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Photo Fanny Reynaud.
Edito

L’incomparable envol de Bob Beamon

Il y a cinquante ans, lors des Jeux Olympiques de Mexico, Bob Beamon, s'envolait ... pour un saut en longueur de 8,90 mètres. Un exploit athlétique qui a marqué l'histoire du sport.

S’il fallait choisir des Jeux Olympiques d’hiver, ce seraient peut-être ceux de Sotchi (2014), riches en exploits et en péripéties. Et s’il ne fallait retenir qu’une édition des Jeux d’été, sans le moindre doute, ce serait ceux de Mexico, en 1968, dans une année tellement riche en événements historiques .

L’orage menace

La chaleur est intense ce 18 octobre 1968 sur l’Estadio Olimpico. Les nuages s’amoncellent dans le ciel et l’orage menace lorsque débute la compétition de saut en longueur. En Europe, c’est la fin d’une journée déjà automnale… Les deux favoris pour la médaille d’or sont deux Américains, Ralph Boston, le recordman du monde (8,35m à égalité avec le Soviétique Ter Ovanessian) et Bob Beamon. A 22 ans, ce dernier est l’homme en forme, celui qui monte mais il a failli passer à la trappe lors des qualifications de l’épreuve, ayant mordu ses deux premiers sauts. Né dans le Queens à New York, Beamon a été élevé par un père ivre et violent. Et après avoir côtoyé les gangs et frôlé la prison, il a trouvé dans le sport une forme d’exutoire.

Une marque irréelle

Bob Beamon en plein vol. Photo D.R.

Altitude 2240 mètres. Une « hauteur » à laquelle l’air se révèle moins résistant, favorisant les performances des sprinteurs et des sauteurs. Le vent souffle, à la limite de l’homologation…C’est le tout premier essai. Beamon, un athlète grand, longiligne, presque maigre, s’élance. Il va trouver la planche, sans la mordre pour une fois, il bondit, jaillit, s’envole, plane pour l’éternité, dans un double ciseau parfait. Enfin, il retombe et rebondit à l’extérieur du sable… dans la stupéfaction. La marque paraît irréelle, les officiels n’en croient pas leurs yeux. Les nouveaux instruments de mesure optique ne sont pas prévus pour un tel saut, dès lors, il faut recourir au bon vieux ruban. L’athlète, lui-même, semble en état de choc. Enfin, le chiffre apparaît: 8, 90 mètres. Beamon, habitué aux mesures anglaises, ne comprend pas. Il faut lui traduire: plus de 29 pieds… Enfin, il s’allonge au sol comme médusé par son propre exploit. L’Américain vient de fracasser le record du monde de 55 centimètres, alors qu’en un demi-siècle il n’avait progressé que de 15 petits centimètres. Le ciel ne va pas tarder à s’ouvrir et la tempête s’abattre sur Mexico.

Bien-sûr, d’autre images, un peu jaunies, demeurent de ces Jeux de 1968: les poings serrés de Tommy Smith et John Carlos, sur le podium, à l’issue du 200 mètres, le 400 mètres supersonique de Lee Evans, la prise de pouvoir des Kenyans en endurance, dans le sillage de Keino et de Temu, le saut en hauteur iconoclaste de Fosbury ou le tour de piste de Colette Besson et Lilian Board. Mais aucune n’atteint la dimension du bond en avant réalisé le 18 octobre.

De Bob Beamon à Mike Powell

L’exploit de Beamon, d’un autre genre, paraissait au-delà des capacités humaines. Pourtant, un quart de siècle plus tard, Mike Powell irait plus loin, portant le record à 8,95 mètres, sans susciter la même émotion. Aujourd’hui, Bob Beamon, désormais un vieil homme, vit à Chicago. Il reste, et sans doute pour longtemps, le recordman olympique du saut en longueur. D’une certaine façon, il vole encore…

 

À propos de l'auteur

Marc François

Marc François

A débuté le métier de journaliste parallèlement sur une radio libre et en presse écrite dans les années 80. Correspondant de plusieurs médias nationaux, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Info Magazine (Clermont, Limoges, Allier) pendant 9 ans, il a présidé le Club de la Presse Clermont-Auvergne entre 2009 et 2013. Il est l’initiateur de 7 Jours à Clermont.

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