Pendant trois jours, lesPUBP, Presses universitaires Blaise-Pascal organisent au KAP leur grande braderie annuelle. Avec des ouvrages vendus majoritairement à 1 € et 5 €, l’événement est une aubaine pour les étudiants comme pour les érudits. Jean-Luc de Ochandiano, directeur éditorial, nous présente cette maison d’édition singulière, service de l’Université Clermont Auvergne, qui fait vivre la recherche scientifique hors des circuits commerciaux traditionnels.
Les PUBP, un éditeur scientifique public
7 Jours à Clermont : Comment définir les Presses universitaires Blaise-Pascal en comparaison d’un éditeur traditionnel ?
Jean-Luc de Ochandiano : Nous sommes un éditeur scientifique public. Il en existe une centaine du même type en France, qui dépendent d’universités, de grandes écoles, de structures ou de centres de recherche… Nous, nous dépendons de l’Université Clermont Auvergne ; nous sommes vraiment un service de l’UCA. Nous publions une vingtaine d’ouvrages par an avec une spécificité : ce sont des ouvrages écrits par des scientifiques, des chercheurs ou des enseignants-chercheurs, exclusivement ou quasi exclusivement. Et ce sont des ouvrages scientifiques.
Quelles sont les grandes thématiques traitées ?
Les collections des PUBP portent sur deux gros secteurs : l’histoire et les études littéraires. Après, nous développons beaucoup l’archéologie, nous avons aussi des collections en sciences de l’éducation, en linguistique… Nous avons également des collections pluridisciplinaires et nous essayons de développer ces axes. Par exemple, nous avons une collection qui s’appelle « Études sur le Massif central » — puisque nous sommes quand même à Clermont — où nous faisons dialoguer des historiens, des géographes et des sociologues. Une autre s’appelle « À la croisée des SHS », qui vise justement à avoir une démarche pluridisciplinaire dans l’approche des sujets. Nous ne couvrons pas tous les secteurs de recherche de l’université, en restant essentiellement en Sciences Humaines et Sociales. Nous n’avons pas de publication en sciences expérimentales, mais nous essayons de faire dialoguer au maximum les différentes disciplines.
Avez-vous une obligation ou une volonté d’ancrer aussi les éditions sur le territoire ?
Nous ne sommes pas un éditeur régionaliste. Mais oui, nous sommes sur un territoire… même si l’essentiel de nos ouvrages ne traite pas, ou très peu, de ce territoire. En revanche, il y a effectivement la volonté de s’y intéresser, que ce soit en archéologie en particulier, mais aussi en géographie, histoire ou sociologie. C’est l’une de nos dimensions, en tout cas.
Un soutien institutionnel obligatoire
Quel est le modèle économique des PUBP ?
Nous publions des ouvrages scientifiques, c’est-à-dire des ouvrages de niche avec des tirages qui sont tout petits. En fait, nous publions les ouvrages que les éditeurs privés ne publieraient pas parce que, commercialement, ils ne sont pas rentables. Nous ne pouvons donc exister que si nous avons un soutien institutionnel et nos salaires sont payés par l’université. Nous pouvons aussi avoir des soutiens financiers : par exemple, lorsque nous publions un ouvrage écrit par tel chercheur, nous pouvons compter sur l’aide d’un laboratoire. Notre modèle économique est un modèle hors circuit… Nous sommes dans le circuit commercial puisque nous diffusons en librairie, mais nous avons un modèle spécifique. Ce que nous visons, c’est d’atteindre le « petit équilibre ». Tout ce qui est dépensé en imprimerie et en diffusion commerciale doit être récupéré par les ventes. Ensuite, il faut payer le personnel et le chauffage des locaux qui, eux, sont pris en charge par l’université.
Le fait que vous fassiez régulièrement des grandes braderies signifie-t-il que vous avez trop de stock et qu’il faut faire de la place ?
Oui. En fait, comme pour les trois quarts des éditeurs, le cycle de vie de nos ouvrages se fait grosso modo sur la première année ; après, il se vend au compte-gouttes. Le gros de nos acheteurs, ce sont les bibliothèques, les enseignants-chercheurs et les étudiants avancés en master ou en doctorat. Ils achètent les ouvrages quand ils sortent parce que ce qui les intéresse, c’est d’avoir l’actualité de la recherche. Après ce cycle de vie, il nous reste régulièrement des exemplaires. De plus, nous avons beaucoup de titres assez anciens, fabriqués à une époque où les coûts étaient bien moindres et autorisaient de gros tirages. Maintenant, on ajuste beaucoup plus, mais à l’époque, il restait parfois 200 exemplaires. Nous avons hérité d’un stock qui remonte parfois aux années 70. L’objectif est que ces ouvrages soient vendus.
En fait, cela évite le pilonnage et permet aussi de les vendre à petits prix ?
Oui, notre objectif est de ne pas pilonner. D’ailleurs, les enseignants-chercheurs sont vent debout si l’on parle de pilon, et ils ont raison. L’objectif n’est pas de les donner, mais de les vendre au prix vraiment symbolique d’un euro. On s’adresse surtout aux étudiants : on sait qu’ils n’ont pas beaucoup d’argent, donc l’objectif est qu’ils puissent acquérir des bouquins vraiment pas chers.
Plus de 4 000 ouvrages à déstocker
7 Jours à Clermont : Combien d’ouvrages espérez-vous déstocker durant cette vente ?
Jean-Luc de Ochandiano : On espère déstocker quatre à cinq mille exemplaires. Il faut savoir que nous avons 600 titres au catalogue. Nous devons en vendre environ 450, puisque nous ne bradons pas les nouveautés des deux dernières années, et qu’il y a des titres où il reste trop peu d’exemplaires pour les sortir du circuit de diffusion classique.
Vous avez 600 références au catalogue de PUBP depuis longtemps ?
Les PUBP ont été créées en 1999, mais avant cela, il y avait d’autres structures éditoriales, comme la Faculté des Lettres qui avait sa collection. Petit à petit, les labos se sont développés à partir des années 70-80. Certains ont créé leur propre collection, comme le CERAMAC en géographie ou la Faculté des Lettres avec la collection « Littératures ». Nous avons hérité de ces anciennes collections que nous continuons à diffuser.
Ces livres sont-ils toujours d’actualité ?
Dans certains cas, ils peuvent être un petit peu dépassés, mais il y a toujours des données intéressantes. Dans d’autres cas, ils ne le sont pas du tout, cela dépend des ouvrages. Même s’ils ont vieilli, il peut toujours y avoir de la donnée pertinente en Sciences Humaines et Sociales. Sauf dans certaines disciplines, un ouvrage ne vieillit pas trop… c’est plus marqué en géographie, en économie ou en gestion. Mais en histoire, un ouvrage ne vieillit pas vraiment : il peut être un peu daté, mais il contient souvent des références d’archives ou des réflexions qui restent intéressantes. Il n’y a jamais tout à jeter dans un livre. Enfin, ça dépend des ouvrages… parfois, il y a tout à jeter ! (rires).
Grande braderie des PUBP, mardi 24 mars 2026 jusqu’à 19h, mercredi 25 de 9h à 19h, jeudi 26 de 9h à 13h, dans le hall du KAP Learning Centre, 5 rue Kessler à Clermont












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