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Vêtement gaulois Photo Musée de Gergovie
Vêtement gaulois Photo Musée de Gergovie
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Musée de Gergovie : une nouvelle expo particulièrement étoffée

Le Musée de Gergovie lève le voile sur les secrets de la mode gauloise avec sa nouvelle exposition temporaire, "L'étoffe d'un Gaulois - costume et parure en Gaule". Loin des clichés hérités du XIXe siècle, la conservatrice Pauline Rolland évoque un savoir-faire textile d'une grande modernité.

Le Musée archéologique de la bataille de Gergovie vient d’ouvrir sa nouvelle exposition temporaire : L’étoffe d’un Gaulois – costume et parure en Gaule.
L’exposition adopte la forme originale d’un atelier de confection et d’une boutique de mode et d’accessoires. Pour la « collection Automne-Hiver -53/-52 », deux composantes, toujours d’actualité, sont déjà présentes : le costume protège le corps et permet l’identification des catégories sociales.

Conservatrice du patrimoine au Musée de Gergovie, Pauline Rolland a très largement contribué au montage de cette exposition ; nous avons parlé chiffon avec elle :

Des choses fausses dans Astérix et Obélix

7 Jours à Clermont : Comment avez-vous conçu cette exposition ?
Pauline Rolland : Ce que l’on a essayé de faire dans cette exposition, c’est un peu de déconstruire les idées reçues sur les Gaulois. Dans Astérix et Obélix, il y a des choses qui sont vraies, notamment le goût des Gaulois pour les motifs un peu bariolés. Ils ont inventé les carreaux, par exemple, ou les rayures. Et puis il y a des choses qui sont fausses dans Astérix et Obélix, notamment sur le type de vêtement. En fait, ce que l’on peut dire, c’est qu’ils portaient des vêtements très amples qui leur permettaient d’avoir une grande liberté de mouvement dans leurs activités quotidiennes. C’étaient à peu près les mêmes vêtements pour les riches et pour les pauvres, mais qui se distinguaient dans ce cas-là par la qualité des motifs et par la richesse des teintures qui pouvaient être utilisées pour créer ces motifs.

À quoi ressemblent les costumes gaulois ?
Les hommes sont plutôt vêtus de pantalons qu’on appelle des braies ; c’est une nouveauté des Gaulois qui interpellait beaucoup les Romains ou les Grecs qui, eux, ne portaient pas de pantalon. Donc les hommes portaient des braies, ce qui leur permettait notamment de monter à cheval de manière plus aisée, sur lesquels ils portaient des tuniques et des sayons, des sortes de châles, de manteaux dans lesquels on se drapait. Les femmes, quant à elles, portaient des tuniques longues ou courtes sur lesquelles elles pouvaient ajouter d’autres vêtements, le peplos ou des sayons également. Donc des tenues assez amples encore une fois, qu’on venait ceinturer notamment à la taille avec des ceintures, des ceintures en cuir ou en galons travaillés avec une technique spécifique appelée technique aux plaquettes, qui permet de dessiner des motifs assez complexes.

Les Gaulois achetaient-ils leurs vêtements dans des échoppes ou les fabriquaient-ils eux-mêmes ?
C’est une vraie question à laquelle on ne peut pas apporter de réponse définitive. On peut imaginer que c’était une activité domestique, le tissage notamment, mais pour des étoffes assez simples. Dès qu’on voulait avoir des motifs un peu complexes, soit dans la manière d’associer les fils (donc dans l’armure du vêtement), soit dans les couleurs (en associant les couleurs d’une certaine manière pour créer des carreaux, même des pieds-de-poule), là on peut supposer qu’il y avait des artisans, des artisanes spécialisés qui confectionnaient cela dans des ateliers. Mais on a beaucoup de mal à avoir des réponses définitives, notamment parce qu’on a du mal à retrouver les infrastructures du tissage. On ne sait pas s’il y avait des boutiques, des ateliers spécialisés ; ça, c’est quelque chose qu’on a du mal à identifier dans l’archéologie.

