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Portraits de Lydie Bonnaire
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Face à Face avec Lydie Bonnaire

Entre mélancolie et émotion, Lydie Bonnaire dévoile à la Galerie Catherine Pennec sa nouvelle exposition, « Face à Face, regards suspendus ». Dans cet entretien intime, l'artiste autodidacte au parcours singulier, revient sur sa fascination pour les portraits d'autrefois, le silence des visages graves et sa quête d'une humanité sans artifice.

La Galerie d’Art Catherine Pennec présente actuellement une sélection d’œuvres peintes de Lydie Bonnaire. L’exposition Face à Face, regards suspendus est une invitation à faire connaissance avec une série de personnages, souvent des femmes. Certaines personnes sont familières ou, en tout cas, semblent l’être ; d’autres sont plus lointaines, plus énigmatiques. À chacun de percer la carapace pour rencontrer l’âme de ces personnages, au-delà d’une attitude fermée caractérisée par l’absence de sourire ou la posture du fumeur.

De la mélancolie dans les portraits de Lydie Bonnaire

Olivier Perrot : Qui sont les personnages que vous peignez ?
Lydie Bonnaire : Ce ne sont pas forcément des gens que je connais, il y en a certains, oui. Il y en a qui sont principalement inspirés de photos anciennes, du début du siècle dernier. Après, il y a un portrait de mon fils, des portraits d’une amie, il y a un portrait d’Émilie Dequenne. Et puis… et puis voilà. Mais ce n’est pas forcément des gens que je connais. Après, je peux avoir des inspirations qui vont m’amener vers des ressemblances peut-être, mais ça va être lié plus à l’émotion.

O.P : Est-ce important de connaître les gens ? On peut travailler juste sur une image et puis se raconter une autre histoire ?
L. B : En soi, même si je m’inspire d’une personne, ce n’est jamais le portrait définitif de la personne. Donc… non, ça n’a pas d’importance. Je viens à la rencontre du portrait, de la personne, quand je la peins au fur et à mesure. Et à la fin, quand le tableau apparaît, ça peut être très éloigné de la personne que je connais et, en même temps, elle m’est très familière parce que je l’ai construite. Peut-être un peu comme un enfant qu’on pourrait avoir.

O.P : Les visages sont souvent graves, un peu absents, jamais souriants. Pourquoi ?
L. B : Des portraits avec le sourire, on a tellement de sourires dans la pub partout… je trouve finalement que le sourire ne représente pas forcément le portrait. Et puis en plus, quand on voit les portraits en peinture qui ont toujours été faits, on ne voit jamais les dents, des pleins sourires, dans toutes les époques d’ailleurs. Après oui, il y a sûrement une certaine gravité, je sais qu’il y a de la mélancolie. Je pense que ce sont plus les états d’âme qui sont traduits dans les portraits à travers le regard.

O.P : Le simple regard permet justement de retranscrire un malaise, une mélancolie, un passé, quelque chose ?
L. B : Oui, sûrement. Après, je n’intellectualise pas. Mais oui, je trouve que dans le regard il y a… il y a toujours un brin de mélancolie quelque part en soi. Donc c’est peut-être ce qui ressort dans ma peinture, mais peut-être parce que moi-même je suis mélancolique. Je pense que j’aurais dû naître à une autre époque.

O.P : Cela aurait peut-être été une époque où les peintres étaient davantage attendus sur une forme d’académisme, alors que là, il y a de la liberté.
L. B : Oui, il y a de la liberté, et en même temps je pense que je cherche une forme d’académisme que je n’ai pas. Mais peut-être que je la cherche sur la posture. Je ne sais pas l’expliquer.

“Des gens qui fonctionnent à l’émotion”

O.P : Une nouvelle expo et un vernissage sont-ils toujours de bons moments ? Prenez-vous plaisir à retrouver vos tableaux dans une galerie, puis des gens qui viennent, discutent avec vous et donnent leurs impressions ?
L. B : Ah oui, vraiment ! Parce qu’en plus il y a des gens divers et variés et surtout à Clermont, j’ai trouvé des gens qui fonctionnent à l’émotion et qui n’ont pas le côté intello des galeries parisiennes. Ce sont des gens qui fonctionnent à l’émotion, qui viennent à la rencontre avec le portrait, pour moi c’est vraiment l’essentiel.

O.P : Justement, qu’est-ce qu’ils vous disent de ces portraits, de ces visages, de ces bouches fermées, de ces yeux un peu ailleurs parfois ?
L. B : Déjà, les gens m’ont beaucoup parlé de la couleur, chose à laquelle moi je ne pense pas par exemple, même si je le fais comme ça d’une manière instinctive. Et puis de la présence, oui, des regards, du côté immobile. Mais je pense que c’est lié à mon aspiration des photos du siècle dernier, ce que j’expliquais : le rapport à l’objectif quand tout le monde sortait dans la rue parce qu’il y avait le photographe qui arrivait, ou les photos de mariés qu’on trouve sur les buffets… je ne sais pas, je trouve qu’il y a un truc qui… enfin moi ça m’émeut énormément, les photos très anciennes.

Le choc Barbara Hendricks

Olivier Perrot : Il faut rappeler que vous êtes autodidacte.
Lydie Bonnaire : Oui, oui, je suis autodidacte.

O.P : Est-ce vrai ce que l’on raconte : vous avez vu passer Barbara Hendricks au milieu d’un décor et cela a déclenché chez vous l’envie de peindre ?
L. B : Ah oui, bien sûr que c’est vrai ! Carrément ! C’est incroyable. Je suis arrivée sur un décor de tournage pour rejoindre un ami, mais je ne savais pas du tout ce que c’était que ce tournage. J’ai franchi une porte cochère dans Paris. Derrière cette porte cochère, il y avait un immeuble qui était recouvert de paille, avec une charrette… enfin c’était un décor qui avait été entièrement reconstitué. Et il y avait Barbara Hendricks et José Carreras qui étaient en répétition pour une scène, et qui chantaient un extrait de l’opéra de La Bohème, parce que c’était donc le tournage de La Bohème de Puccini.

O.P : Que vous écoutez régulièrement depuis ?
L. B : Je l’ai beaucoup écouté après, parce que j’ai été tellement bouleversée par la voix de Barbara Hendricks et de José Carreras. Et puis ensuite, après, j’ai été invitée à la projection, et j’ai découvert en fait l’opéra comme ça. C’était tellement improbable de franchir cette porte et tout d’un coup de basculer dans un truc d’époque et avec ce chant qui était absolument incroyable. Et puis surtout, ce sont des grands ténors.

O.P : À l’époque, vous étiez déjà dans le milieu artistique ?
L. B : Euh non. À l’époque, j’étais assistante dentaire. Je ne travaillais pas encore dans le costume. J’ai travaillé dans le costume l’année qui a suivi.

O.P : Et pour ce nouveau métier, aucune formation liée aux Beaux-Arts n’a été nécessaire ?
L. B : Non, pas du tout ! Non. Je n’ai pas fait les Beaux-Arts, j’aurais aimé faire les Beaux-Arts… mais je n’étais pas faite pour faire les Beaux-Arts, je voulais plutôt être archéologue, historienne, quelque chose comme ça. Si c’était à refaire, je ferais des études pour être archéologue, ça c’est certain ! Ah ouais, vraiment.

Face à Face, regards suspendus Lydie Bonnaire – Galerie Catherine Pennec, rue Philippe Marcombes à Clermont,  jusqu’au 30 avril 2026

Femme debout Lydie Bonnaire
Femme debout – Lydie Bonnaire

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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