Marcin Sobolev avait exposé Poisson-Chat à la Galerie Louis Gendre & Co en 2023. L’artiste belge, résident bruxellois découvert par la célèbre architecte d’intérieur et designer Andrée Putman, est revenu à Chamalières avec une exposition inédite, intitulée Le Chemin des Silex.
Contrairement à l’exposition précédente, l’inspiration n’est pas venue de très loin puisque les principales sources sont de proximité, ce qui prouve que la notion de voyage immobile existe bel et bien.
Comme souvent avec l’art contemporain, trouver les clés de compréhension face aux œuvres n’est pas évident. Avec Sobolev, on peut se contenter du premier plan, tant le travail de peinture ou de sculpture est réalisé avec un soin extrême, révélateur d’une formation d’ébéniste auprès des meilleurs, mais on peut aussi plonger dans chaque tableau ou rester en arrêt devant des œuvres en volume pour prendre le temps d’observer… c’est même recommandé. Chaque détail, chaque élément est la réminiscence du passé, de l’enfance, de voyages, d’échanges avec des voisins. Comme la vie de l’artiste est riche et très ouverte, fatalement les œuvres regorgent d’éléments parfois disparates mais qui ne sont jamais plaqués au hasard.
« Je me suis laissé emporter par le flot de ce que j’ai autour de moi. »
Olivier Perrot : Il y a trois ans, nous évoquions les poissons-chats, cette fois-ci, nous voilà marchant sur le chemin des Silex en banlieue de Bruxelles. Que s’est-il passé durant ces trois années ?
Marcin Sobolev : Mon atelier est au bout du chemin des Silex et je n’ai pas vraiment pêché depuis la dernière expo… Poisson-Chat, c’était toutes mes origines et le fait de voyager pour aller à la pêche, mais là je suis resté dans ma région, dans mon quartier qui a la chance d’être bordé par la forêt. Cette forêt abrite un site néolithique et donc cette expo était un peu une évidence, je me suis laissé emporter par le flot de ce que j’ai autour de moi, pour une fois… je n’ai pas eu besoin de voyages.
Cette forêt contient toutes les choses qui vous inspirent ?
Oui. Il y a pas mal de choses car c’est une forêt protégée. Il y a pas mal de choses qui poussent et c’est quelque chose qui m’intéresse depuis longtemps, que j’ai découvert avec mon grand-père qui passait son temps dans son potager. Je suis un citadin donc j’ai dû faire avec ce que j’ai autour de moi. Pour cette exposition, la première chose que j’ai dessinée, c’est un geai parce que dans mon jardin, il y a un geai qui fait fuir les chats et je me suis dit : « Tiens… c’est assez joli. » Normalement je ne dessine que des chats et pour cette fois-ci, le geai a eu droit à son dessin.
Comment l’observation de la nature se transforme-t-elle en inspiration ?
Quand j’étais plus jeune, j’ai fait énormément de graffitis mais je restais plutôt dans les terrains vagues où il y a des mauvaises herbes et énormément de choses qui poussent… Ça m’a toujours intéressé, finalement j’ai toujours dessiné des détails des environnements d’un gamin de la ville qui avait peu de pognon mais qui s’amusait grandement. Par contre, ma démarche artistique vient des discussions et des choses partagées dans tous les milieux. Je discute autant avec un SDF à l’arrêt de bus que dans un cocktail mondain.
Nouveauté depuis votre dernière exposition ici à la Galerie Gendre, le bois apparaît dans et autour des œuvres.
Marcin Sobolev : J’ai eu la chance de pouvoir équiper mon atelier de machines que je n’avais pas avant. Et comme j’habite dans un quartier où les gens ont l’habitude de recycler tout ce dont ils n’ont plus besoin, je récupère des planches que je découpe, que je ponce et finalement j’ai du bois plus beau que celui que je peux acheter dans des magasins de bricolage. J’ai commencé à faire des cadres et cela m’a fait du bien parce que j’ai fait des études en étant formé par des gens qui avaient fait les Compagnons du Tour de France. Et puis j’intègre le bois dans les œuvres. J’utilise les planches que je trouve, du bois de la forêt ; là, dans cette exposition, il y a des cailloux que j’ai trouvés dans une rivière mais aussi de l’ébène que j’ai trouvé dans un vide-grenier… Ça, c’est l’histoire de la Belgique et du Congo, il faut aussi en parler.

Peu de religion, mais beaucoup de choses magiques
Olivier Perrot : Le voyage est très important pour vous mais au final, que l’on soit à Bruxelles ou à l’autre bout du monde, ce voyage peut être tout aussi riche…
Marcin Sobolev : Oui, ça c’est la magie d’habiter à Bruxelles. J’ai des amis turcs, africains, marocains, polonais, européens de l’Est, j’ai tout le monde, même dans ce que je mange… C’est ça la richesse d’habiter dans une ville comme Bruxelles, ça fait du bien et c’est aussi un peu le futur avec tous ces gamins issus de la mixité.
Pour autant, les voyages anciens continuent à vous inspirer ?
Bien sûr. Je suis profondément attaché à l’Asie centrale où j’ai fait un voyage qui m’a fait énormément de bien. Toutes les semaines, je parle avec des Kirghizes, des Ouzbeks, des Kazakhs, des Ukrainiens et cela me connecte puisque ma grand-mère venait de ces contrées ; je reste fort attaché à cela.
De quoi sont composés vos tableaux et vos sculptures ?
Il y a beaucoup de choses, mais d’abord, il y a le partage avec les gens. Par exemple, dans cette expo, il y a un tableau d’un dîner géorgien pris à Bruxelles… Il y a toujours un petit détail, des moments passés à l’arrêt de bus… C’est tout un voyage à travers les discussions. C’est assez complexe ce qu’il y a dans mes tableaux. Il y a des détails d’architecture, des souvenirs, des choses transmises par les gens, notamment quand je suis dans mon potager communautaire ; il y a des menhirs puisque ma compagne est bretonne, il y a des petites choses, beaucoup de spiritualité, peu de religion, mais beaucoup de choses magiques. En fait, je cherche la magie partout.
Le Chemin des Silex, par Marcin Sobolev, Galerie Louis Gendre, 7 rue Charles Fournier à Chamalières, jusqu’au 25 juillet. Horaires : du mercredi au vendredi de 14h à 19h, le samedi de 10h à 18h.

















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