Henri Matisse dans l’aventure du tissu est l’exposition événement 2026, proposée par le Doyenné, espace d’art moderne et contemporain de Brioude.
Cette année, les commissaires d’exposition Jean-Louis Prat et Thomas Wierzbiński ont choisi d’exposer Henri Matisse, l’un des plus grands artistes du XXe siècle, en abordant son œuvre par la thématique du textile qui a joué un rôle particulier. Matisse, originaire du nord de la France, était descendant de tisserands et il avait grandi parmi les tisseurs du Cateau-Cambrésis et de Bohain où l’on confectionnait les tissus de luxe pour la haute couture parisienne et la soierie de Lyon.
Cette exposition évoque la relation intime qu’entretenait l’artiste avec le textile par le biais de 5 médiums différents et 138 œuvres : toiles, dessins, estampes, tissus, robes auxquels s’ajoute la photographie. L’ensemble illustre l’importance des motifs floraux et des arabesques.
Comme l’expliquent les co-commissaires : « Il a peint durant sa vie des scènes d’intérieur et des femmes vêtues de robes souvent exotiques, dans des décors exubérants de tissus et de tapis qui furent autant de petits théâtres nécessaires à la composition de ses tableaux ».
Henri Matisse dans l’aventure du tissu peut être abordé comme un voyage, un voyage autour du monde, un voyage dans l’univers du créateur, un voyage dans la couleur.
Une palette plus large que ce que pourrait penser le grand public
7 Jours à Clermont : Après Hartung et Dubuffet, le Doyenné renoue avec une exposition qui fera forcément consensus.
Thomas Wierzbiński : Oui, elle vient en complément des expositions précédentes. C’est-à-dire que l’on a voulu ce rythme entre aborder des grands maîtres de l’art moderne comme Picasso, Miró, Chagall, présenter aussi des artistes moins connus du grand public comme Hans Hartung, ou Dubuffet, qui est mal connu. Et puis, de revenir aussi à ces figures importantes. Il nous manquait Matisse dans cette liste. Donc on a eu, finalement, des opportunités d’avoir des prêts exceptionnels, et on les a saisies.
7JàC : Matisse est connu du grand public, surtout comme peintre. Là, vous offrez une palette plus large.
T.W : Exactement. On a quasiment une rétrospective, ce qui nous permet de découvrir un Matisse, effectivement, peintre, graveur, dessinateur… tout son lien avec le textile et la tapisserie. On ouvre sur les costumes également. Donc ça permet de voir à quel point il a une palette encore plus importante que ce que pourrait penser le grand public.
7JàC : Le tissu reste le fil conducteur de cette exposition ?
T.W : C’est ce qu’on a voulu. Le textile, l’importance du textile, comment il sera aussi marqué par les couleurs des textiles qu’il va voir dans ce bassin du Nord, et qu’il va garder toute sa vie. Même quand il va au Maroc ou quand il va dans d’autres pays, il va collecter différents tissus pour ses modèles et les réinjecter dans ses œuvres.
La boîte de couleurs
7 Jours à Clermont : Matisse était donc un collectionneur-utilisateur ?
Thomas Wierzbiński : Oui, il vient collecter effectivement et puis digérer. Quand il part en Polynésie, il ne va quasiment pas peindre. Il va se laisser suffisamment de temps pour digérer avant d’arriver sur d’autres papiers gouachés et découpés, et se rendre compte de l’importance de ce voyage. Pareil pour sa collection extra-européenne de tissus, elle est avec lui dans son quotidien. Et au fur et à mesure de sa création, on voit comment il va digérer ces éléments et les réinjecter.
7JàC : L’exposition montre l’importance de la couleur pour Matisse. Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur ?
T.W : Alors, on pourrait le dire effectivement puisque l’élément déclencheur, c’est quand on lui offre une boîte de couleurs. Donc la boîte de couleurs, effectivement, incite à ce qu’on peut penser : il commence déjà par la couleur, et non pas forcément par le trait du crayon. Et à partir de cette couleur, on voit comment, justement, il va en faire à la fois un moteur de sa création.
