Le festival LAC, Littérature Au Centre a pour objectif de placer la littérature contemporaine au cœur de la cité clermontoise pendant près d’une semaine, tout en fédérant les acteurs du livre et des métiers de la culture au sens large. Chaque année, au mois de mars, la manifestation associe la littérature à une grande thématique qui interroge la société. L’édition 2026 est consacrée au faits divers.
Entre rencontres, dédicaces, ateliers, projections, concert et expositions (dont une présentée à la Maison de la culture en collaboration avec nos confrères de La Montagne), le public est invité à plonger dans cet univers aussi sombre que passionnant des faits divers. L’occasion d’assouvir des penchants voyeuristes ou d’être témoin du fonctionnement d’une société parfois complexe.
Le fait divers alimente la littérature
Présidente de Littérature Au Centre, Sylviane Coyault est passé aux aveux durant notre interrogatoire :
7 Jours à Clermont : Pour LAC, choisir le thème “faits divers” était prémédité ?
Sylviane Coyault : Depuis longtemps, le fait divers alimente la littérature. Les Atrides finalement c’est un fait divers, mais Le Rouge et le Noir, ça part d’un fait divers. De toute façon, tous les romans — pour ne parler que des romans — ont toujours ce noyau qui peut s’apparenter à un fait divers, soit un fait divers réel, soit un fait divers inventé mais un peu calqué sur le modèle de choses qui existent et qu’on peut lire dans les journaux.
7JàC : L’exposition présentée avec La Montagne illustre la différence de traitement des faits divers entre les années 20 et les années 80 dans la presse. Est ce pareil en littérature ?
S. C : On se pose la question. Il faudrait être en mesure de faire le parallèle entre l’évolution du roman, l’évolution de la littérature et de l’écriture et l’évolution de l’écriture journalistique dans les faits divers. Et je suis persuadée qu’il y a un parallèle, que c’est symétrique. Peut-être pas avec les mêmes théories mais les deux vont ensemble.
7JàC : Est-ce qu’il y a davantage de liberté dans la manière de traiter les choses pour les auteurs ? Ce qui est raconté dans les romans est finalement plus “trash” ?
S. C : Non, je ne crois pas. Je pense que c’est trash des deux côtés. Tout dépend évidemment si on lit un thriller, si on lit un polar ou si on lit un roman plus soft. Mais de toute façon, les faits sont là. Et je dirais que dans la littérature, ce qui est peut-être plus violent, c’est que dans la mesure où il y a le travail d écriture, l’écrivain va faire ressentir peut-être plus violemment des choses qui sont racontées de manière un peu synthétique dans un journal. L’écrivain va aller dans l’intimité, dans la profondeur des choses, dans ce qui se passe dans l’âme humaine, il va analyser ça et ça peut avoir un effet plus violent.
Diversité d’auteurs
7 Jours à Clermont : Qui sont les écrivains que vous avez invités ? Ils ne publient pas tous dans la Série Noire…
Sylviane Coyault : Non, évidemment. Si on voulait faire des catégories, on pourrait dire qu’il y a les journalistes-écrivains, il y a des fait-diversiers qui sont là, ceux qui travaillent sur les écritures radiophoniques pour Affaires Sensibles, il y a ceux qui partent de faits divers réels, des cold cases ou des choses comme ça… ceux de la collection “True Crime” par exemple, ceux de “Vendredi Matin”. Et puis il y a ceux qui ne partent pas de faits divers réels ou connus, ni cités — parce que quand je parle des précédents, je pense à Patricia Tourancheau par exemple qui traite de l’affaire Fourniret, de l’affaire Grégory. En revanche, si on pense à Yves Ravey, à Tanguy Viel… il y a toujours un fait divers mais traité, inventé, c’est-à-dire que tout y est fiction.
7JàC : On constate que des écrivains partent de choses historiques pour lesquelles il manque des éléments de compréhension, pour combler les vides ou donner leur vision. Par exemple à Dalie Farah a proposé sa version de l’affaire Fiona. Est-ce qu’on a cette même chose dans le fait divers ?
S. C : Oui, mais alors là, on bascule quand même dans la fiction qui n’est pas incompatible avec le fait divers puisque c’est le germe. Le germe est le fait divers et après on brode autour, on rajoute des causes, des personnages, des psychologies… mais alors là il faut évidemment quitter un peu la référence au réel.
7JàC : Le fait divers fait parfois vivre la presse. Y a-t-il un phénomène similaire dans la littérature. Le lecteur montrer-t-il une forme d’appétence ?
S.C : C’est vrai pour le polar. Les lecteurs de polars sont nombreux. Même si c’est pas du fait divers réel, le polar fonctionne comme un récit de fait divers si on veut, comme une enquête. Donc là on voit bien qu’il y a un lectorat très important. Pour les romans… comment savoir à l’avance s’ils traitent d’un fait divers ? Il faudrait que ce soit affiché en quatrième de couverture, que ce soit précisé.
Mais c’est vrai quand on traite de Fiona, de l’affaire de Sambre comme Alice Géraud, de l’affaire Grégory, on voit bien qu’il s’agit de faits divers. Pour les autres, c’est plus difficilement décelable, sauf si, pour des auteurs comme Tanguy Viel, comme Yves Ravey, on sait que ce qu’ils vont faire c’est jouer avec les codes du polar, c’est jouer avec le fait divers, on connaît leur style — enfin pas la première fois bien sûr, mais après on arrive à découvrir et on prend ce genre de livre pour cette raison-là.
Est-ce que c’est lié, à un certain stade, pour des gens comme Julia Deck, comme Tanguy Viel ou Yves Ravey, est-ce que c’est lié au fait divers ou simplement à leur jeu d’écriture, à leur style ? C’est difficile à dire.
Des livres et bien d’autres choses
7JàC : Si pendant le festival on ne veut pas uniquement se plonger dans des livres, qu’est-ce qu’il faut faire ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas rater ?
S. C : Il Faut pas rater les chansons “Crime et Châtiment” de vendredi soir, où il va y avoir des complaintes criminelles. C’est encore du fait divers, certes, mais ça change de la lecture…
Littérature Au centre 2026 : Littérature & faits divers : Jusqu’au 29 mars – différents lieux à Clermont et Riom. Programme complet sur le site du festival.














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