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Les fouilles archéologiques reprennent pour l’été à Corent

Une nouvelle campagne de fouilles archéologiques va s'ouvrir à Corent, sous la direction de Matthieu Poux. Pour l'archéologue, professeur à l’université Lumière Lyon 2, ce site auvergnat est exceptionnel.

Au matin du lundi 20 juillet 2026 et après une inturruption d’un an pour raison administrative, une nouvelle campagne de fouilles archéologiques va s’ouvrir à Corent, sous la direction de Matthieu Poux, archéologue, professeur à l’université Lumière Lyon 2, directeur du laboratoire ArAr, Archéologie et Archéométrie. Ce dernier connaît très bien ce site situé au sud des Martres-de-Veyres, puisqu’il y dirige les chantiers depuis 2001. Cette année encore, une centaine d’étudiants et bénévoles vont se succéder sur l’oppidum à la recherche de mobilier archéologique précieux pour en savoir plus sur la vie des Gaulois.
Contrairement à un chantier de fouille préventive, à la fin de la campagne, les découvertes resteront visibles et intégrées au parcours d’interprétation du seul site gaulois visitable.
La campagne d’un coût de 57 000 euros, est financée en grande partie  par le Conseil départemental du Puy-de-Dôme (40 000 euros) qui a consacré plus d’un milion d’euros pour aménager le site de Corent depuis 15 ans.

“On sait qu’on est dans un quartier privilégié, très riche”

7 Jours à Clermont : Que va-t-il se passer sur le site à partir du 20 juillet ?
Matthieu Poux :  Nous allons ouvrir un secteur qui se trouve au cœur du parc archéologique et dont on attend beaucoup en termes de découvertes, puisqu’on a commencé à fouiller ce secteur en 2024. On a mis au jour un atelier monétaire et on sait qu’on est dans un quartier privilégié, très riche, qui devrait livrer des découvertes tout à fait intéressantes pour l’histoire du site et pour l’histoire du peuple arverne en général.

7JàC : les recherches vont porter sur l’atelier monétaire, c’est unique en Europe ?
M. P : Oui, la fouille d’un atelier monétaire dans un centre-ville gaulois, c’est une première à l’échelle européenne. Beaucoup de découvertes isolées ont été réalisées depuis le XIXe siècle un petit peu partout, en Allemagne, en Belgique, en France, et c’est la première fois qu’on arrive à toucher du doigt véritablement le lieu de production. Et ça risque d’apporter beaucoup d’éléments sur la chaîne opératoire, sur la façon dont la monnaie était produite, sur la datation des monnaies, et puis leur importance au sein de l’économie arverne et de l’économie gauloise en général, puisque les monnaies arvernes frappées à Corent, on les retrouve dans toute l’Europe, en tout cas dans toute la France, en grand nombre. Et donc c’est très important d’aller à la source de production de ces monnaies pour essayer d’en savoir un petit peu plus sur leur succession, sur leur chronologie.

7JàC : Cela veut dire que Corent à l’époque, était l’équivalent de Clermont-Chamalières avec la Banque de France aujourd’hui ?
M. P : Tout à fait, on a affaire à un centre régional d’un territoire… Les limites du territoire arverne sont à peu près équivalentes à l’Auvergne actuelle. Et donc le chef-lieu du territoire arverne, évidemment, est un endroit vraiment privilégié pour pouvoir étudier le mode de fonctionnement de la société arverne, des élites, justement l’économie, la politique, la religion. Et c’est tout ce travail de… de reconstitution patient. C’est un puzzle qu’on complète pièce par pièce depuis 25 ans , qui permet d’en savoir beaucoup plus sur le territoire arverne à l’époque gauloise.

Matthieu Poux Photo CD63
Matthieu Poux / Photo CD63

” Je peux à peu près garantir que le chantier de cette année  tiendra ses promesses”

7JàC : Qu’espérez-vous  trouver lors de ces fouilles ?
Matthieu Poux : Il est très difficile de dresser des plans sur la comète en amont de l’ouverture du chantier. Donc on ne peut pas garantir, on ne peut pas identifier par avance ce qu’on va y trouver. Des choses qui sont pressenties… Ce qui est certain, c’est qu’à chaque fois qu’on ouvre 100 mètres carrés à Corent,  et là ce sera plutôt 5 ou 600 mètres carrés, on tombe sur des surprises complètement inattendues. Ça a été le cas du sanctuaire, ça a été le cas de l’hémicycle d’assemblée, et bien d’autres découvertes qui nous ont pris véritablement par surprise. Et donc je peux à peu près garantir sans trop de risques que le chantier de cette année  tiendra ses promesses.

