Martin Colognoli est récemment passé à Clermont pour l’inauguration officielle de son exposition Corail Renaissance, présentée au Muséum Henri-Lecoq jusqu’au 11 octobre 2026. Cette exposition, ouverte depuis fin avril, n’avait en effet pas été inaugurée officiellement à cause du calendrier politique.
À cette occasion, le photographe est revenu en détail sur le contenu de cette exposition, véritable immersion dans les récifs d’Indonésie où des pêcheurs traditionnels et leurs familles sont au chevet des coraux en danger d’extinction, qu’ils ont entrepris de restaurer et de protéger.
“J’ai découvert cette vraie connexion au vivant et cela m’a vraiment touché”
7 Jours à Clermont : Vous êtes biologiste de formation mais c’est en photographe raconteur d’histoires que vous êtes présent au Muséum Lecoq. Que raconte Corail Renaissance ?
Martin Colognoli : C’est une histoire de pêcheurs traditionnels indonésiens qui dépendent totalement du récif corallien et qui ont mis en place un programme de restauration et de protection pour régénérer la biodiversité, pour pouvoir mieux pêcher. C’est dans cet univers que je me suis immergé en tant que biologiste marin et photographe pour être le témoin de cela. J’ai fait une grosse immersion au sein du village où j’ai passé beaucoup de temps à questionner les habitants et comprendre leur mode de vie, j’ai passé beaucoup de temps à la pêche avec eux pour comprendre ce qu’est la pêche. J’ai beaucoup échangé avec eux. J’ai passé beaucoup de temps à mettre en place avec eux un programme de régénération de protection du corail avec des résultats assez dingues. Au bout de 5 ans, il y a énormément d’espèces qui reviennent et le corail se régénère. C’est vraiment une histoire humaine sur le lien entre l’humain et le vivant. Cette expo montre qu’on ne fait qu’un avec le vivant. On ne peut pas se défaire du vivant ou en tout cas penser que l’on peut s’en défaire.
7JàC : On peut donc raconter des histoires en restant un biologiste sérieux…
M.C : Exactement. Je dirais même que j’ai beaucoup plus appris de ces personnes que eux n’ont appris de moi. En tout cas, j’ai découvert cette vraie connexion au vivant et cela m’a vraiment touché, marqué. À la base, je suis un scientifique biologiste marin et j’ai eu vraiment une profonde envie de documenter cela à travers la photographie et, de fil en aiguille, je suis devenu photographe en fait. Ça m’a transformé aussi.
7JàC : Avec vos images, vous avez voulu montrer les dégâts de l’homme partout où il passe ?
M. C : Pas partout… il y a des endroits où les humains ont moins d’impact que d’autres. Je dirais que tous les êtres vivants ont un impact. Après, nos sociétés européennes ont énormément d’impacts négatifs, mais je dirais que l’impact de ces pêcheurs sur le milieu est bien moins négatif que le nôtre. Ce sont des gens qui sont encore connectés au milieu, il y a une vraie interaction au niveau de l’alimentation, du soin.
Le corail, un animal qui a traversé les 5 grandes extinctions de masse
7JàC : Qu’est-ce qu’il a de si fabuleux, ce corail ?
M. C : En fait, le corail est un animal qui vit aussi avec un végétal, qui construit un squelette calcaire, donc c’est aussi un minéral. C’est un animal que l’on connaît peu. Plus j’ai étudié le corail, plus je me suis dit que je ne comprenais vraiment rien au corail. C’est un animal fantastique, qui a 500 millions d’années d’évolution, contrairement à l’humain qui a 315 000 ans… on est des bébés par rapport au corail. C’est un animal qui a traversé les 5 grandes extinctions de masse. À chaque fois, il en ressortait plus fort, plus adapté au nouveau milieu. Le corail doit nous inspirer dans nos modes de vie. Par exemple sur son adaptabilité, sur sa lenteur, sur sa coopération. C’est un animal qui est merveilleux.
7JàC : Est-il indispensable dans l’écosystème ?
M. C : Je dirais que tout a une raison d’exister. Le corail, c’est 0,1 % de la surface des océans, on pourrait dire que l’on s’en fout, mais c’est finalement un quart de toutes les espèces marines connues à ce jour qui vit sur ce 1 % (note : ou “ces 0,1 %” selon l’intention). C’est vraiment un laboratoire de l’évolution du vivant, ce sont des zones fascinantes, les plus biodiversifiées au monde.
7JàC : Ce reportage a bouleversé votre vie ?
M. C : Il a bouleversé ma vie sur plein de facettes. Je suis parti à l’autre bout du monde pour protéger un écosystème et maintenant je me focalise sur les écosystèmes. Ce n’est pas que je ne bouge plus, on va dire que je m’ancre dans l’écosystème qui m’entoure. Maintenant, je travaille sur la ressource en eau douce, sa préservation, toujours à travers la science, la photographie et l’exposition photographique.

