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Natacha Polony Photo Philippe Thivat
Natacha Polony / Photo Philippe Thivat
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Natacha Polony : « La grandeur de la France vient du monde paysan »

Présente au Sommet de l’élevage, l’éditorialiste et essayiste Natacha Polony revient sur les défis majeurs du monde agricole. Souveraineté alimentaire, refus de la concurrence déloyale, traçabilité : elle plaide pour un modèle à visage humain capable de préserver la grandeur de la civilisation paysanne.

Journaliste et éditorialiste, Natacha Polony,était présente cette semaine au Sommet de l’élevage à Cournon-d’Auvergne. Juste avant d’aller à la rencontre des nombreux acteurs de cet événement majeur sur le territoire, cette agrégée de lettres modernes a bien voulu répondre aux questions de 7 Jours à Clermont.

7 Jours à Clermont : Vous voici en Auvergne où l’agriculture est mise en valeur par ses nombreux produits locaux. Quelle est votre vision de ce métier ?
Natacha Polony : Ma vision de l’agriculture est d’abord une agriculture qui nourrit la France et qui permet aux paysans de vivre de leur travail : c’est la base. Être arrivé dans un système où nous trouvons normal de donner des subventions à des paysans, parce que ce n’est pas eux qui fixent les prix, mais la grande distribution, c’est déjà une folie. Ils subissent un système où leur sont imposées des règles qui ne sont pas celles imposées aux producteurs extérieurs et donc les consommateurs avalent des produits qui comportent des pesticides interdits en France. Tout cela est aberrant. La question qui se pose est de savoir si nous voulons encore une agriculture dans les 10 ou 15 ans à venir. Est-ce que nous voulons préserver tout ce fait l’identité de la France ? La France est une civilisation paysanne basée sur un savoir-faire agricole. C’est tout notre art de vivre qui est tourné autour de cela, et si la France était une puissance historiquement, c’est parce qu’elle était une puissance agricole à une époque où l’énergie était la force humaine et animale, avec la capacité à nourrir les hommes et les animaux. La grandeur de la France vient du monde paysan qui, en plus, entretient les paysages, c’est-à-dire la beauté du pays.

7JàC : Selon vous, que faut-il faire justement pour préserver cela ?
N. P : Si nous voulons préserver cela, il y a des éléments à mettre en place, c’est la base. Premier point, on ne fait pas rentrer sur le sol français des produits qui ne respectent pas les règles que nous imposons à nos paysans. Deuxième règle : nous imposons la traçabilité. L’information du consommateur est la base. Il faut rendre au citoyen sa capacité à décider. Pour cela, il faut, par exemple, que dans les plats préparés, la viande soit tracée. Que dans les yaourts, le lait soit tracé. Que nous sachions d’où viennent les choses pour que les Français puissent choisir.
Troisième point : la commande publique. Priorité à la commande française dans la commande publique, ce qui permet à tous les paysans de vivre de leur travail. L’argent des contribuables français doit retourner dans l’économie française. C’est la base pour changer la donne et arrêter de voir des exploitations fermer, de voir la financiarisation du métier évoluer à contresens (rachat des terres par de grandes sociétés, fermeture des abattoirs de proximité alors qu’en termes de bien-être animal, c’est une folie de faire traverser la France à des animaux). Tous ces sujets-là, s’ils sont traités, peuvent faire changer les choses.

Natacha Polony prone « une agriculture à visage humain »

7 Jours à Clermont : L’agriculture doit se réinventer face aux défis climatiques, et qu’en est-il de la place des jeunes qui veulent s’installer ?
Natacha Polony : Pour les jeunes, si vous permettez aux paysans de vivre de leur travail, ils vont pouvoir se projeter dans l’avenir. Derrière, la question environnementale est essentielle, comme nous l’avons vu cet été. Quand on voit des éleveurs qui n’auront pas de fourrage cet hiver et qui vont se retrouver dans des situations financières tragiques, il va falloir les accompagner et les aider en adaptant notre modèle agricole. Il n’y a pas non plus d’agriculture sans irrigation. Il va donc falloir, non pas faire de grandes bassines pour l’agriculture industrielle, mais réfléchir au stockage de l’eau de façon mesurée pour tout le monde. En particulier une agriculture à visage humain, pour garantir aux petites exploitations en polyculture, qui sont un modèle d’avenir, de pouvoir se perpétuer.

7JàC : Dernière question, plus personnelle… sur le territoire auvergnat quels sont vos produits gastronomiques préférés ?
N. P : Comment voulez-vous choisir ? Un de mes plus grands bonheurs, ce sont les accords vin et fromage ; j’avoue que j’ai une passion pour cela. Je pourrais pratiquement me nourrir de ça. Cela montre la richesse des produits agricoles, c’est-à-dire qu’avec un litre de lait, on arrive à faire une diversité de produits. Avec une grappe de raisin, on arrive à faire une diversité de vins, grâce au ferment. Car le ferment, c’est la vie. S’interroger sur la subtilité de ce que nous offrent la nature et le travail des hommes à travers ces accords vins et fromages me bouleverse. Il y a une histoire derrière tout cela, d’êtres humains, de savoir-faire et de transmission.

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À propos de l'auteur

Philippe Thivat

Philippe Thivat, est correspondant d’un hebdomadaire dans l’Allier et intervenant auprès de l’ASM Romagnat rugby féminin en tant que rédacteur journaliste sportif. Il est également engagé dans le rugby citoyen qui œuvre grâce à ce sport à l’intégration des personnes handicapées et de personnes migrantes.

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