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Boutique éphémère Clermont Foot 63 / Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier
Chroniques Sports

Le foot a ses raisons…

Quel meilleur moment que l’approche des fêtes pour faire briller une boutique en centre-ville clermontois. Porté par la dynamique de son aventure inédite en Ligue1, le Clermont Foot s’est ainsi rapproché de ses fans, friands de maillots ‘’rouge et bleu’’ surtout le n°27 de Bayo. Mais les supporters ne vont pas tarder à s’intéresser de près à un autre type de commerce, une fois passés les marchés de Noël.

Brouillard sur l’arrière boutique

Stade Montpied / Photo Y Meunier
Stade Montpied / Photo Y. Meunier

Si à la mi-parcours du championnat l’objectif du maintien reste une évidence, le 1er janvier s’ouvriront les portes de l’attendu “mercato d’hiver”. Une arrière-boutique dans laquelle pourrait se jouer la suite de la saison. Footeux dans l’âme, mon voisin avance donc péremptoirement : “il va bien falloir que Schaefer casse la tirelire pour renforcer l’effectif !”. Car il est vrai qu’après une entame de saison flamboyante, le Clermont Foot s’est engagé sur une pente savonneuse vers le bas du tableau sans vouloir renier une philosophie de jeu offensif qui avait fait sa réussite jusqu’alors.
Le hic, c’est que les bonnes intentions et le cœur à l’ouvrage ne suffisent pas toujours à faire trembler les filets d’en face et qu’un Bayo ne suffit pas non plus à faire le printemps. A fortiori quand l’hiver est là, que l’infirmerie se remplit et qu’une partie des troupes va se trouver mobilisée par la Coupe d’Afrique des Nations (9 janvier au 6 février). Au Montpied, l’avenir des Clermontois est donc forcément un peu dans le brouillard. Alors, oui, dans ces conditions, on est en droit de penser qu’Ahmet Schaefer et ses associés de la holding Core Sports Capital propriétaire du Clermont Foot, seraient sans doute bien inspirés de casser la tirelire. Mais les actionnaires sont seuls décideurs de l’utilisation de leurs deniers.

Stratégie(s)

Grbic / Photo Clermont Foot
Grbic / Photo Clermont Foot

Le président du club affirme “C’est mon argent que j’investis(…) Je suis un businessman. On est là pour faire des affaires”. Rien de délictueux à vouloir faire du club “une structure efficace et profitable”(1). Le chemin des affaires passe donc par une stratégie double : conjuguer une valorisation du club liée aux résultats de l’équipe et générer des plus-values par la vente de joueurs. A cet égard, les anciens se rappelleront l’époque héroïque de l’AJ Auxerre qui fut l’exemple d’une belle fabrique de footballeurs. Le truculent maquignon Guy Roux se procurant des jeunes à fort potentiel mis à l’embouche sur le pré bourguignon et revendus plus tard à bons prix avec des droits de formation, droits de suite et tutti quanti. Précédant l’accession en Ligue1, le player trading business (ça fait quand même plus classe que commerce de joueur  !) avait permis au Clermont Foot d’effectuer quelques bonnes transactions. Après Ludovic Ajorque, transféré à Strasbourg en juillet 2018 pour 2M€, c’est Florian Ayé, arrivé d’Auxerre la même année pour des clopinettes qui avait été revendu 40 matchs et 19 buts plus tard, en juillet 2019, au club italien de Brescia pour 2M€ (peut-être un peu plus puisque nanti d’une valeur marchande estimée alors à 3,5M€). En même temps qu’Ayé, les produits locaux Julien Laporte et Mathias Pereira Lage étaient vendus respectivement 1,2M€ à Lorient et 1,5M€ à Angers. Arrivait alors d’Autriche, et pour peanuts, Adrian Grbic dont le rôle de “serial buteur” au fil de la saison allait permettre à Clermont de toucher un jackpot de 8M€ + 2M€ de bonus en le
cédant ipso facto à Lorient (2). Avec des recrutements sans indemnités de transfert (y compris pour aborder la Ligue1) et quelques ventes fructueuses l’équipe Schaefer semblait donc avoir mis à l’abri quelques jolies noisettes.