7JàC : Corent  était un village en bois, concrètement, qu’est-ce que vous trouvez puisque le bois a disparu ?
Matthieu Poux : L’avantage, c’est qu’on est sur un plateau volcanique, donc rocheux, et pour implanter des poteaux de bois, des poutres en bois dans le sol, il faut creuser des trous. Bien entendu, le bois ne se conserve pas, il pourrit, il se dégrade, et ce qu’on retrouve, c’est l’empreinte de ces poteaux. C’est le fantôme. Donc là, on est dans un autre type de jeu, style jeux de points qu’on relie dans les cahiers de vacances. On trouve des points et, en reliant les points, on peut restituer le volume des bâtiments. Et puis à partir de la taille des poteaux, la nature des découvertes , on trouve beaucoup de clous, aussi, d’éléments de construction en fer, ça nous permet de reconstituer les bâtiments dans leur intégralité.

7JàC : En matière d’archéologie, on parle principalement de Gergovie, mais le site de Corent est-il plus important que celui Gergovie dans l’histoire ?
M.P : On ne peut pas établir une hiérarchie entre les sites de Corent et Gergovie, puisque ce sont des sites qui ne sont pas occupés à la même époque. Ce sont tous les deux des chefs-lieux, des chefs-lieux du peuple arverne, mais qui se sont succédé. On a d’abord le site de Corent jusqu’à la guerre des Gaules, entre les années 120-130 avant Jésus-Christ jusqu’aux années 50, et puis ensuite, après la bataille de Gergovie de 52, c’est Gergovie qui prend, qui assume le statut de capitale. Et ce sont des sites aussi riches l’un que l’autre, puisque forcément les équipements de ces villes sont à peu près les mêmes, mais ils n’appartiennent pas à la même période. Mais en en fait, il n’y a pas deux sites, il y en a trois : il y a le site de Gondole également. Ces sites qui sont indissociables. Il faut que les recherches se poursuivent sur ces trois sites simultanément, parce que pour bien comprendre comment cette société arverne s’est articulée, pour comprendre ces chefs-lieux, il faut vraiment poursuivre les fouilles sur les trois sites.

Corent, un laboratoire de recherche de terrain

7JàC : Les 20 ans de fouilles à Corent, ont-elles changé la vision que les archéologues avaient sur les Gaulois et le peuple arverne ?
Matthieu Poux : Le site de Corent, parmi d’autres en France, a profondément renouvelé depuis 25 ans la vision qu’on avait des sociétés gauloises au Ier siècle avant notre ère. C’est un… un site qui a montré à quel point les centres-villes étaient développés, étaient influencés par l’architecture méditerranéenne, à quel point le mode de fonctionnement social de ces sociétés, et politique de ces sociétés gauloises en général, et arvernes en particulier, était évolué. On le savait si on lit César entre les lignes dans la Guerre des Gaules, mais on n’osait pas franchir le pas. Quand César nous parle de “sénat”, par exemple, chez les peuples gaulois, on se dit voilà, il exagère un petit peu dans les termes. En fait non. À Corent, on a trouvé le lieu d’assemblée de ce sénat, qui ressemble beaucoup au lieu d’assemblée grec. C’est un exemple, mais toutes les découvertes faites depuis 25 ans ont posé une pièce, un jalon qui, par la suite, a été complété par comparaison sur d’autres sites. D’autres découvertes ont été réalisées a posteriori. Et c’est tout l’intérêt de ces fouilles universitaires qui se déroulent en France pendant l’été, qui ne sont pas des fouilles préventives. C’est-à-dire que les découvertes ne sont pas soumises au hasard des constructions et des projets d’aménagement. Corent, c’est un laboratoire, c’est un laboratoire de recherche de terrain, un petit peu comme la paillasse d’un chimiste ou d’un physicien. Et ce patient travail annuel, eh bien permet justement de compléter cette vision vraiment pièce par pièce. C’est tout l’intérêt de ces recherches.

