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Dominique Szymusiak devant des oeuvres de Matisse Photo 7 Jours à Clermont
Dominique Szymusiak devant Portrait au manteau bleu, 1935, de Matisse Photo 7 Jours à Clermont
Culture

Dominique Szymusiak : « Matisse donne la joie »

Ancienne conservatrice en chef du musée Henri-Matisse du Cateau-Cambrésis, Dominique Szymusiak a consacré plus de trente ans de sa vie à l'œuvre du maître de la couleur. Coauteure du catalogue de l'exposition « Henri Matisse, Dans l'aventure du tissu », actuellement présentée au Doyenné de Brioude, elle revient sur la force apaisante d'une peinture pensée comme une source de joie pure, accessible à tous sans préalable académique.

Dominique Szymusiak est l’ancienne conservatrice en chef du musée Henri-Matisse du Cateau-Cambrésis, musée créé par le peintre lui-même de son vivant en 1952. Elle fut l’âme de cet établissement labellisé « musée de France » de 1980 à 2012, en supervisant les différentes phases de travaux et en y insufflant sa vision.
Durant plusieurs décennies, son rôle fut de gérer la collection des œuvres, « de les conserver pour l’éternité et, en même temps, de les présenter au public ».

Avec une parfaite connaissance de l’œuvre du peintre, sa contribution à l’exposition « Henri Matisse, Dans l’aventure du tissu », actuellement présentée au Doyenné, espace d’art moderne et contemporain de Brioude, était incontournable. Elle est l’une des quatre auteures du catalogue de l’exposition, qui a déjà accueilli, depuis son ouverture, plus de 15 000 visiteurs.

La fraîche beauté du monde selon Matisse

Olivier Perrot : Vous connaissez Henri Matisse par cœur, et face à ses œuvres vous employez encore et toujours le mot « bonheur »…
Dominique Szymusiak : Matisse donne la joie. C’est quelqu’un qui a déprimé toute sa vie, qui ne dormait pas, qui était d’une angoisse phénoménale, qui était persuadé qu’il n’arriverait pas à faire la peinture qu’il avait l’intention de faire. Il fallait sans arrêt le rassurer, mais une fois qu’il était rentré dans la peinture et dans le dessin, c’était le bonheur.
Ce qu’il voulait, c’était « révéler un peu de la fraîche beauté du monde »… C’est ce qu’il avait dit au Cateau-Cambrésis, dans le message donné à sa ville natale. C’était la joie, le bonheur, le repos, le calme, la beauté. Le bonheur… Jamais vous ne verrez dans l’œuvre de Matisse la moindre angoisse, la moindre tension négative, on n’est que dans le bonheur. Dès qu’il travaillait, l’angoisse disparaissait alors qu’il était très anxieux.

O. P. : Le bonheur est-il toujours là, y compris dans les différentes périodes marquées par les voyages ?
D. S. : C’est moi qui vais vous poser la question… Est-ce que vous le vivez comme ça ? Rentrez-vous dans les dessins et dans les peintures en vivant une joie intérieure, un calme, un équilibre… Le ressentez-vous ? Moi, je l’ai ressenti toute ma vie, j’ai vécu avec, j’ai vécu avec beaucoup de bonheur justement ce monde extraordinaire dans lequel il nous emmène.

Femme(s) au chapeau Killian Chateau Office de Tourisme Brioude Sud Auvergne
Femme(s) au chapeau Killian Chateau Office de Tourisme Brioude Sud Auvergne

« Matisse n’attend pas qu’on ait fait 50 ans d’études pour regarder un de ses tableaux »

O. P. : Vous avez vécu avec Matisse pendant plus de 30 ans… Mais quelqu’un qui va le découvrir pour la première fois, ici à Brioude, va-t-il ressentir la même chose ?
D. S. : Est-ce que vous croyez qu’on a besoin d’avoir fait 50 ans d’études pour lire un tableau ? Regarder une couleur ? Pour jouir d’un dessin et de son équilibre ? Maintenant, le problème c’est qu’en France on n’apprend ni à entendre, ni à lire un tableau… Après, c’est la culture de chacun, mais je pense que tout le monde a la capacité d’ouvrir les yeux et de prendre ce qu’on lui offre… Et Matisse n’attend pas qu’on ait fait 50 ans d’études pour regarder un de ses tableaux. Tout le monde peut trouver absolument merveilleux l’accord entre le vert et le violet, et trouver que c’est infiniment délectable… Même si, après, on peut aussi étudier le tableau, en regarder la composition, regarder comment il est peint.

O. P. : L’idée première, c’est bien de laisser parler l’émotion ?
D. S. : Oui, mais pour cela il faut faire l’effort de regarder. Regarder, cela veut dire y passer un certain temps. On n’est pas obligé de tout aimer et de tout comprendre de ce qui est présenté dans cette exposition. On a la trame de la vie de Matisse, mais en réalité elle est absolument inintéressante. Si je vous dis qu’il est parti à Tahiti… Et alors ? Si je vous dis qu’il passait ses étés à Collioure entre 1905 et 1913… Et alors, qu’est-ce que cela change ? Rien du tout. Qu’il a été au Maroc… Oui, peut-être, mais ce qui compte, c’est effectivement ce qu’il va en faire.

O. P. : Vous qui avez travaillé sur cette exposition, qu’est-ce qui la caractérise ?
D. S. : Il y a plusieurs choses : d’abord cet intime accord entre le dessin et la peinture, le bâtiment qui est splendide, l’exposition qui est très cohérente puisque le thème, c’est Matisse et les tissus. Pour moi, le tissu est très important puisque Matisse est né au milieu des métiers à tisser qui faisaient les plus beaux tissus du monde pour la haute couture parisienne et la soierie de Lyon.
On a beaucoup occulté toute la partie décorative de l’œuvre de Matisse qui vient enluminer ces personnages, ces portraits, comme en musique quand on ajoute des petites notes. Dans les compositions qui peuvent être extrêmement complexes, le tissu vient nourrir le décor, l’œuvre entière, et s’y intégrer totalement. Le décor d’un tissu va aider à regarder les visages, les yeux, les cheveux… du dessin qui forme un tout.

« Henri Matisse, Dans l’aventure du tissu » jsuq’au 18 octobre 2026, Le Doyenné, place Lafayette, 43 100 Brioude

Visite guidée de l’exposition + Atelier aquarelle – textile, mercredi 19 août à 14h30 (Réservations au 04.71.74.51.34)

Lire aussi notre article : Les relations intimes d’Henri Matisse avec le textile

Album Jazz d'Henri Matisse Photo Killian Chateau Office de Tourisme Brioude Sud Auvergne
Album Jazz d’Henri Matisse / Photo Killian Chateau Office de Tourisme Brioude Sud Auvergne
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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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