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Camille Kouchner Photo Eric Gauthey
Camille Kouchner / Photo Eric Gauthey
Culture

Camille Kouchner : “Immortels” ou l’enfance heureuse

Camille Kouchner était récemment de passage à la librairie Les Volcans, pour promouvoir son roman : "Immortels" à l’occasion de sa publication chez Points Poche. 7 Jours à Clermont l’a rencontrée.

Le creuset de l’enfance

La narratrice, K, est une femme adulte, confrontée à la maladie et à l’amputation. Seule face à cette fracture, elle se replonge dans son enfance, dans ce duo absolu, cette cellule indivisible qu’elle formait avec Ben, dont elle apprend le décès : « Des jours entiers l’on était l’un à l’autre, l’un pour l’autre et le reste du monde n’existait pas ».
Sans domination du genre (« À deux, fille et garçon, j’étais au complet ») K et Ben prenaient ensemble en charge et sans distinction ce que l’on attend d’un garçon et d’une fille, élevés par leur mère respective, féministes et libertaires formant cet autre duo du roman.
Jusqu’à ce que l’adolescence les sépare, soumis aux injonctions de leur environnement, des adultes, pour devenir homme, pour devenir femme. C’était les années 80. C’était dans un milieu (post) soixante-huitard mal assuré de ses victoires.

L’assignation des autres, l’imposition du genre

C’est tout le propos de l’autrice de décortiquer cette adolescence qui quitte la bulle de l’enfance pour s’exposer aux exigences des adultes et se construire en regard d’injonctions plus que de soi-même.
Devenir adultes pour ces deux enfants sera se plier aux règles et modèles, retrouver une dissociation des genres, la soumission à la sexualité et, notamment pour K, devenant femme, interpeller finalement sa mère libertaire et féministe : « Les femmes, d’où qu’elles viennent, subissent l’ascendance des garçons, maman. Tu aurais dû me l’apprendre, me préparer à me défendre ».
Dans cette construction divergente de K et Ben, c’est d’assignation dont Camille Kouchner veut parler, du poids de l’entourage, de la société, de l’école, des pères absents. L’autrice interrogée sur ce dernier point ne réduit pas le sujet à la seule masculinité viriliste et observe cette même assignation de genre qui les a ainsi eux-mêmes construits.
La norme gagne, quelle qu’elle soit et nos constructions s’y soumettent au lieu de lutter contre, à tout le moins de s’y préparer.

Le roman pour se libérer

Se contenter de relever l’évidente continuité de propos chez l’autrice entre son récit, La Familia Grande (1) , et son roman, Immortels, serait justesse de lecteur mais paresse d’analyse.
L’immense succès du récit a vu l’autrice fortement sollicitée par des courriers, des témoignages. Ils soulevaient des questions non traitées ou des réponses inachevées. Le récit reposait sur la vérité des personnages et Camille Kouchner y était méthodiquement ramenée : fille de, belle-fille de …
Prolonger les sujets du récit, tenter de répondre aux questions posées, aborder le thème primordial, pour l’autrice, de l’enfance mais sortir de l’exposition personnelle et publique passait donc par la liberté d’écriture apportée par le roman. Une manière pour Camille Kouchner « d’être moi ».

Immortels de Camille Kouchner vient d’être publié chez Points Poche. Première édition aux Éditions du Seuil en avril 2025.
(1) Paru aux Éditions du Seuil en 2021.

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À propos de l'auteur

Eric Gauthey

Né avec la crise des missiles de Cuba, son enfance, ses études et ses premières années de la vie d’adulte furent nomades.
Au début des années 90, il émigre à Clermont-Ferrand pour se sédentariser. Son métier, non moins sédentaire, l’engage dans le service au public (transports publics de l’agglomération clermontoise).
Le voyage reste sa passion, pour ses vacances mais pas seulement. Cofondateur d’Il Faut Aller Voir et du RV du Carnet de Voyage, il pousse jusqu’à publier deux ouvrages : « Cher Bouthan » – 2011 et « Buna Tatu » - 2017 (sur l’Ethiopie).

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