Franchement, qui peut être surpris d’en arriver là, tant les choses se sont délitées, abîmées, effondrées durant ces dernières années dans notre pays, tant la tension est manifeste, l’exaspération à son comble, les dissensions évidentes, les fractures multiples ? Et tant la population qui vit sur le territoire ne fait plus société. Tant les autorités aussi ont laissé les choses dériver, en se gardant d’intervenir ? Par lâcheté davantage que par aveuglement. Par abandon plutôt que par naïveté. Par démission plutôt que par manque de discernement. Pendant des années, en fait, nos gouvernants successifs n’ont eu de cesse que d’enfouir les problèmes sous le tapis.
Tumulte et inaction
Sans autorité, pas de « vivre-ensemble » ; sans garde-fou, pas de sécurité ; sans sanction, pas de limite ; sans un minimum de fermeté, tout peut arriver, le pire davantage que le meilleur. En cela, les images saisies le 17 octobre dernier se révèlent non seulement édifiantes, mais symboliques et révélatrices. Elles ne sont évidemment pas fortuites, circonstancielles, mais symptomatiques. Et les événements survenus samedi à Trappes, au-delà de leur dimension tragique, ne pourront que contribuer à jeter de l’huile sur le feu.
Contrat social
Même lorsque tout fout le camp, assurer la sécurité des citoyens devrait demeurer la priorité absolue de l’État et la clef de voûte du contrat social. Comment garder la foi en l’État s’il baisse les bras ? Lorsqu’il démissionne devant une horde de casseurs et de pilleurs cagoulés ? Lorsqu’il fait le dos rond face à la violence et au saccage ? S’il ne remplit plus ses missions essentielles ? S’il prélève l’impôt sans plus protéger les citoyens ?
La situation est d’autant plus inquiétante qu’elle se propage dans un contexte social, économique et politique alarmant, évidemment propice au chaos. L’absence de majorité à l’Assemblée nationale, due à la dissolution, participe sans doute à ce climat, mais elle ne saurait l’expliquer à elle seule… Les six prochains mois vont être longs et il n’est pas sûr que la vérité qui sortira des urnes au printemps suffira à apaiser le pays, ne serait-ce que pour un temps.
Marc François









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