Les morts, on les écarte, on les enfouit, on s’efforce de les oublier. Comment faire autrement sauf à vivre entourés de fantômes ? C’est ainsi que les défunts sont entassés dans les cimetières, sortes de ghettos funèbres, au beau milieu ou aux portes de nos villes.
Et dans un monde implacablement régi par l’argent, on s’étonne presque que quelques promoteurs sans scrupule n’aient eu l’idée de les bannir de nos cités pour mieux tirer bénéfice de la moindre parcelle… Pensez donc, les beaux immeubles qu’ils pourraient y construire, les affaires juteuses qu’ils pourraient y réaliser.
D’autant que ces espaces ne sont guère fréquentés au quotidien que par des écureuils ou des chats errants, quelques rares veuves éplorées et -de temps en temps- des croque morts venus exercer leur sombre et fastidieux labeur. On s’y bouscule rarement au portillon, en effet.
Visites rituelles
Il y a néanmoins, comme en toutes choses, l’exception qui confirme la règle. Ainsi, une fois par an, les allées des cimetières se remplissent de vivants, les sépultures se couvrent de fleurs, des chrysanthèmes essentiellement. Les tombes, le plus souvent laissées à l’abandon, redeviennent propres comme des sous neufs.
Deux journées dédiées à la mémoire et au recueillement se succèdent ainsi dans notre calendrier : la Toussaint et à la fête des morts. Elles s’inscrivent dans une saison qui, elle-même, ne prête guère à la félicité… Les feuilles des arbres sont tombées et, selon la chanson, se ramassent à la pelle ; quant à la lumière, elle ne fait plus le poids face à l’obscurité.
Irrémédiable
Du passé vers le futur, la Toussaint nous ramène aussi vers notre propre destin. « Nous ne sommes que les locataires de nos existences » avait l’habitude de dire mon ancien rédacteur en chef dans une jolie formule qu’il avait sans doute lui-même emprunté à d’autres. Une façon de signifier que vivre reste une expérience éphémère, une simple parenthèse, une chance ou un fardeau selon les séquences. Et que, égalité suprême, la mort reste l’avenir commun à tous les êtres de cette terre. Une leçon de lucidité qui peut nous conduire à un peu d’humilité.
Marc François









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