Médecins du Monde vient de lancer une alerte sur le quotidien des livreurs à vélo en publiant les résultats de l’enquête « Santé-Course » menée de janvier à mai 2025, en collaboration avec l’Institut de recherche pour le développement, l’Institut national d’études démographiques (INED) et de nombreux acteurs associatifs dont des collectifs de livreurs.
1 004 livreurs à vélo ont été interrogés à Paris et à Bordeaux sur leurs conditions de travail et leurs conditions de vie. Ce rapport tend à confirmer que les plateformes, dont les plus connues sont Deliveroo et Uber Eats, ont créé des situations sociales difficilement acceptables pour les travailleurs.
Pour Uber Eats, les résultats de l’enquête sont faussés par la méthodologie. La plateforme dénonce le fait que l’étude ne porte que sur 1 000 livreurs et deux villes seulement alors qu’elle est présente dans 538 agglomérations. Elle reproche également à l’enquête de ne pas donner une image fiable de la situation, argumentant que Médecins du Monde a, en partie, sondé les livreurs dans des maisons associatives qui concentrent les populations les plus précaires.
Une situation médico-sociale alarmante
Clermont ne semble pas présenter un visage bien différent de celui dépeint par l’ONG. Il suffit d’observer le manège permanent des livreurs dont les points d’attente sont concentrés autour de la place de Jaude pour se rendre compte que ce que l’on nomme l’ubérisation a bel et bien généré un groupe social condamné à évoluer dans « une forme d’esclavagisme moderne ».
Selon Médecins du Monde : « L’étude dévoile une situation médico-sociale alarmante » et une « précarité administrative et socio-économique des livreurs au dévoiement du statut d’autoentrepreneur », les livreurs présentant une santé mentale fortement fragilisée.
Selon les conclusions de l’ONG, le recours aux soins est limité par plusieurs facteurs, dont l’absence totale de couverture santé pour 32 % des livreurs. Le recours aux soins est également bloqué par un rythme de travail moyen hebdomadaire de 63 heures et un manque de ressources financières.
L’étude « Santé Course » pointe la faiblesse du revenu de ces travailleurs qui, à 99 %, sont des hommes, à 99 % sont étrangers et dont les deux tiers sont sans titre de séjour.
Pour 63 heures de travail hebdomadaire, le revenu moyen mensuel s’élève à 1 480 euros brut, mais les trois quarts des livreurs interrogés déclarent passer par un « loueur de compte » pour pouvoir travailler, moyennant un « loyer » mensuel de plus de 500 euros. Ceux qui possèdent leur propre compte, sous le statut de micro-entrepreneur, doivent quant à eux s’acquitter de 21,2 % de cotisations Urssaf.
Une activité à risque
Autre question récurrente : celle de la sécurité routière. Pour pouvoir répondre aux injonctions des plateformes et suivre le rythme imposé, les livreurs à vélo doivent travailler en prenant des risques et en s’affranchissant bien souvent des règles du code de la route. Vélos électriques non homologués usés jusqu’à la corde, circulation de nuit sans éclairage, non-respect des feux tricolores… ces comportements à risque se retrouvent dans les statistiques. Plus de la moitié des livreurs affirment avoir déjà eu un accident, et parmi eux, 78 % déclarent avoir été blessés.
La nouvelle municipalité clermontoise, qui souhaite lutter contre les incivilités sur la voie publique, va devoir s’emparer du sujet. Elle devra tenir compte du fait que, pour les livreurs, il est difficile de respecter scrupuleusement le code de la route afin de soutenir le rythme qui leur est imposé. Mais ces comportements à risques contribuent à générer le sentiment d’insécurité, si souvent évoqué durant la campagne électorale. La nouvelle équipe municipale devra donc trouver le meilleur équilibre entre social et sécurité.
L’étude « Santé Course », disponible en ligne au format PDF, ne fait finalement que confirmer ce que l’on imaginait, mais elle donne l’occasion de s’interroger sur les habitudes de consommation responsables de cette forme de précarité que subissent les livreurs.











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