Depuis ce lundi 12 octobre 2026, il est interdit de circuler dans une zone piétonne du centre de Clermont sur un vélo, une trottinette, un monoroue, une planche à roulettes… Les usagers doivent mettre pied à terre et marcher avec leurs engins à la main. Ceux qui ne respecteront pas cette nouvelle règle risquent des amendes allant de 35 à 150 euros.
Avec cet arrêté, la ville de Clermont va au-delà du code de la route, pour garantir la sécurité des piétons.
La mesure concerne tous les secteurs piétonniers : le secteur de la Halle Saint-Pierre, le secteur de la rue Saint-Dominique, le secteur de la rue Saint-Esprit, le centre historique et surtout le secteur de Jaude entre la rue Gonod et la place Gaillard, caractérisé par la présence du tram et l’absence de piste dédiée pour rejoindre le boulevard Charles de Gaulle à la rue André Moinier.
Cet arrêté va nécessiter un gros changement de (mauvaises) habitudes et sans doute générer du mécontentement de la part des vélotaffeurs et autres adeptes du vélo en ville, obligés de faire de grands détours pour rester « dans les clous ».
Julien Bony, maire de Clermont, assume totalement la décision et rejoint ses homologues qui ont pris la même décision à Annemasse, Montpellier, Mulhouse, La Rochelle, Lille… où le pied à terre est devenu obligatoire dans les centres-villes.
L’objectif de cet arrêté est bien de renforcer la sécurité des piétons
Qu’est-ce qui vous a conduit à imposer le pied à terre dans le centre ?
En fait, cette mesure relève du bon sens. Quand on est dans une zone piétonne, on se déplace à pied. Cet arrêté n’a rien d’excessif, il est pris dans de nombreuses villes pour rappeler effectivement aux cyclistes, aux utilisateurs de trottinettes, d’hoverboards, de gyropodes – parce qu’aujourd’hui on a beaucoup de moyens de locomotion – qu’ils doivent circuler pied à terre pour éviter de mettre en danger les piétons. Parmi les piétons, on a parfois des personnes âgées, on a des personnes avec des enfants en bas âge, on a des personnes en situation de handicap. Et donc l’objectif de cet arrêté est bien de renforcer la sécurité des piétons et d’apaiser nos espaces publics.
Ne pensez-vous pas que l’on va dire que vous allez encore faire du mal aux cyclistes clermontois ?
Non, pas du tout. Encore une fois, il est bien d’organiser intelligemment les modes de déplacement. Aujourd’hui, on a investi des millions d’euros pour faire des pistes cyclables, donc les vélos doivent pouvoir circuler en toute sécurité sur des pistes cyclables, les piétons circulent sur les zones piétonnes et les automobilistes sur la chaussée. Je crois qu’il faut viser la cohabitation de manière à ce que chacun trouve sa place.
Pourquoi ne pas créer des pistes cyclables en centre-ville ?
Dans les petites rues, ce n’est pas possible. Il y a un peu d’espace à Jaude… mais en réalité, on n’aura jamais la place suffisante pour faire un schéma cyclable dans l’hypercentre. Aujourd’hui, on a des pistes cyclables qui passent quand même à proximité et là, si on vous demande d’être piéton de la place Gaillard à la rue Gonod, c’est 2 à 300 m. Ça peut se faire.
Le code de la route dit que dans une zone piétonne, les cyclistes doivent rouler à l’allure du pas en donnant priorité aux piétons. Pourquoi renforcer le code par un arrêté et imposer le pied à terre ?
En fait, la logique voudrait que même si vous restez sur votre vélo, vous soyez à une allure qui soit équivalente à celle de la marche à pied. Donc, comme on ne va pas transiger et s’amuser à évaluer si on est à 3 ou 4 km/h près, la règle est simple comme dans de nombreuses villes : encore une fois, c’est pied à terre pour éviter les excès.
Dans un zone piétonne, s’il veut rester sur son vélo, il devra contourner
Cette mesure a-t-elle été prise en concertation avec les associations d’usagers ?
Non, je n’en ai pas parlé aux associations d’usagers, parce que si je devais demander aux associations d’automobilistes, aux associations de piétons, chacun voudrait avoir son espace. Encore une fois, je n’invente rien. Ici, nous nous situons place Gaillard. De la place Gaillard à la rue Gonod, c’est piéton. Et je rappelle que l’interdiction de circuler sur la voie du tram est déjà effective depuis de nombreuses années ; elle n’est jamais respectée parce que je crois qu’à un moment la règle n’avait peut-être pas bien été rappelée. Et donc cet arrêté a simplement pour vocation de rappeler que sur une aire piétonne, on se déplace à pied.
Sur cette zone précisément, peut-être que dans la mesure où on ne demandait pas aux cyclistes d’être piétons, certains se disaient qu’au fond la plateforme du tram, c’est la piste cyclable qui n’existe pas, alors que le SMTC a fait plusieurs campagnes pour rappeler qu’il est interdit d’y circuler.
En réalité, ici, il n’y a pas de piste cyclable parce qu’on est dans une zone piétonne et on ne peut pas faire un schéma cyclable dans des ruelles qui font 2 m de largeur. Donc le cycliste, comme l’automobiliste, est obligé de contourner. S’il veut rester sur son vélo, il devra contourner. S’il veut traverser, il traverse avec son vélo pied à terre, il a 300 m à faire au maximum son vélo à la main pour le reprendre ensuite. Par exemple, sur la rue Saint-Dominique, c’est une bande de 100 m, sur la rue du 11 Novembre… une bande de 100 m. Donc sur 100 m, priorité absolue aux piétons, on descend de son vélo, on descend de sa trottinette et on se déplace à pied.