La mécanisation déjà présente

À l’époque, des machines comme le métier à tisser existaient déjà ?
Oui, tout à fait, les métiers à tisser verticaux sont attestés archéologiquement, parce qu’on retrouve soit des fosses dans lesquelles on suppose qu’on dressait ces métiers à tisser, soit parce qu’on retrouve des pesons. C’est une sorte de mini pyramide percée qui venait lester les fils de chaîne dans lesquels on venait ensuite passer le fil de trame. Donc ça, on les retrouve au niveau archéologique et c’est bien attesté : on utilisait les métiers à tisser verticaux pour fabriquer des étoffes.

Pouvait-on déjà acheter du tissu coloré ou fallait-il avoir recours à la coloration ?
Alors, là aussi se pose la question de qui fabriquait ces vêtements et c’est un peu compliqué. On sait que les teintures demandent un savoir-faire spécifique et il y avait deux options : soit teindre directement le tissu dans la masse et obtenir une étoffe d’une couleur unique, soit teindre le fil avant tissage pour pouvoir ensuite associer des fils de couleurs différentes pour créer des motifs colorés comme des carreaux. Naturellement, c’est beaucoup plus facile à faire et moins cher probablement d’avoir une étoffe unie que d’avoir une étoffe à motifs.

Echevaux Musée de Gergovie Photo 7 Jours à Clermont
Photo 7 Jours à Clermont

Le vêtement : déjà un marqueur social

7 Jour à Clermont : Pour l’inauguration de l’exposition, vous avez organisé un défilé de mode au sein du Musée de gergovie. Est-ce qu’il y avait déjà quelque chose qui s’apparente à la mode telle qu’on la connaît aujourd’hui ? Une mode qui peut se démoder, qui permet aussi de se distinguer socialement ? Sur la question du phénomène de mode dans le sens où il y aurait un goût d’actualité un peu dominant, c’est quelque chose que l’on a du mal à percevoir dans le textile puisque on a très peu de sources matérielles conservées. Le textile est un matériau qui se dégrade très vite. On suppose que la laine, dans la terre, se dégrade au bout de deux semaines. Donc un vêtement gaulois ne se conserve pas. Il ne se conserve que dans des situations très particulières.
Avec ce que l’on peut retrouver dans l’archéologie et dans les sources antiques, on a l’impression qu’il y a une grande permanence du costume gaulois dans ses formes, dans ses couleurs, dans ses motifs. Donc on n’aurait pas vraiment de phénomène de mode à proprement parler. Par contre, on a un phénomène de distinction sociale entre le bas peuple et les aristocrates. On ne parle pas de mode et de tendances, mais de distinction par les motifs et les couleurs employés qui témoignent de l’emploi de teintures, par exemple, plus chères.

Lorsque vous avez travaillé sur cette exposition, avez-vous abordé la notion d’esthétique ?
Ce que l’on retrouve en contexte archéologique, les preuves matérielles, n’est pas forcément très beau. Ce sont souvent des fragments qui sont des petits fragments très détériorés. Les couleurs ne se préservent pas dans la terre. Du coup, on va avoir beaucoup de teintes brunes qui ne sont pas très jolies. Par contre, on arrive parfois à identifier encore les motifs qui ont pu être employés.
Ce qui est assez drôle, c’est que ce sont finalement des motifs très modernes : des carreaux, des rayures et même des pieds-de-poule. Le pied-de-poule est à la mode depuis une dizaine d’années, mais ce sont les Gaulois qui ont inventé ça. Cela nous renvoie aujourd’hui à tout un vocabulaire de la mode qui nous est familier et qu’on ne suspecte pas forcément quand on pense aux Gaulois.

Après, ce qu’il faut un peu remettre en perspective, c’est que les Gaulois étaient connus, notamment chez les auteurs romains, pour avoir un goût très exacerbé pour les couleurs vives. Nous, aujourd’hui, on est plutôt dans une société où l’on est assez sages en termes d’association de couleurs. On peut supposer qu’eux associaient les couleurs et les motifs de manière assez libre. Mais là encore, ce sont des suppositions et on a très peu de données matérielles pour venir éventuellement nuancer les témoignages des auteurs romains.

