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Photo Fanny Reynaud.
Edito

Cette guerre que mon grand-père ne m’a jamais racontée

Il y a un siècle, s’achevait la « Grande Guerre », douloureuse, assassine, effroyable. Elle laissait une génération sur le carreau, des mutilés, des "gueules" cassées, des veuves et des orphelins par millions..

Mon grand-père aurait pu me raconter mais il y a longtemps qu’il n’est plus de ce monde. Me parler de Verdun, du chemin des Dames ou des Dardanelles. De la bataille d’Alsace ou de celle de Sarrebourg. De Morhange ou de Charleroi.  Évoquer la douleur, le chaos, le fracas, l’enfer. Et puis les cadavres, les tombes creusées à la hâte, les cimetières à perte d’horizon. Témoigner de tous ces « frères » tombés au champ d’honneur, qui n’est jamais qu’un champ d’horreur, de ruine, de souffrance et de dévastation …

A l’échelle d’un continent

Il aurait pu me dire quelques mots de ces hommes jeunes partis dans l’illusion d’une guerre courte, victorieuse ,« héroïque », vengeresse, plongés dans les affres d’un cataclysme à l’échelle d’un continent. De ces corps déchirés, déchiquetés, décharnés, aux yeux révulsés et exorbités jonchant des sols pour longtemps souillés et infertiles, criblés d’obus et de balles, pulvérisés par les bombes, hachés par les tranchées …Et les chevaux, par milliers, gisant comme pétrifiés, victimes innocentes de la folie humaine. Partout, la stupeur, le chagrin,  le deuil, immense, et les souvenirs, cruels. Un monde immonde.

Vaste charnier

14-18 : la « grande » guerre, à la croisée de l’archaïsme et de la modernité, des baïonnettes et du gaz moutarde, qui s’étendait sur un continent comme un vaste charnier à ciel ouvert. Puis un dénouement qui portait les germes d’un futur affrontement tout aussi  paroxystique. Mon grand-père aurait pu me raconter cette horreur européenne, devenue mondiale au gré de l’engagement américain, cette désolation absolue au carrefour des orgueils démesurés, des ambitions dévorantes et des conquêtes impitoyables et inutiles.

L’histoire donne raison aux vainqueurs et l’humiliation des vaincus nourrit les rancunes, elle exacerbe les frustrations, attise les haines, ourdit les conflits futurs. Dans l’ombre de 1918, se faufilait d’autres périls comme un feu qui couve.  Mon grand-père qui, comme tant d’autres, vécut 14-18 de plein fouet, aurait pu me raconter mais l’aurai-je seulement écouté dans l’entrelacs de mes propres préoccupations?

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

2 Commentaires

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  • Salut MARC je me souviens de repas a la maison , avec mes deux grand père ils avaient fait la guerre de 14 ils ne voulaient pas en parler !! moi je posais des questions , pas de réponse précise ; ils coupaient cours a la conversation , surement trop d’horreurs !!! avec les images d’archives , je comprend mieux leur silence ; simplement de la dignité .

  • Vos mots sont tellement beaux… et en même temps vous décrivez l’horreur, le sacrifice de milliers d’hommes qui partaient « fleur au fusil », vers le chaos et l’enfer… Ces milliers de familles broyées par l’horreur, l’attente et au bout du bout le désespoir engendré par la mort de ceux qui nous étaient si chers.
    Moi non plus, mon grand-père ne m’a jamais parlé de cette guerre. Mais il portait une ombre sur son visage et mon adolescente insouciance ne l’a guère questionné… Oui il faut parler à ceux qui sont vivants, il faut lire leur sagesse et savoir écouter pour mieux comprendre l’Histoire et notre propre histoire et . Nos chefs d’états ne nous donnent guère confiance en l’avenir. La violence est partout, encouragée par le creusement des inégalités, la casse des acquis sociaux, le soutien à Israël, la vente d’armes pour le profit, et même ces femmes qui se croient malines en Mayenne et qui , sous le nom de « Dianes chasseresses », organisent une « battue » afin de récolter des fonds pour la lutte contre le cancer du sein. On devient fous !!! Tuer pour mieux survivre. Alors que c’est le contraire qu’il faudrait faire…
    Ne croyez pas que je mélange tout. Simplement, je me rends compte que notre monde ne tourne pas rond et qu’il suffirait d’un bon sens politique au plus haut niveau pour que tout le monde puisse vivre en paix, hommes et nature enfin réunis…
    Je lis votre rubrique régulièrement.
    Et je vous félicite. Merci
    Merci à vous.

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