Quatre décennies durant, j’ai joué quotidiennement, systématiquement, aux courses de chevaux. Une passion, en réalité, née à une époque où le quinté et même le quarté n’existait pas et où le tiercé représentait une véritable phénomène français. Bien avant, donc, que le PMU, ne sachant plus sur quel pied danser, se livre à une véritable inflation de paris pour tenter de tenir la dragée haute à ses concurrents.
J’ai ainsi effectué mes premiers pas au « Richelieu », au bout de l’avenue Julien, à l’heure des « pinces à tiercé» qui servaient à encocher les tickets. Puis j’ai roulé ma bosse rue Saint-Dominique, rue Fontgiève- chez l’ami Saïd-, place du Changil ou plus occasionnellement avenue des Etats-Unis ou avenue de la République, au gré des fermetures d’établissements, des changements de propriétaires et aussi de mes rendez-vous professionnels. Habitué des déplacements à Paris, j’avais aussi mes habitudes dans un établissement de la rue de Buci, entre Saint-Germain-des- Près et Odéon.
Pain quotidien et cerise sur le gâteau
Loin de se limiter à la seule dépendance au jeu, les courses de chevaux constituaient, à mes yeux, une forme d’ « art de vivre » : la lecture attentive du quotidien spécialisé, l’étude scrupuleuse des performances des concurrents (ce que l’on appelle « faire le papier ») précédaient le rendez-vous sacré de la fin de matinée, au bistrot, auprès d’amis turfistes et les quelques tournées qui en découlaient. Cerise sur le gâteau, venait l’heure des courses … à la télévision ou, parfois, sur les hippodromes : Vincennes, Enghien (ma préférence pour le trot) mais encore Longchamp, Saint-Cloud, Cagnes-sur-Mer et Vichy n’avaient plus de secrets pour moi. En revanche, je ne goûtais guère au spectacle très athlétique des courses à obstacle, ayant vu trop de chevaux tomber, se faire mal et être « sacrifiés ».
Plaisirs perdus
Il y a maintenant plusieurs mois que je n’ai pas misé le moindre euro sur un cheval. Un abandon qui ne doit rien au hasard. Cause principale? La quasi-disparition des cafés PMU où l’on se retrouvait, où l’on échangeait, où l’on refaisait la course… ou le monde. Autre époque, autres mœurs : aujourd’hui, la majorité des paris s’effectuent en ligne, via le numérique, à partir d’un téléphone ou d’un ordinateur. La convivialité n’est plus à l’ordre du jour et la déshumanisation a aussi gagné l’univers des paris hippiques…
Les courses de chevaux, évidemment, ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres à l’heure où les commerces de proximité sont chahutés, où les enseignes disparaissent, où Amazon et ses émules concentrent la majorité des achats … Et où nombre de rencontres (humaines) s’effectuent à partir de sites dédiés. Ce n’est qu’un début puisque l’Intelligence Artificielle promet de réfléchir et donc de décider à notre place, bref de s’emparer de notre cerveau. Au fait, qui a voulu d’un tel monde ?
Marc François














Bonjour
Personnellement, je ne joue pas, mais mon buraliste, Le Marigny (Bd Lafayette) est un bar PMU et je prends grand plaisir à y aller, justement pour l’ambiance : les gens se parlent et c’est un vrai bonheur !