Une galette, ça se partage

l'accord Bayo / photo Clermont Foot
l’accord Bayo / photo Clermont Foot

Sauf que rien n’est limpide dans le business foot car les produits des ventes ne sont pas forcément “nets”. Entendez par là que les joueurs concernés, voire l’encadrement sportif qui a participé à leur valorisation, peuvent très bien avoir négocié un partage de la galette. Exemple : Adrian Grbic possédant 50% des droits de son transfert, soit 4M€ sur les 8M€ hors bonus, et le club vendeur devant ristourner un pourcentage aux clubs formateurs du joueur, ce serait sans doute moins de 4M€, pas forcément payés au comptant, qui seraient tombés finalement dans l’escarcelle clermontoise. Ce type d’arrangement, souvent opaque mais néanmoins courant, peut en partie expliquer que les négociations ne soient pas simples entre un club et la doublette infernale composée du joueur et de son agent (ne pas l’oublier celui-là quand on parle gros sous !). D’où les psychodrames qui peuvent entourer les vrais faux-départs comme celui de Mohamed Bayo en début de saison avant la finalisation d’un accord.
Du coup, voilà que mon voisin devient perplexe quant à la perspective d’une forte activité du Clermont Foot sur le mercato de janvier, sachant que le club a déjà croqué quelques noisettes en augmentant les salaires et en négociant des prolongations de contrats lors de l’accession en L1. Pour mieux éclairer le business, loin de la criée du port de Lorient ou de la vente des broutards au cadran de Mauriac, il existe une sorte d’argus de la valeur des joueurs.

Les étoiles Michelin du foot

Fiche Jim Allevinah / capture écran transfermarkt.fr
Fiche Jim Allevinah / capture écran transfermarkt.fr

Ainsi, le transfert de Grbic chez les Merlus avait-il fait bondir sa côte de 2 à 7M€ en un mois avant d’atteindre 9M€ en octobre 2020 puis de chuter à 5M€ fin mai dernier. C’est en analysant une foule de données statistiques que Transfermarkt, filiale du groupe de presse allemand Axel Springer, publie régulièrement pour des milliers de joueurs une estimation de valeur marchande qui n’échappe pas aux négociateurs. Parmi les actuelles bonnes étoiles clermontoises dans ce “Michelin du foot” : Jodel Dossou passé de 700K€ à 2M€ ou Jim Allevinah de 800K à 2,5M€ ; le pompon étant tenu par Momo Bayo estimé en octobre à 10M€ soit dix fois plus qu’il y a un an, ce qui le positionnait au 95 ème rang de Ligue1 et 848 ème dans le monde. Les chiffres peuvent être mis en rapport avec ceux du Centre International d’Etude du Sport basé en Suisse. Son Observatoire du football publie des fourchettes de valeurs, parfois en disparité avec Transfermarkt, souvent en cohérence comme c’est le cas pour Erling Haaland, l’attaquant norvégien du Borussia Dortmund, dont la valeur de transfert avoisinerait les 150M€.
Plus loin dans la cotation (21 ème avec 80M€ chez Transfermarkt) arrive Leo Messi, sempiternel Ballon d’Or récompensé une septième fois, probablement par anticipation pour ses futures prestations avec le PSG. Tout cela pour dire, en paraphrasant notre Blaise Pascal, que le foot a ses raisons que la raison ne connait point. La preuve (ci-dessous) à Clermont où le mercato a démarré avant l’heure.

F.Hollande / Photo Clermont Foot
Avec François Hollande / Photo Clermont Foot

(1) LePoint.fr 06/08/21
(2) Le bonus permet au club vendeur de récupérer une partie de la plus-value réalisée
sur une future revente du joueur.

À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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