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Tirailleurs d'Afrique Autochrome 1917 Paul Castelnau
Tirailleurs d'Afrique / Autochrome 1917, Paul Castelnau
Histoire

Le destin des tirailleurs d’Afrique au Musée de la résistance de Chamalières

Parfois enrôlés sous la contrainte, massacrés par la Wehrmacht en 1940 et oubliés par l'administration française, les tirailleurs africains ont payé un lourd tribut pour la liberté de la France. Alors que le musée de la Résistance de Chamalières leur consacre une exposition forte en symboles, voici l'histoire d'un combat mémoriel qui aura duré plus d'un siècle.

Le Musée de la Résistance, de l’Internement et de la Déportation présente actuellement Tirailleurs d’Afrique – Histoire croisée et mémoire commune. Cette exposition temporaire, élaborée par l’Office national des combattants et des victimes de guerre, retrace l’histoire des soldats africains au sein de l’armée française depuis les années 1830 et en particulier durant la Seconde Guerre mondiale. Si les premières troupes ont été constituées dès 1830 sous l’empire colonial, c’est réellement en 1857 que le corps des tirailleurs sénégalais a été fondé par un décret de Napoléon III. C’est parce que les premiers recrutements ont eu lieu au Sénégal que le corps porte ce nom, mais il conviendrait mieux de parler de tirailleurs d’Afrique car les hommes ont ensuite été recrutés dans tous les territoires d’Afrique subsaharienne colonisés à l’époque par la France.

Sur le front de la Grande Guerre

*Avant le premier conflit, les tirailleurs participent à de nombreuses campagnes de l’armée française, notamment en Afrique. Au moment où débute la Guerre de 1914-1918, ils constituent une force opérationnelle sur laquelle la France peut compter. Face à l’ampleur que va prendre cette guerre, les autorités décident que le recrutement des hommes ne doit plus être basé sur le seul volontariat. Les chefs locaux sont alors mis à contribution pour envoyer davantage d’hommes dont le recrutement se fait souvent sous la contrainte. L’intégration des Sénégalais n’est pas un modèle. Ils sont inexpérimentés, parlent différentes langues, ont du mal à communiquer ou à comprendre les ordres, et ils souffrent des rudesses météorologiques qui génèrent une surmortalité dans leurs rangs. À partir de 1915, ils passent d’ailleurs une partie de l’année dans le sud de la France, ce qui facilite leur entraînement. Au total, 200 000 tirailleurs d’Afrique participent à la Grande Guerre dans les batailles de Verdun, de la Somme, de l’Yser et au Chemin des Dames. 30 000 d’entre eux tombent au front.

Massacrés par l’armée allemande

Durant la Seconde Guerre mondiale, on retrouve les “Sénégalais” dans l’Armée française, puis dans les Forces françaises libres et dans l’Armée française de la Libération, en 1942. Les troupes coloniales participent aux combats en France, en Libye et en Tunisie, puis en Italie, à nouveau en France et enfin en Allemagne. Le ministère de la Défense estime à 179 000 le nombre total des tirailleurs d’Afrique mobilisés en avril 1940, dont 40 000 engagés dans les combats en métropole. Près de 17 000 sont tués au combat en 1940, alors que 15 000 sont faits prisonniers et internés dans des Frontstalags, camps de prisonniers de l’Armée allemande installés dans la zone occupée française. Près de 3 000 tirailleurs d’Afrique auraient été exécutés par la Wehrmacht au printemps 1940, crime de guerre perpétré par l’armée régulière allemande sur fond de racisme exacerbé par la politique hitlérienne.

La lutte pour la reconnaissance

Après les combats sur les fronts, les tirailleurs d’Afrique s’engagent dans une autre lutte, celle de leur reconnaissance de la part de la France. Cette reconnaissance n’est probablement pas à la hauteur de leurs attentes, d’autant qu’ils ne se voient pas accorder la nationalité française en contrepartie de leur engagement, malgré de vagues promesses. Si leur engagement dans la guerre impacte positivement le point de vue des Français sur les Noirs, le racisme reste cependant ancré dans la société. De plus, lors de leur retour en Afrique, les tirailleurs sont stigmatisés pour avoir “lutté pour l’oppresseur”. Via une loi de 1959, les pensions des anciens tirailleurs sénégalais ne sont plus indexées sur l’inflation, ce qui n’est pas le cas pour les anciens combattants français. Cela durera jusqu’en 2006. C’est seulement en 2007 que les tirailleurs obtiennent la décristallisation de leurs pensions, mais il ne reste alors que très peu de vétérans de la Seconde Guerre mondiale en vie. Dernière mesquinerie : pour toucher leur minimum vieillesse, ils doivent résider a minima 6 mois par an en France. Il faut attendre janvier 2023 pour que cette contrainte soit supprimée. Cette année-là, ils ne sont que 37 recensés en France.

Une exposition forte en symboles

L’exposition Tirailleurs d’Afrique – Histoire croisée et mémoire commune présente les lieux de mémoire et les commémorations qui visent aujourd’hui à corriger les oublis de l’histoire. Pédagogique, elle rend hommage au rôle de ces soldats tout en témoignant d’un pan (trop) méconnu de l’histoire militaire française. À titre exceptionnel, le manteau de préfet de Jean Moulin est exposé dans cette exposition. C’est en tant que préfet de Chartres qu’il est arrêté en juin 1940 pour avoir refusé de signer un document de l’armée allemande accusant à tort des tirailleurs sénégalais d’avoir commis un massacre sur la population civile. Il tentera même de mettre fin à ses jours, par crainte de finalement apposer sa signature sur le document sous les pressions et les violences subies, mais il sera retrouvé à temps pour être soigné.

Tirailleurs d’Afrique – Histoire croisée et mémoire commune, jusqu’au 21 novembre 2026, Musée de la Résistance, de l’Internement et de la Déportation, quartier Beaulieu à Chamalières.
Deux conférences gratuites – sur réservation obligatoire – sont organisées, Salle Courty durant l’exposition. « Autour des décolonisations : la bascule de 1944-1945 », mardi 1er septembre à 18h30 par Pascal Blanchard, historien et chercheur associé au CNRS. « Juin 1940, des crimes de guerre commis en Auvergne-Rhône-Alpes par l’armée allemande. Un exemple de guerre raciale », mardi 13 octobre à 18h30 par Julien Fargettas, docteur en histoire et spécialiste de l’histoire des soldats coloniaux durant la Seconde Guerre mondiale.

Samedi 8 août à 10h : visite commentée : Histoire croisée et mémoire 

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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