L’acronyme FITE (Festival International des Textiles Extraordinaires) a disparu au profit d’un nom plus conventionnel : Biennale textile.
Le changement est aussi géographique puisque l’épicentre clermontois de la manifestation n’est désormais plus le Musée Bargoin mais le MARQ, Musée d’Art Roger Quilliot, où est présentée l’exposition Beauté(s).
Cette année, trente artistes contemporains proposent des interprétations de la beauté, en s’appuyant sur les collections beaux-arts et textiles du MARQ mais aussi sur les collections textiles ethnographiques du Musée dʼethnographie de Genève, coproducteur, qui accueillera la biennale d’avril à août 2027, en Suisse.
Nouveau nom, nouveau lieu, mais l’esprit du rendez-vous reste le même. Derrière le projet, on retrouve notamment Christine Bouilloc, spécialiste de l’archéologie du textile et actuelle directrice du MARQ.
Dialogues et confrontations au MARQ
7 Jours à Clermont : Cette exposition est-elle une sorte de renouveau, un nouveau départ, ou y a-t-il quand même une continuité par rapport à ce qui avait été fait auparavant durant le FITE ?
Christine Bouilloc : Il y a une continuité, notamment sur tout le travail avec les artistes contemporains, en sachant que le festival, devenu biennale, est toujours sur des questions sociétales contemporaines. Cette année, c’est la notion de beauté. Avec tout ce qui s’est passé dans l’actualité, il y avait quelque chose à faire… faire comprendre, en fait, que ce qui allait nous sortir de ce marasme ou de ce chaos, c’est la beauté. Mais il faut être attentif. La beauté est partout, mais c’est une sensibilité qu’il faut développer. Dans cette exposition, on donne ces pistes, on propose ces cartes, et c’est vraiment une façon de dire que la beauté peut être présente, et elle peut être présente avec une mise en regard par exemple d’un pagne avec un tableau du XVIIIe… des choses qui vont, en fait, se réunir sur la notion du beau, mais du beau à différentes périodes, avec ce fil conducteur de faire du bien à l’humain.
7JàC : L’idée, c’est d’ouvrir des dialogues ?
C. B : Le but, en fait, c’est d’ouvrir des dialogues ou de proposer des confrontations. On s’aperçoit que, d’une culture à l’autre, on peut avoir une notion de beauté, mais presque stigmatisée. C’est-à-dire que pour nous, le pouvoir, ça va être la couronne, ça va être l’arme, ça va être le combat, alors que dans d’autres pays, dans d’autres populations, on va retrouver le rapport à la fibre naturelle, le rapport à l’insecte qui va représenter le pouvoir.
D’un seul coup, on s’aperçoit qu’il y a bien cette idée de force, mais qu’elle n’est pas placée au même endroit. Très souvent en Occident, on va se polariser sur l’humain, alors que pour les autres populations extra-européennes, la notion du pouvoir, c’est le rapport à la nature. Donc, encore une fois, on ne domine pas, on est avec.
7JàC : Au musée Bargoin, l’exposition bénéficiait d’un lieu dédié. Ici, elle s’inscrit dans l’existant. Est-ce un challenge, une contrainte ou un défi artistique intéressant à relever ?
C.B : J’allais dire que c’était les trois à la fois. C’est un challenge parce que c’est nouveau dans le travail du service conservation. On avait ici des œuvres effectivement Beaux-Arts que le service connaît bien. Et puis, la venue de ce textile extra-européen a commencé à nous faire réfléchir, à trouver une nouvelle façon d’introduire ces collections dans les collections permanentes.
La biennale, ça a été vraiment une façon de concrétiser ce projet-là. C’est-à-dire qu’on a une rencontre entre les Beaux-Arts et l’ethnologie, et ça préfigure un peu ce que le musée va devenir, c’est-à-dire un musée où l’on va mélanger les disciplines en les respectant, mais on va les regarder avec un petit décalage de trois centimètres qui va nous donner une nouvelle vision, mais une vision réciproque.
7JàC : Comment cela se matérialise-t-il ?
C. B : Il faut comprendre que l’on a des tableaux avec des noms de peintres, donc une nécessité de l’existant, face à certains textiles qui ne sont pas signés. Dans ce cas, c’est le collectif qui est représenté. Cela ouvre des questions sociétales qui, je pense, sont assez prenantes.

Envie de susciter la curiosité
7 Jours à Clermont : Quand le public va arriver au MARQ, il va se retrouver dans les salles habituelles mais avec des pièces supplémentaires, et cela va l’interroger. En tant que conservatrice du musée, comment espérez-vous que les gens vont réagir ?
Christine Bouilloc : Alors, moi, j’espère surtout que la notion de plaisir sera là, et on a envie de susciter la curiosité. On a vu que les personnes qui ont participé au montage, techniciens ou autres, étaient surprises, mais surprises en disant, en fait, que ça fait du bien de sortir de quelque chose d’habituel. L’habituel, c’est se dire qu’on voit des tableaux, en sachant que c’est notre culture… et puis, d’un seul coup, les échos se font, et la question se pose. D’un seul coup, il y a une espèce d’arrêt pour se dire : mais pourquoi ? Déjà ça, c’est quelque chose de fabuleux. C’est-à-dire qu’on a créé un arrêt révélant que ce qui est proposé n’est pas anodin. Et même si on n’a pas la réponse, on a créé en tout cas une réaction avec interpellation du sensible.
7JàC : Le MARQ était l’endroit idéal pour faire tous ces mélanges qui compôsent Beauté(s) ?
C.B : Alors, je dirais que c’est l’endroit idéal parce qu’on a un beau parcours. Après, on a beaucoup retravaillé les éclairages, parce qu’on a aussi des questions de conservation textile. Cela se pose d’ailleurs dans le domaine Beaux-Arts et sur les arts graphiques. Donc, on sait qu’on doit encore avancer sur ces questions. Là, on a fait en sorte d’être vraiment dans les normes. Mais, voilà, on est sur cette notion de conservation du patrimoine au sens large, et on se doit, en fait, de le faire pour tout.
7JàC : Et cela permet aussi de créer des parcours… le lieu s’y prête parfaitement bien.
C. B : Oui, le lieu s’y prête parfaitement bien. Le musée présente en fait des collections de façon chrono-thématique. Donc, on passe vraiment d’un siècle à l’autre. Et nous, on a pu, sur la biennale, parcourir ces trois thématiques de beauté par étage. Donc, on s’aperçoit vraiment que, dans cette déambulation, il y a une progression, et le bâtiment a vraiment répondu à nos attentes sur ce parcours.
Beauté(s) jusqu’au 10 janvier 2027, Musée d’Art Roger Quilliot, Clermont.
Biennale textile, 120 artistes, 24 nationalités. À découvrir dans une douzaine de lieux culturels de la Ville de Clermont. Présence dans les départements du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire, de la Loire, de l’Allier, du Rhône et de l’Isère, et à Aubusson (Creuse).

















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