7JàC : La couleur reste un moteur, même lors de ses voyages ?
T.W : Complètement, même s’il dit que l’ennui arrive très vite avec ces paysages incroyables. Et puis, il faut se remettre dans le contexte de l’époque où y aller est tout un périple. Il fait un transit d’ailleurs par New York et il raconte que s’il était plus jeune, il ferait sa carrière à New York, épaté par cette ville. Mais il sent que, finalement, c’est trop tard pour lui et il part pour d’autres voyages.

Des prêts exceptionnels
7 Jours à Clermont : Henri Matisse dans l’aventure du tissu est annoncée comme une exposition exceptionnelle. Pourquoi ?
Thomas Wierzbiński : Je dirais que c’est exceptionnel d’avoir des prêts d’œuvres qui ont été rarement exposées. C’est-à-dire qu’il ne faut pas penser que vous les verrez dans 2-3 ans dans une autre exposition. Ce qu’on a réussi à rassembler aujourd’hui, et sans flagornerie du tout, c’est vraiment exceptionnel. Et ça résulte également de la générosité de certains prêteurs qui nous font confiance aujourd’hui à Brioude, et qui récupéreront leurs pièces plus tard. Donc ce dialogue est complètement inédit, il n’a jamais été présenté avant. Et même pour des questions de conservation, ces pièces vont retourner en réserve pendant plusieurs années. Donc il faut vraiment saisir cette opportunité de venir à Brioude.
7JàC : 22 prêteurs, plus de 40 pièces présentées qui viennent de New York. Cela aussi est exceptionnel ?
T.W : Oui, on a un prêt vraiment exceptionnel de 45 dessins et de deux tableaux de la Fondation Pierre et Tana Matisse à New York, et des œuvres rarement exposées, qui quittent même rarement le territoire américain. Pareil pour la collection Nahmad, qui est en Suisse. Nahmad, qui est un très grand collectionneur, prête rarement ses tableaux, et là c’est vraiment une opportunité de pouvoir les voir.
7JàC : Comment réussit-on à convaincre ces prêteurs ?
T.W : Alors, il y a évidemment la collaboration exceptionnelle de Jean-Louis Prat depuis la création du Doyenné, qui est indispensable. Et par nos expositions précédentes qui ont toujours été de grande qualité. Le bâtiment, qui plaît beaucoup parce qu’il est chargé d’histoire, que sa rénovation est fabuleuse, et qu’elle offre un dialogue qu’on ne peut pas avoir ailleurs. On n’est pas dans un grand cube blanc qui a été aménagé comme des grandes salles d’exposition qu’on peut voir à Paris, où, finalement, on a une forme d’immense espace qui est agencé d’une manière assez séquentielle. Là, on travaille avec ce bâtiment qui a une histoire et qui offre aussi ce dialogue inédit.
7JàC : Ce lieu permet, justement, de caler des thèmes et des périodes. Avec Matisse, c’est particulièrement net.
T.W : Oui, on sait qu’on passe de salle en salle, et puis on est à chaque fois étonné des différents voyages de Matisse et de comment il évolue dans ses créations.
7JàC : Présenter Matisse, c’est l’assurance que tout le monde va venir à Brioude cet été ?
T.W : Il y a une forme de consensus. C’est vrai que Dubuffet, ce qui était assez étonnant, c’est qu’on avait des visiteurs qui nous disaient : « Bon, je n’aime pas mais je viens quand même parce que j’étais convaincu par les expositions précédentes et j’ai besoin d’un guide pour venir me raconter aussi l’histoire de Dubuffet ». Là, Matisse, c’est vrai que je n’ai jamais entendu, même en ayant travaillé au Musée Matisse pendant plusieurs années, des personnes me dire : « Je n’aime pas Matisse ». Il y a une forme de consensus effectivement sur cet artiste.
Henri Matisse dans l’aventure du tissu jusqu’au 18 ocotobre 2026 – Le Doyenné place Lafayette, Brioude (43)
















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