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Marc François.
Photo Fanny Reynaud.
Edito

Retour au “Salford”

Le bar existe toujours sur la place de Salford, à deux pas de Massillon et de Godefroy-de-Bouillon. Des générations de lycéens s’y sont succédé. Ceux des années 70, bien-sûr, ont pris de la bouteille. Mais, dans le meilleur des cas, il leur reste les souvenirs.

Le juke box diffusait des morceaux que nos pièces de monnaie (des nouveaux francs) avaient déclenché : une chanson de Cat Stevens, un air d’Al Stewart ou bien une ballade de Véronique Sanson, était-ce « Vancouver » ? Nous nous expliquions, deux contre deux, fièrement, sans concession, aux poignées du baby-foot, dans un réduit au fond du bar. D’autres fois, nous préférions le flipper, dans un corps à corps avec la machine électrique, essayant d’établir un record de points tandis que tombaient les parties gratuites à gogo. Au moins, nous offraient-elles un prétexte pour différer l’heure de retourner au lycée.

La petite Thérèse

Thérèse, la petite serveuse blonde, à peine plus âgée que nous, apportait, sur un plateau, des tournées de café ou, d’autres fois, des diabolos-citron lorsque la belle saison pointait le bout de son nez ou que nous sortions, assoiffés, d’un cour de gym. Son sourire nous titillait agréablement et, ses regards, de temps en temps, suscitaient quelques promesses ou, plus vraisemblablement, des illusions… Parfois, à la fin de la journée, vers 16h30, nous préférions un « monaco »,  mélange de houblon, de limonade et de sirop de grenadine, en fumant comme des pompiers, Gitanes sans filtre, Royales Menthol ou Players Navy Cut. Quant au patron, bourru et sympathique, il se prénommait Robert. Que pensait-il de nous, adolescents turbulents, insolents et, en fin de compte, pas mauvais bougres ?

Le temps des cerises

Les matins d’été, avant d’embarquer pour une session fastidieuse de cours, nous nous installions longuement à la terrasse du café, papotant, sans ménagement, sur les professeurs ou imaginant nos prochaines vacances qui ne tarderaient plus. A l’époque, une petite boutique de primeur se tenait à côté du bar. Et il nous arrivait d’avoir le bras long pour attraper une poignée de cerises dont nous recrachions les noyaux le plus loin possible. Ni vus, ni connus…

De temps en temps, je retourne au « Salford », dans le quartier de la place Delille, pour y lire le journal d’un œil distrait. L’établissement, toujours apprécié des lycéens, s’est agrandi. Je me demande, alors, parfois, ce qu’est devenue Thérèse, en agitant mécaniquement la cuillère dans ma tasse de café, et il n’est pas rare que me revienne à l’esprit cette chanson de Cat Stevens qui s’appelle « Sitting ». Elle commençait ainsi : « Oh I’m on my way I know I am/ Somewhere not so far from here. »

 

À propos de l'auteur

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

1 Commentaire

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  • Félicitations,cher Marc !!!

    Ta narration me fait revenir….on va dire… Quelques années en arrière,mais spirituellement sans espace temps et donc dans l’immédiat,avec ta description si réaliste qui me rappelle un si bon vécu,de si bons moments passés dans notre cher “Salf”, resté toujours gravé à jamais dans nos esprits d’ex potaches insouciants alors.

    Tu as même réussi à me replonger dans cette si bonne ambiance au sons de nos conversations, des flips,de notre musique et de l’inévitable baby foot nous attendant toujours très fidèlement juste à l’endroit que tu viens de mentionner.

    Encore merci pour cet article d’anthologie qui me remémore de si bons souvenirs.
    Avec tous mes meilleurs compliments et belles pensées,je te réitère toute ma plus sincère amitié,cher Marc.

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