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Goa Reis Magos. Photo E Gauthey.
Chroniques

Extérieur Monde

Voilà bien un titre qui déroute et peut autant nous conduire à le laisser à la poussière des rayons que, intrigué, à tenter l’aventure de sa lecture

Je ne connaissais rien d’Olivier Rolin (plus de son frère Jean). Né en 47, une première vie d’engagement absolu, aux marges et limites du droit, puis une vie d’écriture et de voyages.

Avec Extérieur Monde, c’est à Bouvier que l’on pense : « On croit que l’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait ». Avec Olivier Rolin, on croit que l’on va lire un livre, mais bientôt c’est le livre qui vous lie, ou vous délie.

De même des premiers pas du voyage, les premières pages sont laborieuses, déroutantes comme, dès le début, avec ce cheval fou pour aborder les Açores. C’est que l’auteur appelle, plus que ses souvenirs et selon ses propres mots, les traces de ses voyages sur sa vie. Bouvier à nouveau.

Chemins de traverse

C’est de chemins de traverse qu’il faut parler. Ils nous font parcourir sans ordre d’intention un monde de destinations connues mais d’étapes qui le sont bien moins. Ainsi de la Grèce dont il ne s’agira ni de Mykonos, de Santorin ou des Météores mais d’un ilot qu’il faudra rechercher dans l’immensité égéenne, Tinos. D’une ile à l’autre, celle des Açores suit et comme l’auteur l’aborda par avion, c’est d’un avion qu’il nous emmène au Tchad …

On pense à ce jeu d’enfant ou chacun devait commencer une phrase, l’autre devant la poursuivre par le dernier mot et ainsi de suite jusqu’à épuisement de l’imaginaire ou victoire de l’absurdité.

Olivier Rolin nous tire, nous traîne aux premières étapes du hasard narratif puis nous embarque dans son chemin de mémoire ou le monde le dessine plus qu’il n’en établi un état, encore moins un usage.

Ses étapes sont ailleurs, parfois intimes, souvent féminines. Grace à ces « Roxanne » des robes sont passées dans sa vie[1]. Ses étapes ouvrent autant, et souvent, des fenêtres sur une actualité révolue mais que le monde d’aujourd’hui traîne comme un linceul. Ainsi de ses rencontres avec Massoud. D’une tombe juive à Prague, il nous transporte en quelques lignes au cimetière chrétien du Caire et des pans d’Histoire affleurent au gré des mots. Un tour du monde en ricochets qui tisse au fil des pages une expérience partagée et ouverte.

C’est au lecteur de se questionner car l’auteur laisse filer son voyage, avec humilité, humour souvent, (auto)dérision régulièrement.

Après avoir risqué d’être débarqué aux premiers chapitres, c’est embarqué et transporté que je bouclerai les 300 pages d’Extérieur Monde[2] et puisque la Russie y est présente, rebondissant sur le mot et abordant un autre ouvrage de l’auteur, « Baïkal Amour », je trouverai – enfin – l’un de ses regards sur le voyage : « Tout fuit, tout glisse, rien ne heurte et soi-même on se dit qu’on est bien ici, loin de chez soi, libre provisoirement de toute attache, que c’est pour ça que l’on voyage … ».

[1] Edmond Rostand. Cyrano de Bergerac

[2] Extérieur Monde. Olivier Rolin. Éditions Gallimard. Juin 2019

À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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