7JàC : Finalement on est loin d’Astérix ?
Matthieu Poux : On est à la fois très loin d’Astérix, et puis en même temps, Astérix se basant beaucoup sur les textes antiques, puisque Goscinny était un fin connaisseur du texte de César par exemple, eh bien on redécouvre des réalités qui se trouvaient déjà dans les textes. C’est-à-dire que, évidemment, on n’a pas affaire à un village perdu au milieu de la forêt, les Gaulois ne mangeaient pas de sanglier, ne vivaient pas dans des huttes, mais finalement, il y a un certain nombre d’éléments qu’on trouve… Parce que je suis souvent interviewé sur ces questions à l’occasion de la sortie d’albums ou de films d’Astérix. Il ne faut pas jeter la pierre aux auteurs parce qu’ils s’appuyaient sur un catalogue de clichés qui existait depuis 2000 ans, depuis le XIXe siècle en particulier. Et finalement, l’archéologie permet de faire le tri au sein de ces clichés. Il y a des choses qui ne tiennent pas la route, et puis d’autres qui sont tout à fait réelles et confirmées par l’archéologie.

7JàC : Est-ce qu’en 25 ans, la technique et la technologie ont évolué pour les archéologues ?
Matthieu Poux : Alors oui, nos techniques de fouilles ont beaucoup évolué, en même temps d’ailleurs que les… que la pratique de la guerre, puisqu’on utilise en particulier aujourd’hui beaucoup de techniques de prospection. Le LiDAR, par exemple, prospection radar, la photogrammétrie, qui nous évite de faire des relevés à la main sur papier, et surtout l’usage des drones, qui est devenu indispensable sur un site comme Corent, où on a peu de relief sur la fouille. Le fait de pouvoir prendre de la hauteur avec des petits drones commerciaux nous fait considérablement gagner de temps et c’est… c’est beaucoup plus efficace que… qu’une échelle ou que d’autres moyens plus rudimentaires.

7JàC  : Mais on termine quand même au petit pinceau ?
Matthieu Poux : Alors, on commence avec la pelle mécanique, et  on finit au pinceau. L’outil fétiche de l’archéologue, c’est la truelle, la pelle, la pioche, et on adapte évidemment les techniques de fouilles à la nature des découvertes.

“On a peut-être fouillé 5 % du plateau”

7JàC : Après 25 ans, il faut continuer de se battre pour justifier la poursuite de ces fouilles ?
Matthieu Poux : On n’a jamais fait ses preuves, c’est-à-dire que les autorisations de fouilles sont attribuées annuellement par le Ministère de la Culture, la Direction Régionale des Affaires Culturelles, et chaque année on est tenu de rendre un rapport qui rend compte de nos recherches de l’été. Et le problème, c’est qu’évidemment les moyens sont limités, ils sont de plus en plus limités. Le temps imparti à la rédaction de ce rapport est très court, on a 3 mois, là où en archéologie préventive on a facilement 1 ou 2 ans. Et donc c’est souvent une source de soucis, parce que le rapport ne peut pas être parfait au bout de 3 mois, et donc parfois il y a des retards qui sont générés par  des demandes formulées de modifier telle ou telle chose, améliorer tel ou tel point du rapport. Et c’est ce qui fait que parfois on perd un an.

7JàC : Vous évoquez le jeu du puzzle, est-ce qu’un jour on peut imaginer que vous, Matthieu Poux, vous allez un jour mettre la dernière pièce ? Ou il n’y aura jamais de dernière pièce ?
Matthieu Poux : Alors moi, je mettrai certainement ma dernière pièce. Je suis à encore une douzaine d’années de ma retraite, et j’aimerais bien un jour passer la main, c’est évident, passer le relais à des équipes plus jeunes avec une nouvelle problématique. Pour ce qui est du puzzle de Corent, il est loin d’être complété, puisque en 25 ans de fouilles, on a peut-être fouillé 5 % du plateau. Un plateau de 70 hectares. Donc il reste beaucoup, beaucoup de travail. C’est vrai qu’on a exploré une grande partie du centre-ville, mais il reste encore beaucoup, beaucoup de choses à découvrir et, évidemment, on peut espérer que les générations futures auront la même chance que nous, c’est-à-dire de tomber sur des choses complètement inattendues dans des quartiers où on ne soupçonnait pas grand-chose.

Fouilles à Corent Photo CD63
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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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  • On pourrait réaliser une chronologie montrant l’évolution des capitales arvernes de Corent Gondole Gergovie à Clermont-Ferrand, avec leurs périodes d’influence, leur superficie et leurs populations estimées. Augustonemetum était l’une des plus importantes villes gallo-romaines

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