Fasciné par l’eau depuis toujours
7JàC : Comme le disait René Dumont en 1974, l’eau est la chose la plus précieuse ?
M. C : Oui. Mais il y a énormément de choses précieuses : l’eau, les sols, l’air… moi je me concentre sur l’eau parce que c’est ce qui me fascine depuis que je suis petit. Ce n’était pas le corail que je ne connaissais pas, mais je suis fasciné par tout ce qui vit dans l’eau et maintenant je me recentre sur cette eau car tous les êtres vivants en ont besoin. Nous d’autant plus, car on a besoin d’eau douce, qui est une ressource rare. Elle est partout, on en consomme tous les jours. On la boit, on se lave avec, mais c’est aussi une ressource qui peut détruire nos maisons en l’espace d’une heure s’il y en a trop qui tombe du ciel.
7JàC : Pour autant, vous continuez à travailler sur le corail de manière plus artistique ?
M. C : Oui, maintenant je me focalise sur l’eau mais je continue aussi à travailler sur le corail en créant des portraits photographiques humains que je mélange photographiquement avec le corail, pour parler de l’origine du vivant en fait, car avec le vivant, on ne fait qu’un. J’ai appelé cela We are corals.
7JàC : Cette exposition est un extrait d’un travail plus vaste que l’on retrouve dans un livre et qui sert aujourd’hui de support pédagogique ?
M. C : Exactement. C’est un livre photographique avec peu de texte et beaucoup de photos qui raconte exactement l’histoire de l’exposition, mais dans ce livre, il y a 133 photos. Il s’appelle tout simplement Corail et il est publié aux éditions Hemeria. Il est utilisé pour de la pédagogie car c’est un outil de sensibilisation à la préservation du corail et aussi un bel hommage aux personnes de Seraya Besar avec qui j’ai partagé mon quotidien, qui m’ont emmené à la pêche, qui ont protégé le récif.
Corail Renaissance, photos de Martin Colognoli au Muséum Henri-Lecoq, 15 rue Bardoux à Clermont, ouvert du mardi au samedi (jours fériés compris) de 10h00 à 18h00 (dimanche : 13h00 à 18h00) jusqu’au 11 octobre 2026. Fermé les lundis.

Mardi 4 août : 10h30 : Petits jardiniers du corail, atelier pour les 4-6 ans au muséum Henri-Lecoq. Les enfants partent à la rencontre des coraux et de leurs habitants hauts en couleur. Après la découverte de l’exposition et d’une histoire pleine de surprises, ils mettent la main à la pâte et repartent avec leur propre création. (sur réservations)
Mercredi 5 août : 11h : Destination Corail, visite en famille de l’exposition Corail Renaissance au muséum Henri-Lecoq Plongez au cœur des récifs et explorez la vie fascinante des coraux, trésors fragiles des océans.
Rencontrez leurs incroyables habitants et découvrez comment ces architectures vivantes construisent de véritables cités sous-marines.
(Sur réservation. À partir de 7 ans).
Jeudi 6 août : 14h30 : Mission Corail, atelier pour les 7-10 ans au muséum Henri-Lecoq Les enfants partent à la rencontre des coraux et de leurs habitants hauts en couleur. Après la découverte de l’exposition et d’une histoire pleine de surprises, ils mettent la main à la pâte et
repartent avec leur propre création. (sur réservations)











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