Comme dans de nombreuses villes de France, dont Moulins, Montluçon, Le Puy, Aurillac… un rassemblement républicain a eu lieu ce lundi midi devant la mairie de Clermont, au lendemain d’un week-end marqué par les débordements en marge de la manifestation officielle du 17 octobre. Le maire Julien Bony et la préfète Anne Frackoviak-Jacobs, marqués par l‘incendie de la mairie de Limoges, ont pris la parole pour réaffirmer qu’une mairie est le cœur vivant de la démocratie et que ceux qui ont incendié cette mairie sont des « ennemis de la République ».
À leurs côtés Lionel Chauvin, président du conseil départemental du Puy-de-Dôme, Lionel Gay, maire de Besse et une grosse soixantaine de citoyens venus apporter leur soutien et protester contre des violences rarement vues.
À l’issue de son allocution, Julien Bony est revenu avec la presse sur les incidents du week-end et pour expliquer ses attentes alors qu’une nouvelle manifestation est annoncée pour le week-end prochain :
« On ne peut pas accepter que l’on pille, que l’on vole, que l’on saccage gratuitement. »
Ce rassemblement républicain est un symbole fort qu’il fallait ériger ?
Ce qui était important, c’était que nous puissions nous rassembler au-delà des étiquettes politiques de manière transpartisane, pour dire collectivement notre opposition à cette violence, à ce déferlement de haine qui a frappé notre pays et pas seulement notre ville, mais notre pays samedi, dire que nous ne l’acceptons pas, nous la condamnons et nous mettons tout en œuvre pour que ce phénomène, ce que nous avons vécu samedi, ne se reproduise pas dans notre pays.
On ressent un élan républicain, après les images de violence qui ont beaucoup marqué…
Oui, parce que je crois que l’écrasante majorité est particulièrement attachée à la République, aux symboles de la République, à ses institutions, à ses élus et donc je crois qu’il est temps aussi que cette majorité s’exprime, se manifeste et montre au fond son attachement à ce que nous avons de plus précieux parce que c’est notre socle commun.
On est déjà dans l’après : vous avez rencontré les commerçants clermontois ce matin, sont-ils choqués ?
Oui, ils sont très choqués, je crois que vous savez, les commerçants comme bon nombre de Français, après ce que nous avons vécu, pour beaucoup, c’est la sidération, mais s’ajoute en plus la perte, la perte financière, la perte d’un outil de travail, la perte d’investissements colossaux qui ont été réalisés pour rénover une boutique, pour constituer un stock et ça, c’est inacceptable. Là aussi, dans un pays moderne, on ne peut pas accepter que l’on pille, que l’on vole, que l’on saccage gratuitement, ça n’est pas acceptable.
Vous imaginiez que ça prendrait autant d’ampleur ce samedi, dans le cadre d’une manifestation annoncée ?
Non, mais très honnêtement non, mais comme beaucoup de monde, sinon évidemment que nous aurions demandé à l’État des moyens supplémentaires et que nous aurions tous anticipé. Nous avons tous été pris de cours par ce déferlement de haine, mais qui a été attisé, relayé aussi par des partis politiques. Et le rôle et la responsabilité des élus, quelle que soit leur sensibilité, ça n’est pas d’attiser la haine. On peut soutenir des revendications, mais ça doit se faire dans le calme et ça doit se faire selon les moyens acceptables en démocratie, pas comme ça.
Voir des élus de la République célébrer ce déferlement de haine, Julien Bony ne s’en remets pas
Pour la dimension politique, vous condamnez certaines images, certaines photos qui ont été prises avec des responsables politiques locaux qui s’affichent aux côtés des émeutiers ?
Bien sûr, je condamne tout à fait parce que je crois que quand on est élu de la République, quelle que soit sa sensibilité, on se doit d’abord de défendre les valeurs de la République, on se doit de condamner la violence et quand nous avons des forces de l’ordre qui sont prises à partie, qui sont attaquées, quand nous avons des incendies sur la place de Jaude, voir des élus de la République célébrer ce déferlement de haine, de violence avec l’écharpe tricolore autour du cou, oui, j’avoue que je ne m’en remets pas et je trouve ça profondément choquant, je condamne.
Avec un panneau sur lequel est inscrit le mot “Révolution”, ça va quand même très loin.
Oui, oui, oui, je l’ai vu… « La révolution, c’est notre projet. » En démocratie, ça n’est pas notre projet. Notre projet, c me faire en sorte que nous respections les valeurs de la République.
