
Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans n’ont pas pu connaître mais dont ils ont peut-être entendu parler tant l’exploit des footeux de la bande à Coutard avait résonné dans tout l’hexagone. Une perf portée par l’écho bien au-delà des 9000 spectateurs entassés dans un stade (toujours) en construction et des milliers de “sans billets” en extase devant l’écran géant apparu pour la première fois place de Jaude.
Photo : David contre Goliath – Histoire du PSG
Retrouvailles
Au soir de ce 1er mars 1997, une modeste équipe de Nationale 2 éjectait les stars du PSG des huitièmes de finale de la coupe de France. Menés 4-1, la remontada et les tirs au but enlevés 4 à 3 par les clermontois crucifiaient les Lama, Raï, N’Gotty, Le Guen, Loko ou Valdes.
Les héros du soir se nommaient Bessaque, Chastang, Amblard, Le Bellec, Enjolras et consorts embarqués dans une folie collective que nous avions eu la grande joie de partager.
Pour côtoyer, trente ans plus tard, les héros alors semi-pros ou amateurs de l’épopée 1996-97, point n’était besoin de lancer des avis de recherche.
En cette soirée de fin octobre dernier, il fut aisé de retrouver la fameuse compagnie de l’exploit, enracinée dans son territoire. La quasi-totalité de la feuille du match historique était au rendez-vous du Clermont Foot Social Club sis dans les locaux de La Biscuiterie au cœur de ville. Autour d’Alain Dalan occupant, comme il se devait, le fauteuil présidentiel surplombé sur sa droite du toujours loquace entraîneur Thierry Coutard, la troupe ne cachait pas son bonheur. Mais les retrouvailles ne devaient pas se résumer à une séance photos en partageant quelques bières. À grands coups de questions-réponses agrémentées de savoureuses anecdotes, il s’agissait de faire revivre toute la saison de Coupe de France depuis les premiers tours régionaux en passant par les combats victorieux face aux pros de Lorient et de Martigues.
Sachant qu’entre temps, le gag du parcours fut sans conteste l’aventure vécue en novembre 96 sur le terrain sans éclairage de L’Etrat contre le RC St-Etienne, club de DH de la banlieue des Verts. C’est à la lueur des phares de voitures que Clermont l’emporta aux tirs au but sur un score digne du Guiness book : 13 à 12. Une sortie de route évitée de justesse.
Les héros ne sont pas fatigués
Absent au rendez-vous car encadrant les U-19 du Clermont foot en déplacement au Legia de Varsovie pour l’UEFA Youth League, Olivier Enjolras fut le gardien héroïque de ce 1 er mars 97.
Il est l’un des rares de l’épopée à être resté dans le foot avec Nicolas Le Bellec, titulaire du diplôme d’entraîneur pour la Ligue1, et Mickey Bessaque à la barre du Montluçon Foot. Tous se sont reconvertis dans le commerce, la fonction publique, la banque, l’assurance, la grande distribution ou l’Education Physique et Sportive.
Retraité dans sa campagne bourbonnaise de Charroux, Thierry Coutard a quand-même du mal à lâcher prise avec le foot. A temps partiel, il joue ‘’l’officier de liaison’’ entre le staff sportif et l’administratif du Montluçon Foot. En pays de connaissance avec l’entraîneur
Bessaque, il avoue « ce qui me fait le plus flipper, c’est le retour nocturne dans mes pénates charloises en passant vers La Bosse et la forêt des Collettes. C’est farci de sangliers, de chevreuils ou de renards qui ne respectent pas le code de la route » Sacré Thierry !
Cela me rappelle avec un brin de nostalgie cette époque où les journalistes pouvaient travailler en immersion et en confiance avec les clubs, sans exclure parfois quelques frictions. C’est bien le ‘’ressenti’’ du terrain qui fait la qualité et le vécu du reportage. Assurément plus que l’IA à la calée devant un écran.
Le sauvetage du club
La défaite honorable 2-1 après prolongations en quart de finale contre l’OGC Nice fut vite oubliée. Financièrement aux abois et proche de revivre, comme en 1990, une descente aux enfers, le Clermont Foot s’était offert une belle planche de salut. Le tiroir-caisse requinqué, les projecteurs médiatiques toujours allumés, les partenaires et sponsors allaient tracer la route du club, y compris le Conseil Régional. Comment oublierais-je le questionnement du Président VGE accueillant les héros : « Combien cela coûterait-il pour jouer dans la division au-dessus ? ».
À question embarrassante, réponse embarrassée du Président Dalan. Bientôt labellisé “Clermont Foot Auvergne”, le club allait se refaire une santé. Champion de France CFA en 1999, accession en National et champion 2002 ouvrant les portes de la Ligue2. La suite…on la connaît.
En fait de suite, l’initiative du Clermont Foot Social Club de faire vivre la passion foot autrement que dans ou autour des stades va perdurer. Avec les solides appuis de Christophe Chastang, l’épopée 1996-97 animera d’autres soirées de mémoire et d’échanges jusqu’au 1 er mars 2017.
L’idée avait germé dans la tête de Stéphane Delaporte, ancien joueur à l’AS Montferrand, entraîneur et dirigeant dans plusieurs clubs de la région, journaliste radio à NRJ, affichant aussi un certain goût pour l’art. Fondateur de l’entreprise Tifos, il propose des visuels contemporains reprenant les effigies et les codes des clubs d’ici et d’ailleurs. Longue vie au CF Social Club en attendant la suite de l’épopée légendaire.
PS : Quant aux psychodrames en jaune et bleu : Sachant que le père Urios, contrairement aux apparences, ne va pas déménager et que les supporters salivent à l’idée d’un possible retour de leur chouchou Brock James pour sublimer l’attaque montferrandaise, un peu de sérénité ne ferait de mal à personne. En attendant que Clermont nous émerveille à nouveau.












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