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Marcin Sobolev / Photos DR
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Marcin Sobolev, l’artiste qui a fini par aimer les poissons-chats

Marcin Sobolev expose actuellement "Poisson-Chat" à la galerie Louis Gendre de Chamalières. L'oeuvre de cet artiste belge assez éclectique, se nourrit de ses racines personnelles et des nombreux voyages qu'il a effectué partout dans le monde avec curiosité.

Découvert par la célèbre architecte d’intérieur et designer Andrée Putman, Marcin Sobolev travaille pour les meilleures galeries d’art contemporain. Il est exposé chez Nosbaum & Reding au Luxembourg et vient d’entrer à la galerie Baronian de Bruxelles. Après de nombreuses expositions à la galerie Louis Gendre, il est revenu à Chamalières avec Poisson-Chat, avant de repartir à Kyoto pour sa seconde exposition au Japon avec la galerie Louis Gendre, au salon ACK 2023, puis une nouvelle fois au salon Luxembourg Art Week du 10 au 12 novembre.
Pour Marcin Sobolev, « la peinture et la sculpture fonctionnent comme un langage qui permet d’exprimer des désirs, des expériences, des perspectives et des contextes sans censure dans une société marquée par les frontières que l’on se fixe désespérément ».

7 Jours à Clermont : L’exposition présentée actuellement à la galerie Louis Gendre est intitulée Poisson-Chat, pourquoi ce nom ?
Marcin Sobolev : Parce que le poisson-chat est un peu le nuisible de nos eaux. Le poisson-chat est assez incroyable. Il y a plusieurs espèces différentes présentes en Afrique, en Europe, aux États-Unis. En fait, il est présent partout. Quand j’étais gamin, je pêchais et tout ce que je ne voulais pas attraper, c’était les petits poissons-chats… et au fur et à mesure des années, quand j’ai été dans l’impossibilité de voyager, je me suis dit que finalement j’aimerai être ce poisson-chat mal aimé pour pouvoir enfin être libre et aller dans tous les pays, ceux de mes origines, mais aussi en Italie car j’avais envie d’y aller. Mais j’étais bloqué à Bruxelles, sans fric est c’est un peu une histoire belge d’avoir appelé ça Poisson-Chat. C’est quelque chose de puéril mais c’est une histoire de gamin qui est revenue avec le covid et toute cette époque où on ne pouvait pas voyager et où on était cloîtré chez nous.

7JàC : Dans cette exposition comment apparaît-il ? On peut le voir, le détecter, il faut le débusquer ?
M.S : Non il est totalement invisible. Le seul truc c’est que quand j’ai eu de nouveau la possibilité des voyager, j’ai été dans plein d’endroits où la nourriture était le poisson-chat… cela m’a renvoyé vers les lieux de mes origines, les endroits où toutes les inspirations de cette exposition ont été trouvées ou détectées. Donc il n’y a pas de poisson-chat visible, mais tous les petits codes ont été trouvés dans une région où il est présent.

Marcin Sobolev / Photo Louis Gendre
Photo Louis Gendre

7JàC : On peut remarquer un certain éclectisme dans cette exposition, quel est le liant entre les différentes œuvres présentées ?
M.S : Je ne sais pas vraiment… mais il y en a un par le fait que maintenant, j’utilise énormément de techniques différentes. À la base j’ai fait des études d’ébénisterie, j’ai fait du graffiti, j’ai changé mes techniques au fur et à mesure des années. À chaque fois, on m’a demandé de garder ce que je préférais faire et en fait je ne sais pas ce que je préfère… j’aime bien être dans mon atelier. Un jour j’aime faire une sculpture, un autre jour une installation et je me nourris de toutes les photos de voyage, d’endroits où j’ai été. Ce serait impossible pour moi qu’on me dise « fais une série de 10 toiles » parce qu’il y aurait une toile associée à un objet, un objet que l’on m’aurait montré après avoir vu une sculpture dans la rue… après je mélange un peu toutes mes histoires de vie pour créer mon environnement et la scénographie de mon exposition.

7JàC : Marcin Sobolev est-il un artiste à message ?
M.S : J’ai pu voyager dans des pays à la réputation « compliquée »… j’ai été dans pas mal d’endroits en Asie centrale, dans le Caucase, à Naples que j’adore, dans l’est de la Turquie, chaque fois que je m’y suis retrouvé et que je suis revenu à Bruxelles où j’habite, je n’ai jamais réussi à comprendre ce qu’il y avait de compliqué. J’ai rencontré des gens et des cultures magnifiques. Certes il y a toujours la politique, mais quand on est sur place on la voit pas. Alors si j’ai un message à faire passer, il est toujours positif. Bien que je sois belge, j’ai toujours réussi à m’enrichir de toutes ces rencontres.

7JàC : L’idée est de faire tomber les clichés et d’aller au devant de l’autre ?
M. S : Oui,  par exemple quand Louis Gendre et son associée Mariko Kuroda m’ont découvert, on était à Bruxelles. Ils étaient venu voir une de mes expositions et ils m’ont recontacté des années après, quand ils ont ouvert leur galerie. Quand j’ai dit à mes amis de Bruxelles que j’allais exposer à Clermont, que j’étais content d’aller en Auvergne, tout le monde m’a dit que Clermont était très noire et que c’était un endroit dur pour y vivre. En fait, quand je suis venu, j’ai rencontré tout le contraire, des gens charmants et finalement une pierre noire que j’aime assez bien. J’ai rencontré des gens avec des cœurs très chauds, beaucoup de partage et surtout des gens qui s’intéressent à l’art, même s’ils habitent dans une région où on a pas l’habitude de venir sauf pour voir des volcans.

7JàC : Et qu’avez vous envie de dire aux clermontois qui n’osent pas pousser la porte d’une galerie d’art contemporain ou de venir voir l’exposition Poisson-Chat ?
M.S : Je ne vais pas dire que c’est quelque chose d’assez facile, mais je travaille beaucoup la couleur. Mon travail principal est l’assemblage des couleurs pour créer un monde positif, assez féerique avec ce que j’ai vécu. Je crois qu’il n’y a aucun problème à venir voir cette expo parce que je trouve que la Galerie Gendre est assez chaleureuse par rapport à ce que j’ai pu connaître dans mon passé d’artiste. Finalement on a souvent des surprises avec des spécialistes de l’art contemporain qui essaient de comprendre le message. Je ne dévoile pas tout, j’aime bien que le public se fasse sa propre idée de ce que j’ai tenté de réaliser mais surtout qu’il arrive à voyager et à se questionner. Moi je suis quelqu’un issu du graffiti qui est un art populaire qui ne fonctionne pas avec des codes comme l’art minimaliste pas exemple. C’est quelque chose de simple, comme la galerie Louis Gendre en fait.

Marcin Sobolev Poisson-Chat, exposition à découvrir jusqu’au 4 novembre 2023, galerie Louis Gendre, 7, rue Charles Fournier, 63400 Chamalières, du mercredi au vendredi de 14h à 19h, le samedi de 10h à 18h. www.galerielouisgendre.com

Lire aussi notre article : Louis Gendre : « faites vous plaisir, achetez, bon sang, achetez ! »

Oeuvres de Marcin Sobolev / Photo DR

À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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