chroniques Billet nomade)– Le mythe de Sisyphe d’Albert Camus.

“Dans ma logique des “Billets nomades”, je m’orienterai assez naturellement, délaissant le trop médiatique Sylvain Tesson, vers une valeur plus sûre, Nicolas Bouvier. Et tout particulièrement son Poisson scorpion où le récit ciselé de cet esthète des lettres et du voyage nous emmène aux confins du monde et dans son confinement à Galle, Sri Lanka. Mais le naturel n’est pas le meilleur choix. Par inclination personnelle autant que par passion, c’est donc Camus qui emporte ma décision. Tout Camus. L’opportuniste La Peste n’est certes pas à délaisser, mais cette grande interrogation sur la condition humaine (Ah, Malraux, pourquoi pas ?) à laquelle les circonstances nous obligent, pousse au premier rang du rayon Le mythe de Sisyphe. Enfin, pensant à nos voisins et cousins italiens, La fin est mon commencement de Tiziano Terzani mérite d’être du trio. ”

Roger Herzhaft (chroniques Carnets de cinéma) – La valse des arbres et du ciel de Jean-Michel Ghenassia (Albin Michel).

“Été 1890, Marguerite, la fille du docteur Gachet, le présumé ami des impressionnistes, vit mal sa condition de femme, en cette époque très difficile. Sa rencontre avec Vincent Van Gogh dont elle va tomber amoureuse va tout changer. En fait elle sera son dernier amour. Dans La valse des arbres et du ciel, Jean-Michel Ghenassia nous raconte cette étonnante histoire avec un style à la fois lyrique et lumineux. L’auteur du formidable Club des incorrigibles optimistes nous révèle des vérités ignorées par la plupart d’entre nous. Le docteur Gachet n’est pas le gentil soutien du grand peintre et la mort du grand peintre n’est peut-être pas celle qui nous est contée depuis toujours. A la lecture de ce merveilleux livre, le confinement vous apparaîtra comme une sorte de cadeau. ”

Albert Camus plébiscité- photo D.R.

Denis Langlois (chroniques Poussières volcaniques) – L’Étranger d’Albert Camus. 

“Par ces temps d’épidémie, ne pas se contenter de lire ou relire La Peste de Camus. Penser aussi à L’Étranger. L’histoire d’un meurtre absurde et gratuit, mais assumé. “Un homme amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres” selon la formule de Camus lui-même. Un style si dépouillé qu’il en devient riche. Attention ! on n’en ressort pas indemne. Assaisonner d’un peu de poésie de Gérard de Nerval. Ça donnera encore davantage de goût. ”

Yves Meunier (chroniques Hors Jeu)–  ‘’Douce France où est (passé) ton bon sens,’’ de Sonia Mabrouk (Editions Plon).  

“L’ouvrage n’entre pas dans la catégorie des grandes œuvres de la littérature classique ou contemporaine mais, au-delà de la crise sanitaire qui nous accable en ce moment, cette ‘’lettre ouverte à un pays déboussolé’’ me semble être la bienvenue à une époque où notre collectif a égaré ses facultés de discernement dans tous les domaines.

Intervieweuse vedette des matinales d’Europe 1, notre consœur franco-tunisienne propose de remettre ‘’l’église au centre du village’’ par la reconquête du bon sens, en tapant fort sur les sujets qui fâchent et en piétinant le politiquement correct. Tout cela n’est pas fait pour me déplaire, bien au contraire.”

Karine Mioche (chroniques Paroles de psy)- “La joie” de Charles Pépin (éditions Allary).

La mélancolie, exacerbée par le contexte, ne doit pas faire oublier la Joie. Le personnage Solaro, inspiré par Meursault de Camus, semble tenir éloigné une certaine tristesse, mû par un indicible goût de la vie. “Je lui annonce qu’on va se faire une bonne omelette, tous les deux, une omelette aux cèpes bien baveuse avec un petit Sancerre rouge… Le son de la bouteille sur le plan de travail, la vision des cèpes et des œufs à côté, c’est tout ce que j’aime.»

C’est doux au début, violent ensuite, ça se glisse dans la vie à partir de descriptions éveillant les sens et l’esprit, le corps et l’âme, les mots sont « vrais », ce ne sont pas les mots bleus.

Julien Oury, lecteur de Laurent Fignon.

Julien Oury (journaliste) – Nous étions jeunes et insouciants, Laurent Fignon (éditions Grasset).  

«  C’est avant tout pour revivre mon premier grand souvenir de cyclisme, le contre-la-montre du Tour de France 1989 et son improbable scénario, que j’ai souhaité lire le livre autobiographique de Laurent Fignon, Nous étions jeunes et insouciants. Mais, rapidement, l’histoire de ce jeune coureur, loin des standards en étant parisien d’origine et un poil « intello », m’a passionné ! L’occasion de mieux comprendre un destin hors norme et de découvrir un autre cyclisme, à une époque où le dopage institutionnalisé entrait peu à peu dans les mœurs d’un sport éminemment populaire. »

Olivier Perrot (journaliste) –  “Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon” de Jean-Paul Dubois (Edition de l’Olivier)

“Paul Hansen, le narrateur du dernier Jean-Paul Dubois prix Goncourt 2019, connaît bien le signification du mot confiné. Il purge en effet une peine de prison à Montréal et doit partager sa minuscule cellule avec Horton, Hells Angel dingue de Harley-Davidson, incarcéré pour meurtre.