À l’époque, avait-on déjà des vêtements de tous les jours, des vêtements de travail et des vêtements d’apparat ?
Là encore, nous manquons de sources. Ce qu’on peut supposer, c’est que les vêtements coûtaient cher à fabriquer. C’était très long : il fallait filer la laine, ensuite tisser le vêtement et le coudre. Donc ça demandait beaucoup de travail. Dans le cas de l’exposition, nous avons travaillé avec une artisane qui reproduit des vêtements dans une démarche d’archéologie expérimentale ; pour faire une seule tunique masculine, elle a mis dix semaines. Cela vous donne une idée du temps qu’il fallait pour tisser une pièce de tissu et après faire un vêtement.

Cela veut dire aussi que le vêtement n’est pas quelque chose qu’on va jeter rapidement ; c’est quelque chose qu’on va garder longtemps, qu’on va raccommoder dans le temps parce que quand ça prend autant de temps, ça coûte forcément cher. On peut supposer qu’en fonction de la classe sociale, l’usage n’était pas identique. Par exemple, un paysan va avoir une seule tenue, peut-être deux, qu’il va utiliser un jour sur deux peut-être, alors que les aristocrates peuvent peut-être se permettre d’avoir plusieurs tenues qui correspondent aussi à plusieurs activités : la chasse, la vie de tous les jours, les cérémonies. Donc on va dire un dressing un peu plus fourni, mais là encore on n’est que dans le domaine de la supposition et on n’a pas de sources précises.

Cette nouvelle exposition du Musée de Gergovie  présente de nombreuses pièces qui se placent sur les vêtements ; ce sont déjà des bijoux ?
En fait, on parle d’éléments de parure parce que cela regroupe plusieurs choses. Cela regroupe des bijoux comme par exemple des colliers, des bagues, mais aussi ce qu’on appelle des fibules (sortes d’épingles à nourrice) ou des boucles de ceinture qui peuvent, au-delà de leur fonction utilitaire, avoir une dimension ornementale très évidente.
Nous présentons par exemple une paire de fibules en or. Au-delà de son rôle fonctionnel, elle a pour fonction de montrer le prestige de son porteur. Les bijoux existent depuis la Préhistoire en réalité, pour orner le corps mais aussi pour témoigner d’une fonction sociale, d’un pouvoir économique. Chez les Gaulois, c’est assez marqué ; on va avoir par exemple les bracelets en verre, invention typiquement gauloise, qui vont être un marqueur de prestige très prononcé au IIe siècle avant notre ère. Alors que l’homme du peuple avait vraisemblablement des bijoux en matériaux périssables qui ne sont pas arrivés jusqu’à nous, peut-être en cuir, peut-être fabriqués avec des liens en laine ou en fibres végétales. Donc on a vraiment cette notion de parure très présente et qui, d’ailleurs, est beaucoup plus sensible au phénomène de mode que le costume.

Changer les images héritées du XIXe siècle

Est-ce que les archéologues arrivent encore à trouver des éléments qui permettent d’avancer de nouvelles hypothèses ? À chaque exposition ici, au musée de Gergovie, on a l’impression qu’on nous avait raconté jusqu’alors un peu n’importe quoi. L’an dernier, le mythe du sanglier d’Obélix est tombé, et là vous nous dites que les vêtements de la tribu d’Uderzo et Goscinny sont bien loin de la réalité.
C’est une excellente question. En fait, l’image qu’on a des Gaulois est principalement une image qui est issue du XIXe siècle, au moment où l’archéologie débute. Donc il y a beaucoup de recréations de connaissances ; on va vraiment combler les vides en inventant. Aujourd’hui, depuis 80 ans et encore plus ces dernières années, on est dans une démarche scientifique qui est beaucoup plus poussée. Notamment sur les restes organiques (les matières qui composent les vêtements), on arrive beaucoup mieux à les identifier dans les fouilles archéologiques et donc on en retrouve davantage. Ce n’est pas qu’elles sont mieux conservées qu’il y a deux siècles, c’est qu’on sait mieux les identifier en contexte archéologique. Et donc on va pouvoir aujourd’hui en tirer plus d’informations qui vont nous permettre de réviser cette image d’Épinal que l’on a tous en tête héritée du XIXe siècle.

L’étoffe d’un Gaulois – costume et parure en Gaule : exposition au Musée archéologique de la bataille de Gergovie, jusqu’au 7 mars 2027.
Programmation des activités du musée sur son site web.

Illustration Johana Serpolet
Illustration Johana Serpolet
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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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