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L'Essentiel
Philippe Tabarot, ministre des transports, a rencontré des acteurs territoriaux pour discuter des problèmes récurrents rencontrés sur la ligne Paris-Clermont, tout en promettant de faire progresser la situation d'ici 2027 avec l'arrivée des nouveaux trains Oxygène.
Le collectif des Usagers de la ligne a exprimé ses préoccupations quant aux mesures annoncées, insistant sur la nécessité d'une amélioration à la fois de la robustesse de la ligne et des temps de trajet, devant être intégrées dans le livre blanc présenté au Gouvernement.
Après Clément Beaune en 2022, Christophe Béchu en 2024, c’était au tour de Philippe Tabarot de venir en Auvergne pour rencontrer les membres du comité de suivi des dessertes ferroviaires de la ligne Paris-Clermont. Dans ce dossier, seuls les ministres changent, alors que les incidents et les problèmes perdurent. Des motrices hors d’âge qui tombent en panne, des trains retardés ou supprimés, des usagers jamais sûrs d’arriver à l’heure… cependant, deux points positifs sont à noter : Il y a plus de trains qui arrivent à l’heure que de trains qui arrivent en retard, (grâce aux miracles quotidiens des agents de la SNCF) et quand on est à bord des vieilles voitures Corail, elles se montrent finalement confortables… d’ailleurs Corail est la contraction de Confort sur rail.
Alors comment doit-on considérer cette dernière visite ministérielle ? Nouveau coup de communication gouvernementale pour calmer le terrain ou réelle volonté de sortir la région du « tiers monde ferroviaire » pour paraphraser le patron de chez Michelin ?
L’actuel ministre des transports qui vit une situation de précarité comme tous ses collègues d’un gouvernement dont on ne connaît pas la longévité, montre en tout cas, une volonté de faire avancer les choses d’ici 2027, date de livraisons des trains Oxygène (remplaçants les Intercités actuels) mais aussi à un horizon plus lointain.
Un ministre qui dit être mobilisé à 200%
7 Jours à Clermont : Vous êtes venu pour présenter des mesures mais avez-vous écouté les usagers ?
Philippe Tabarot : Nous avons tenu ce comité en présence de représentant des usagers. Ils nous ont fait part d’un certain nombre de soucis qu’ils vivent depuis des années. Il y a eu des sous-investissements, mais à partir de 2018, on a retrouvé un niveau d’investissements pour les infrastructures dignes de ce nom, c’est aussi à cette période, qu’il y a eu la commande du matériel, certes tardive, mais aussi avec des retards conséquents. C’est la raison pour laquelle on se retrouve dans cette situation.

Le problèmes à répétition des Intercités sont évoqués à chaque visite ministérielle et pourtant les choses bougent à peine…
Cela nous oblige à avancer par rapport aux demandes qui ont pu être faire, ça nous oblige à améliorer la qualité du service, la qualité de la maintenance, ça nous oblige au niveau tarification pour qu’elle soit plus attractive que celle qui existe aujourd’hui. J’ai tenu à rappeler que je n’étais pas mobilisé à 100% mais à 200% pour améliorer la qualité de service de cette ligne qui est tellement importante pour le territoire.
Les ministres n’ont donc pas de baguette magique ?
Pas de baguette magique effectivement mais je crois qu’il y a eu trop de magiciens avant moi, qui sont arrivés pour dire que tout allait changer du jour au lendemain et qui n’ont pas pu le faire, quelles qu’en soient les raisons. Je veux tenir un discours de vérité et dire ce qui est faisable à court terme, en termes de renforcement de la maintenance, de qualité de service accrue avec des personnels supplémentaires, avec des conditions tarifaires qui prennent en compte la détérioration du service ces derniers mois, avec aussi une volonté de mobilisation en période dite dégradée, pour que l’État et la SNCF soient au rendez-vous, pour l’information, la prise en charge et la substitution. On restera,, pour ces deux années, très dépendant d’un matériel qui a le mérite encore d’être là, mais qui est très vieillissant, qui tombe en panne assez régulièrement et qui est très difficile à maintenir.
2 Millions de passagers sur la « ligne Intercités de la honte »
Peut-on encore croire en l’avenir du ferroviaire dans le centre de la France ?
Le train est le plus décarboné des modes de transport, il répond à un vrai besoin et puis les Français aiment le train, on le voit à travers les chiffres de fréquentation à la hausse depuis le Covid. Cette ligne qui en terme de performances n’est pas la meilleure de France a pratiquement 2 millions de passagers annuels, cela montre que le train a de l’avenir en France et dans cette région. À nous d’être au rendez-vous que ce soit la Région AuRA pour les TER et l’État à travers la SNCF sur les Trains d’Équilibre du Territoire.
Que peut-on espérer après la mise en service des rames Oxygène ?
Il y a des mesures à moyen et long terme. La principale mesure est l’arrivée des rames Oxygène qui permettront d’avoir une offre plus importante et plus robuste et puis il s’agit de savoir quel est l’avenir de cette ligne Intercités. Si c’est pour rattraper le retard et ne pas avoir plus d’ambition pour cette ligne, cela veut dire que l’on n’investit plus et que l’on reviendra à la même situation d’avant 2018. L’idée c’est donc de continuer à investir à travers une étude lancée dès maintenant pour savoir demain, en fonction du niveau d’investissement et de l’ambition voulue, si on sera capable de la moderniser avec ce nouveau matériel. Il existe aujourd’hui des techniques comme la commande centralisée, l’ERTMS* et on verra si on arrive à un gain de temps conséquent. Si l’étude est concluante, je suis sûr que l’on aura une explosion, car les Auvergnats sont particulièrement enclavés et ils seront très preneurs d’une ligne, plus opérationnelle et plus robuste.
Les promesses n’engagent que ceux qui les croient
« Les promesses n’engagent que ceux qui les croient » est une devise qui appartient à Jacques Chirac et que le collectif des Usagers de la ligne Intercités Clermont-Paris s’est appropriée. Stéphanie Picard, porte parole, a pris acte des différentes mesures annoncées par Philippe Tabarot, même si certaines, notamment tarifaires, ne sont pas les plus adaptées à la situation. Elle se réjouit, malgré tout, d’avoir l’assurance de la part de la société CAF, qui fabrique les rames Oxygènes, que le matériel sera bien livré en 2027.
Si le ministre annonce l’ouverture d’une étude, la question est de savoir ce que sera son périmètre. Une chose est sûre, les Usagers ne veulent pas choisir entre robustesse de la ligne et diminution de temps de trajet, ils réclament les deux.
Cette demande légitime sera bien entendu, intégrée dans le livre blanc qui va être remis au Gouvernement, ce mardi à Paris, dans le cadre de l’opération « Tous d’une même voie » qui rassemble élus, acteurs culturels, économiques, sportifs, citoyens, tous usagers des lignes Clermont-Paris et Toulouse-Limoges-Paris, l’autre ligne d’équilibre du territoire qui souffre des même maux.
*ERTMS (European Rail Traffic Management System) est le système européen de gestion de trafic des trains, composé de systèmes interopérables permettant la protection des trains, le pilotage automatique, et la radiocommunication sol-train.











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