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Capture du film Grand Prix de J. Frankenheimer © MGM
Capture du film Grand Prix de J. Frankenheimer © MGM
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1966, quand John Frankenheimer offre des airs d’Hollywood à Gravenoire

Il y a tout juste 60 ans, John Frankenheimer terminait le tournage de "Grand Prix" une superproduction hollywoodienne qui reste une véritable référence documentaire sur le championnat du monde de Formule 1 de la décennie 60. Une partie du film a été tourné en Auvergne sur le mythique grand circuit de Charade.

Été 1966, un parfum hollywoodien flotte sur l’Auvergne, enveloppant le puy de Gravenoire autour duquel s’enroule le circuit de Charade. Cet été-là, John Frankenheimer tourne le film Grand Prix, dont le scénario, écrit par Robert Alan Aurthur, reprend une saison fictive du championnat du monde de Formule 1.

Afin d’être au plus près de la réalité de la course automobile, le réalisateur américain a souhaité tourner son film de manière immersive, pendant le championnat, notamment sur 6 circuits européens, avec de vrais pilotes. En 1966, le GP de France de F1 se déroule à Reims, mais les organisateurs ne souhaitent pas accueillir le tournage de la superproduction. Pour tourner la manche française de son film, Frankenheimer se tourne vers le circuit de Charade qui a accueilli le GP de France un an plus tôt. Le président de l’ASACA (Association sportive de l’Automobile Club d’Auvergne), Jean Auchatraire, voit l’occasion de promouvoir le circuit des montagnes d’Auvergne qu’il a imaginé dix ans plus tôt avec Louis Rosier. Il assurera la liaison avec l’équipe de tournage, notamment pour les séquences d’avant-course.

9 millions de dollars de budget

Durant la dernière semaine de juillet et la première d’août, l’équipe du film embauchée par la Metro-Goldwyn-Mayer s’installe en Auvergne dans des hôtels de Royat et Vichy. Ils ont apporté un impressionnant matériel de tournage, car le réalisateur veut du spectaculaire. Pour cela, il dispose d’un budget conséquent de 9 millions de dollars. Le tournage du film nécessite l’utilisation simultanée de nombreuses caméras, et toutes les Panavision 65 mm disponibles sont réquisitionnées.

La superproduction nécessite également des voitures. On parle de 17 véhicules de course utilisés à Charade : des F1 pour l’histoire, d’autres sur lesquelles sont installées les caméras, en particulier une Ford GT40 adaptée aux besoins du tournage. Cet été-là, la GT40 est la voiture dont tout le monde parle, puisque quelques semaines plus tôt elle a réalisé le triplé historique aux 24 Heures du Mans.

Tout le matériel déployé permet de tourner dans des conditions proches des courses. Pour plus de réalisme, John Frankenheimer veut en effet filmer la vitesse et refuse d’avoir recours à des séquences accélérées en postproduction. Avec un tel choix, Grand Prix reste, 60 ans plus tard, une fiction documentaire de référence sur la F1 des années 60.

3 000 figurants et les caïds du sport automobile pour Grand Prix

Aujourd’hui encore, il n’est pas rare, au détour d’une conversation à propos de Charade, de croiser un Clermontois qui a participé au tournage. La MGM a « embauché » 3 000 figurants pour les besoins du film, chacun étant payé 50 francs par jour de tournage. Pour ces « anonymes », cantonnés dans les gradins et sur les bords de la piste, le salaire est maigre, mais la compensation est sur la piste. En dehors des stars Yves Montand et James Garner, mais aussi de l’étoile montante Françoise Hardy, les vedettes sont les pilotes. Frankenheimer a embarqué dans son aventure le gratin du sport auto. Chris Amon, qui vient justement de gagner Le Mans sur la GT40, est là, tout comme Jim Clark, vainqueur du GP de France 65 à Charade, Graham Hill, Phil Hill, Jo Bonnier, Dan Gurney, Lorenzo Bandini, Jack Brabham, Jochen Rindt, Peter Revson ou encore Jean-Pierre Beltoise, Guy Ligier et son ami Jo Schlesser.

John Frakenheimer sur le tournage de Grand Prix. Avec Yves Montand à droite Photo Anefo — Nationaal Archief, CC0,
John Frakenheimer sur le tournage de Grand Prix. Avec Yves Montand à droite / Photos Anefo – Nationaal Archief, CC0,

Un film résolument moderne

Grand Prix retrace donc une saison fictive de F1, marquée par la rivalité entre plusieurs pilotes en quête du titre mondial. La trame sportive est complétée par une partie romanesque assez simple, mais elle apporte une respiration entre les séances de course très intenses. Le film s’inspire de la réalité pour certains éléments du scénario, en particulier de l’histoire de Louise Collins, une actrice mariée au pilote britannique Peter Collins, mort en course en 1958.

À l’époque, le film apparaît très moderne avec des prises de vue au plus près des pilotes. Le réalisateur a également recours à la technique du split screen, l’écran partagé qui permet de suivre plusieurs pilotes simultanément. L’équilibre du montage permet de mieux digérer le film qui dure tout de même 3 heures.

Sorti fin 1966 aux USA et au printemps 1967 en France, Grand Prix rencontre un véritable succès, tant au niveau de la critique que du public. Il réalise l’un des plus gros scores du box-office 66/67 aux USA et décroche 3 Oscars.

Frankenheimer prend des libertés

60 ans après le tournage, revoir Grand Prix est l’occasion de retrouver quelques images d’époque du gour de Tazenat où se déroule une scène romantique, des rues de Royat où circulent des F1 et surtout du circuit de Charade, alors en plein dans son âge d’or. Au regard des moyens déployés en Auvergne, on regrette presque de ne pas voir davantage d’images tournées sur place, mais le GP de France n’est qu’un épisode du championnat.

On peut alors s’amuser à trouver des « failles » dans le film pourtant auréolé de l’Oscar du meilleur montage. Deux ne peuvent échapper aux spectateurs attentifs. Dans la séquence du GP de Monaco, Frankenheimer procède à un plan de coupe en utilisant des images tournées… à Royat devant le Métropole. L’instant est furtif mais bien visible et montre la similarité architecturale des deux villes à proximité de leur casino.

L’autre plan est celui tourné sur le tracé du circuit de Charade au niveau du virage du Belvédère. Sans doute pour montrer la ville de Clermont en arrière-plan, le réalisateur fait tourner la voiture dans le sens inverse de celui des courses. On lui pardonne : le plan est splendide.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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