Le 18 mars 2019, 7 Jours à Clermont publiait un article de Marc François intitulé Le FRAC Auvergne rejoindra la Halle aux Blés en 2021. Cet article présentait le projet de réhabilitation de ce bâtiment emblématique clermontois de la rue Ballainvilliers. « Ce fut un feuilleton digne des Feux de l’Amour », avait déclaré Brice Hortefeux, alors vice-président du Conseil régional, le jour de la présentation du dossier, avant d’ajouter : « La fusion d’Auvergne et de Rhône-Alpes a permis de redonner une impulsion au projet sur le plan économique. »
Il est vrai qu’il fallait bien donner une nouvelle impulsion pour lancer enfin un projet, tant cette Halle aux blés faisait figure de patate chaude depuis 15 ans. Brice Hortefeux était plein d’enthousiasme, mais il ne savait pas encore que finalement le feuilleton allait durer 5 ans de plus.
Du blé à l’art
La Halle aux blés a été construite entre 1762 et 1771 sous la baguette de François-Charles Dijon, architecte selon les uns, ingénieur selon les autres, qui imagina aussi dès 1767 le proche Hôtel-Dieu. Il convenait à l’époque d’abriter le marché aux céréales de Clermont. Pour favoriser le développement des échanges, mais aussi pour assurer au commerce des locaux vastes, commodes et facilement contrôlables, la halle fut surélevée en 1822, cette fois-ci par l’architecte Louis Ledru, qui devint par la suite architecte de la ville de Clermont et architecte du département du Puy-de-Dôme.
La Halle aux blés s’inscrit dans la politique urbaine de la fin du XVIIIe siècle. L’édifice de style néoclassique a été conçu selon un plan rectangulaire avec quatre galeries voûtées d’arêtes entourant une cour centrale, et surmontées d’un étage destiné à l’entrepôt des grains.
Au XIXe siècle, comme il fallait « séparer le bon grain de l’ivraie », le premier étage du bâtiment fut dévolu à l’enseignement du dessin et des arts et métiers. Puis l’école des Beaux-Arts occupa l’ensemble des locaux et vit défiler de nombreux étudiants jusqu’en 1999. Bien que fermée, la Halle aux blés fut inscrite en 2002 à l’inventaire des Monuments historiques, ce qui la mettait définitivement à l’abri des appétits féroces de la promotion immobilière.
C’est au moment-là que le feuilleton évoqué par Brice Hortefeux débuta. La Région a d’abord acheté la halle à la Ville qui, par la suite, l’a vendue au Département, lequel l’a revendue à la Région… Entre-temps, de nouvelles destinations furent imaginées, dont une saugrenue auberge de jeunesse…
Et le calendrier fut malmené
Lorsqu’en 2019, la Région annonçait le lancement du chantier, l’affaire aurait dû être vite réglée. Il fallait rapidement trouver un lieu d’accueil pour le FRAC, Fonds Régional d’Art Contemporain, trop à l’étroit rue du Terrail et ne bénéficiant pas de locaux de stockage. Le cabinet d’architecture parisien Ateliers Lion fut retenu, permettant au FRAC de passer de 1 000 m2 à 2 700 m2, avec un espace d’exposition, une zone de stockage des œuvres du fonds et un espace de restauration.
Fin 2019, apparut un virus soi-disant transmis par les pangolins, le Covid, qui stoppa net le chantier et ouvrit une période bien difficile pour les métiers du BTP.
Premier retard d’échéance : le déménagement du FRAC fut donc annoncé pour l’année 2023, le temps que les entreprises retrouvent les chantiers et les matières premières, et règlent un problème de fragilité de la structure du bâtiment décelé tardivement.
Changement de stratégie
Au printemps 2023, Brice Hortefeux annonce que l’exposition qu’il est en train d’inaugurer ne sera pas la dernière de la rue du Terrail !
L’élu évoque un nouveau retard permettant in fine de caler le calendrier sur celui d’InspiRe et la fin des travaux du quartier Ballainvilliers. Mais cette raison n’est pas la seule. En réalité, la Région a revu sa stratégie et a décidé qu’il fallait donner davantage de place aux espaces d’exposition pour pouvoir imaginer des accrochages d’envergure nationale ou internationale, et plus seulement ceux du FRAC.
Un nouveau projet d’architecte permit de trouver les mètres carrés nécessaires pour agrandir les espaces d’exposition… au détriment du stockage.
Las de ces rebondissements qui transformaient l’histoire du FRAC Auvergne en Histoire sans fin, le charismatique directeur Jean-Charles Vergne finit par aller voir ailleurs, laissant son équipe seule à la manœuvre jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle directrice fin 2025, Élise Girardot. Cette dernière fut chargée d’inaugurer le nouveau FRAC en juin 2026.
Finalement, après 27 ans d’une longue attente, les Clermontois vont pouvoir découvrir la Halle aux blés du XXIe siècle, ce 25 septembre 2026, avec une exposition d’œuvres du FRAC intitulée Les mues éternelles, sur un co-commissariat d’Élise Girardot et Laure Forlay, son adjointe qui a assuré l’intérim.
Il convient de savourer ce titre au regard du passé et d’apprécier le magnifique traitement intérieur du bâtiment : sur 900 m2 d’exposition, 60 œuvres de 40 artistes sont présentées.












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