Les hommages post-mortem ont souvent quelque chose de choquant. Non seulement parce qu’ils font figure d’exercice imposé, mais parce qu’ils comportent fréquemment une part d’insincérité, d’hypocrisie, qu’ils « sentent faux ». En politique particulièrement, ils proviennent parfois d’adversaires coriaces, voire d’ennemis irréductibles. Après avoir dit pis que pendre de leurs concurrents, les ex-détracteurs n’hésitent pas, quand il le faut, à y aller de leur petite larme. « Je vous demande de vous arrêter » pourrait ainsi s’exclamer aujourd’hui Édouard Balladur s’il entendait les péroraisons inutiles de ses anciens collègues politiciens. On ne demande pas de tresser des louanges aux morts (il fallait y penser avant), mais seulement de faire preuve de respect à leur égard.
Victoire annoncée
Préambule pour évoquer la mémoire de l’ancien Premier ministre de François Mitterrand entre 1993 et 1995, période de cohabitation. Deux hommes qui, en dépit de leur vigoureuse opposition politique, partageaient une certaine hauteur de vue, un côté aristocratique et une pudeur évidente… Profondément ancrés dans leur siècle, le XXe, on a du mal à les imaginer, l’un comme l’autre, à l’ère très superficielle des réseaux sociaux où il s’agit de parler de tout pour ne jamais rien dire.
L’adversaire principal d’Édouard Balladur ne fut pas, en réalité, le premier président socialiste de la Ve République, mais bel et bien Jacques Chirac, son successeur à l’Élysée. Sans le fondateur du RPR, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances aurait sans doute connu un destin présidentiel. Celui qui s’annonçait lorsqu’il cavalait en tête de tous les sondages à l’approche de l’élection de 1995.
Un adversaire sans scrupule
De fait, sous bien des aspects, Édouard Balladur fut l’anti-Chirac. Ce haut fonctionnaire, consciencieux, exigeant, rigide d’aspect, pas démagogue pour un sou, a souffert d’un déficit d’image quand son concurrent de « centre droit » soignait les apparences et sa popularité… Chirac serrait des pognes à tire-larigot, Balladur, lui, portait des gants beurre frais ; Chirac buvait des coups, Balladur, droit dans ses bottes, s’y refusait. D’ailleurs, l’aurait-il supporté ? Un de ses proches m’expliqua un jour combien celui qui fut député de Paris détestait de façon presque maladive le contact physique, répugnait à serrer les mains et tenait à garder ses distances en toutes circonstances. Un handicap qui finit par se révéler insurmontable.
Marc François









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