« Nous avons besoin de renforts de l’État parce que samedi, c’était une guerre civile. »
Que prévoyez-vous pour le week-end prochain, il y a d’autres manifestations, comment envisagez-vous les choses par rapport à ce qui s’est passé le week-end dernier justement ?
Alors, nous, nous serons prêts, nous allons coordonner, comme nous l’avons fait samedi, l’action de la police municipale avec la police nationale, nous allons déployer tous les effectifs possibles pour sécuriser nos espaces publics, mais vraisemblablement, nous avons besoin de renforts de l’État parce que samedi, c’était une guerre civile, c’était la guérilla urbaine et nos agents de la police municipale ne sont pas formés, ne sont pas équipés pour affronter ces situations.
Même les policiers nationaux n’étaient pas suffisamment équipés pour faire face à cela, donc j’attends que l’État adapte la réponse à la vue de ce qui s’est passé samedi, et puis, je pense aussi que nous devons réveiller les consciences. Aujourd’hui, nous avons des gens qui se proclament comme les ennemis de la République, ces ennemis, qu’ils soient de l’intérieur, nous devons les combattre comme des ennemis. En tant qu’élu, en tant que maire d’une grande ville en France, vous réclamez peut-être plus de moyens, en tout cas plus que ce qui était déployé samedi. Évidemment, compte tenu de ce qui s’est passé samedi, j’ai eu l’occasion de le dire déjà un certain nombre de fois, nous avons le sentiment, nous les maires, que nous avons parfois été en première ligne et sans les moyens suffisants, les moyens de l’État pour faire face à ces situations.
Donc oui, nous ne voulons pas que cela se reproduise et nous demandons à l’État des moyens, des renforts d’effectifs et des effectifs qui soient suffisamment équipés, ce qui n’était peut-être pas le cas samedi, compte tenu du degré de violence auquel nos forces de l’ordre ont dû faire face.
Est-ce que vous avez la possibilité, par exemple, de faire ranger toutes les poubelles, de demander aux commerçants de rentrer les palettes… qui sont autant de choses qui peuvent servir à monter les barrières et à prendre feu ?
Bien sûr, nous l’avons vu effectivement samedi, nous allons sensibiliser l’ensemble des particuliers, l’ensemble des commerçants à débarrasser l’espace public de tout ce qui peut servir de projectiles ou de matériaux inflammables. On l’a vu effectivement, c’est l’affaire de chacun, nous ne voulons pas que cette situation se reproduise, donc c’est l’affaire des autorités, c’est l’affaire de l’État de mettre sur la table les moyens nécessaires, mais j’en appelle au comportement et au civisme de chacune et de chacun d’entre nous.
« On ne peut pas s’inscrire dans le giron républicain et vouloir la fin de la République. »
Est-ce que vous iriez jusqu’à demander l’interdiction par exemple des manifestations, qui peut être demandée dans des états d’urgence ?
Moi, je pense que dans une démocratie, les manifestations doivent avoir lieu, on doit pouvoir manifester ses revendications sociales, mais j’en appelle à la responsabilité de chacun de le faire dans le calme, sans violence, parce que la violence n’a pas sa place en démocratie.
Faut-il selon vous dissoudre La France Insoumise comme le proposent certains partis politiques ?
Je pense qu’à un moment la question devra se poser. On ne peut pas s’inscrire dans le giron républicain et vouloir la fin de la République. Je crois qu’à un moment, collectivement, nous devons nous poser la question d’identifier les ennemis de la République et là très clairement, samedi, nous avons eu un parti politique qui ne s’est pas comporté comme un parti républicain, mais comme un ennemi de la République.
Que penser de la démission de Laurent Nuñez qui n’a pas été acceptée, c’est un coup de com, c’est un coup politique ?
Moi, je n’ai pas de commentaire à faire sur ce qui se passe au plus haut sommet de l’État, simplement j’aurais souhaité que le gouvernement mette les moyens suffisants, il y a vraisemblablement eu une défaillance au niveau des renseignements territoriaux qui ont sous-évalué le danger et la menace. Il se trouve que les moyens n’étaient pas suffisants, moi j’étais sur le terrain, j’étais aux côtés des forces de l’ordre, je l’ai constaté de mes yeux, les moyens n’étaient pas suffisants, nous devons en tirer les leçons. J’attends pour les prochaines manifestations à la fois un sursaut de nos concitoyens, mais aussi une réponse de l’État qui soit beaucoup plus ferme, qui soit beaucoup plus adaptée. Encore une fois, quand nous avons face à nous des guerriers, parce que nous avions des guerriers avec le même degré de violence, avec la même préparation, nous devons avoir des forces de l’ordre qui sont en capacité de riposter.












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