Le roman est partagé entre le récit de la vie d’Hansen fils d’un pasteur danois et d’une exploitante de cinéma à Toulouse, et un quotidien de confiné avec WC ouvert et douche occasionnelle. Dans cet univers minuscule Dubois introduit avec brio fraternité et révolte face à toutes les formes d’injustice. ”

Sandrine Planchon (journaliste) – “Désert” de J.M.G. Le Clézio.

“Un choc littéraire, ado, ce Désert qui évoque l’évolution du peuple touareg à travers deux récits que 70 ans d’histoire séparent. Eloge d’une civilisation broyée par le colonialisme et l’immigration vers les grandes villes, Désert suit le parcours initiatique de Lalla, jeune descendante des hommes bleus, en errance entre le Maroc et un quartier Nord de Marseille. Une quête d’identité portée par une écriture poétique. Sensorielle et épurée. D’une grande musicalité. Une ode à la liberté pour ce grand roman de la réparation et du retour aux sources.”

Anne-Sophie Simonet (chroniques d’Histoire en histoires) – “Les Carnets du major Thompsonde Pierre Daninos* 

« La France est le seul pays du monde où, si vous ajoutez dix citoyens à dix autres, vous ne faites pas une addition, mais vingt divisions. »

Le ton ainsi donné, on se doit de croquer à pleines pages les observations croustillantes du so british major William Marmeduke Thompson, qui délaisse la chasse au tigre pour explorer « la jungle française ». Se faisant passer pour son traducteur, Daninos promène son héros dans une France surannée avec un style aussi étincelant que les trente glorieuses furent chatoyantes. Une (re)lecture sociologiquement drolatique en ces temps forcément inquiétants de mise en quarantaine de notre liberté chérie…”

Emmanuel Thérond (journaliste) – « Alto Braco” de Vanessa Bamberger (Editions Liana Levi).

“D’un côté, le lecteur, confiné, enfermé dans un quotidien étriqué. De l’autre, les espaces infinis de l’Aubrac, à perte de vue, comme un antidote à cette période de claustration imposée. La lecture de Alto Braco (“haut lieu”, en occitan), le dernier roman de Vanessa Bamberger, permet de pousser les murs de son logement pour se retrouver au cœur de cette terre faite de “replats et de crêtes, d’herbe brûlée et d’infini brumeux.” Sur le plateau, “tout semble plus grand“, écrit l’auteur. Le confinement, ici, est essentiellement familial, avec des secrets, des non-dits et des sentiments qui enferment les personnages dans leur propre légende.  Cette quête des origines est racontée par Brune, la narratrice, qui revient sur le plateau au moment de la mort de sa grand-mère. J’ai adoré la lecture de cette fiction à l’écriture soignée, comme un voyage immobile vers les lieux de mon enfance.”

Patrice Vergès (chroniques Ça m’énerve) – “Le fils du chiffonnier” de Kirk Douglas (Presses de la Renaissance).

“Passionné de cinéma, je suis lecteur de biographie d’acteurs depuis près de 40 ans. Sur les centaines lues, la plus passionnante, la plus authentique est à mon avis, les mémoires de Kirk Douglas récemment disparu au bel âge de 103 ans. Dans sa première bio publiée dans 1988 sous le nom Le fils du chiffonnier, Douglas raconte son enfance pauvre, ses débuts de sa carrière, son métier de star, ses engagements politiques contre le maccarthysme. Ce livre est un monument pour ceux qui s’intéressent au cinéma. Il conte que sa maman prénommée Bryna ne savait ni lire ni écrire. En l’honneur de sa mère, il avait appelé sa boîte de production Bryna. Lorsque le film Spartacus qu’il avait produit et interprété est sorti en 1961, sur le fronton du grand cinéma en grandes lettres néon où il était projeté, s’affichait “Bryna Productions présente Spartacus“. Il a emmené sa maman en voiture devant la devanture du cinéma et lui a expliqué” tu vois, c’est ton prénom écrit en grand !”.”

 

* Le livre, datant de 1954, a été réédité en 2012 aux éditions Bernard de Fallois en deux tomes. Également disponible sur Internet (PDF et extraits).

Photo D.R.

 

 

 

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2 Commentaires

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  • Evidemment, et nous aurions aimé pouvoir le faire. Pour ceux qui comme moi n’ont pas un appartement extensible, l’espace de vie est un peu limité. Du coup, lorsque le Premier Ministre a fait état de sa décision que tous les commerces devraient être fermés – ceci un samedi soir après 19 heures ! – il était difficile de s’organiser.
    Du coup et depuis le confinement, l’accès aux livres est plutôt limité !

  • Comme nous aurions aimé pouvoir en lire certains. Cela dit, notre cher Premier Ministre nous informant un samedi soir après 19 heures, que seuls les commerces de premières nécessités seront ouverts, il a été bien difficile de s’organiser, d’autant plus que le mardi suivant était instauré le début du confinement.
    On aurait aimé un petit peu plus de préavis sur ce coup-là !

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