Ne pensez-vous pas que pour les utilisateurs de ces différents engins, il est difficile de concevoir qu’ils vont devoir changer d’habitude dans les zones piétonnes ?
Alors, moi ce que je constate, c’est que beaucoup de piétons sont mis en danger seulement par quelques-uns, on est d’accord… mais pour moi, ma priorité, c’est bien les piétons. Et ils sont très nombreux à se retrouver dans des situations dangereuses au quotidien ; je l’ai dit, les personnes à mobilité réduite, les personnes avec des déambulateurs, les personnes avec des enfants en bas âge, et c’est bien la majorité dans une aire piétonne : la majorité, ce sont des piétons, et ma priorité absolue, c’est celle des piétons.
Partage de l’espace public
Quelle réponse apportez-vous face à l’impression que certains comportements ne sont quasiment jamais sanctionnés ?
Mais on va sanctionner, je vous le dis, on va sanctionner… Les amendes iront jusqu’à 150 €. Ces comportements ne sont plus tolérables, de la même manière que l’on va sanctionner les automobilistes qui se garent sur les pistes cyclables ou les automobilistes qui se garent sur les trottoirs. Depuis des années, je constate cette anarchie, ce laxisme ambiant. Je l’avais annoncé pendant la campagne. Nous sommes là pour assumer nos responsabilités, pour organiser, pour prévenir et sanctionner quand on a des contrevenants qui ne veulent pas comprendre. Il y a de la place pour chacun, on est là pour faire en sorte que les espaces publics se partagent : là où c’est piéton, c’est piéton, là où c’est cyclable, c’est cyclable, là où c’est voiture, c’est voiture, mais on n’est pas là pour tolérer le laxisme et l’anarchie. Et c’est aussi pour ça que nous renforçons les effectifs de notre police municipale : encore une fois, c’est bien pour assurer la sécurité et la tranquillité de chacune et de chacun.
Est-ce que cet arrêté va aussi être l’occasion de faire la chasse à tout ce qui est illégal et très dangereux comme les vélos ou trottinettes débridés qui représentent un vrai fléau ?
Mais évidemment, et d’ailleurs, c’est bien pour ça que la question aujourd’hui n’est pas articulée autour du cycliste qui roule à 5 km/h : la question est bien motivée par des engins qui vont de plus en plus vite, que l’on n’entend pas arriver et qui mettent en danger les piétons. C’est bien ça l’enjeu. Mais comme on ne va pas transiger sur une question de vitesse, la règle est simple : encore une fois, je la répète depuis le début de notre entretien, quand c’est piéton, c’est piéton. Et donc il n’y a pas de circulation à roues, quel que soit le mode de transport, c’est piéton. Et encore une fois, ça n’a rien d’excessif, ça se met en place dans de nombreuses villes de manière à garantir la sécurité des piétons et retrouver aussi un peu de sérénité dans nos espaces publics, profiter de nos terrasses sans prendre le risque de se faire renverser par un vélo ou une trottinette qui arrive à toute vitesse.
Est-ce que les villes que vous évoquez sont plus en avance aussi sur le schéma cyclable que Clermont ?
Peut-être, mais j’ai quelques exemples de villes où j’ai vu ces arrêtés mis en place et où il n’y avait pas de piste cyclable à proximité. Encore une fois, on ne va pas refaire le monde, on ne va pas aller dans un sens inverse quand c’est piéton. Ici, on est dans une zone qui est piétonne depuis des dizaines et des dizaines d’années, on ne va pas détricoter pour dire « ah finalement c’est peut-être un peu trop piéton ». C’est piéton, point barre.

Les usagers du centre-ville vont apprécier de retrouver un peu de sérénité
Pensez-vous que la mesure risque d’impacter l’activité économique du centre-ville ?
Non, pas du tout, au contraire, je pense qu’elle va faire en sorte que les gens qui viennent dans le centre-ville, quel que soit leur mode de transport, à vélo, en tram, en voiture, une fois qu’ils auront laissé leur mode de déplacement pour profiter de nos espaces publics, au contraire, ils vont apprécier d’avoir des espaces publics sécurisés et beaucoup plus apaisés par rapport à cette anarchie que l’on constate tous les jours avec des vélos, des bolides qui arrivent dans tous les sens et qui mettent en danger les piétons. Donc je crois qu’au contraire, les usagers du centre-ville vont apprécier de retrouver un peu de sérénité.
Vous auriez pu opter pour une modulation horaire dans les zones pietonnes
Non, parce qu’à partir du moment où on commence à transiger… c’est la même chose sur la question de la vitesse. Si on dit jusqu’à 10 km/h, jusqu’à 15 km/h, c’est toléré, et puis finalement ce sera 17, puis ce sera 20, ce sera 25. En fait, il y a une règle simple, je la répète encore une fois, quand c’est piéton, c’est piéton.
Et y compris pour les livreurs Uber ?
Oui, y compris pour les livreurs Uber. Ils feront les premiers mètres à pied et ils finiront dès qu’ils auront quitté l’aire piétonne sur leur vélo. Ça s’applique à tout le monde, sans exception. Les seules exceptions, ce sont les véhicules des agents en charge de la sécurité, policiers municipaux, policiers nationaux, les agents de La Poste, ce sont les seules exceptions. Les autres devront être piétons.











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