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Jessy Trémoulière Photo Yves Meunier
Jessy Trémoulière Photo Yves Meunier
Chroniques

Jessy Trémoulière : dans les coulisses

Légende mondiale de la métamorphose instantanée, Arturo Brachetti change de costumes aussi vite que son ombre. Sacrée meilleure joueuse mondiale de rugby en 2018, Jessy Trémoulière n’entend pas égaler l’élève de Fregoli mais son emploi du temps relève d’une certaine performance, en toute liberté, loin désormais des feux de la rampe.
Jessy Trémoulière Photo Ed. Revoir
Jessy Trémoulière Photo Ed. Revoir

Parti le matin à 10h de Romagnat, le bus des réservistes de l’ASM Romagnat arrive dans la banlieue de Lille sur le coup de 19h. Bienvenue chez les Ch’tis par un temps de Toussaint très normal puisqu’on est le 1 er novembre. Demain dimanche à 11h, les filles en jaune vont
affronter Villeneuve d’Ascq pour le compte du championnat de France Réserves Elite.

Libérée, délivrée

Après avoir laminé les nordistes 60 à 0, la numéro 15 et ses coéquipières regagneront Romagnat vers 22h. La victoire d’accord, mais un peu galère ce voyage ? « Non pas du tout ! On a tiré le casse-croûte du sac sur une aire de l’autoroute, le voyage fut long mais dans une belle ambiance et je me plais dans cette convivialité »

À 33 ans, avec ses 23 sélections à VII et 78 capes à XV, nantie de deux Grands Chelem dans les Six Nations et d’une médaille de bronze en Coupe du monde, Jessy Trémoulière n’était sûrement pas ‘’cuite’’. Mais la fermière de Bournoncle-Saint-Pierre s’est toujours nourrie d’un sentiment de liberté : « Je ne me sentais plus à jouer en équipe première. »

J. Trémoulière Photo France TV
J. Trémoulière Photo France TV

Sept ans après le trophée des World Rugby Awards et celui remis en 2020 à la ‘’joueuse de la décennie’’, Jessy Trémoulière ne sombre pas pour autant dans le syndrome du soleil couchant. « Priorité à mon équilibre personnel, je ne veux pas rester cloisonnée dans le rugby ! » nous avait-elle déjà affirmé avant de conquérir avec Romagnat le Bouclier 2021 et de prendre sa retraite internationale en 2023.

À Monaco sous l’œil du Prince photo World Rugby
À Monaco sous l’œil du Prince photo World Rugby

Une autre pressionpour Jessy Trémoulière

Multitâches de nature, l’altiligérienne et romagnatoise, sans trop s’éloigner de la balle ovale, éprouvait donc le besoin d’une activité un temps soit peu lucrative car la liberté, ça se mérite. Pas question de rester les deux pieds dans les mêmes crampons.
En fonctionnement depuis septembre 2023 à Saint-Laurent-Chabreuges tout près de Brioude, la brasserie Voltige recherchait un salarié afin de seconder la responsable technique et de se former aux multi compétences du brassage, du conditionnement et de la commercialisation de la bière.

Jessy Tremoulière et avion Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier


Ce fut donc UNE salariée qui fut embauchée en octobre dernier, séduite sans doute par la philosophie du patron Pierre Olivier Bonnet : « Faire une bonne bière bio à tarif raisonnable. » A deux lieues de la ferme familiale, Jessy venait de se tracer une nouvelle route.
« Je me suis déjà rôdée à l’opération du brassage qui est assez subtile, ça met un peu la pression ! » Ce qui ne semble pas déplaire à notre néo brasseuse, partageant le plaisir de l’innovation avec son boss : « Nous proposons cinq produits permanents accompagnés de ce que nous appelons des éphémères issues d’une unique brassée ; par exemple la ‘’descente des muletiers’’ en référence au puy de Dôme dont le restaurant du sommet fait partie de nos clients. » La zone de chalandise allant, pour le moment de Vichy à la région du Puy en passant par Clermont et Aurillac, Jessy Trémoulière se plaît aussi dans la voltige des livraisons.

Jessy Trémoulière Voltige Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier

Co-produit de la bière, la drêche est la matière solide issue du malt après la filtration. Les vaches s’en régalent, alors direction la ‘’Route du lait’’ et la ferme des Barlières, camp de base de la Famille Trémoulière et de ses 280 bovins dont 60 laitières.
Certes, la fille de la maison a quelque peu levé le pied « mais je suis toujours à 25% dans l’activité de la ferme où pratiquement chaque jour je viens mettre la main à la pâte. »

Découverte

Un jeudi soir de novembre à Brioude, il est 19h quand les projecteurs du Stade du Pont de Bois lâchent les watts pour l’entraînement du Sporting Club. Nous sommes à quelques encablures du lycée agricole de Bonnefont où Jessy, d’abord footeuse, avait découvert le rugby avant d’embrasser la carrière ovale que l’on connaît.
En parlant d’embrasser, je n’ai jamais eu l’occasion de voir les mecs de l’ASM Clermont faire la bise à Urios en préambule à l’entraînement. Mais là, c’est différent, tous les Brivadois en crampon y vont de la bise à l’entraîneur…où plutôt à l’entraîneuse (entraîneure si vous préférez). Parce que Jess, comme on l’appelle ici, est bien en charge d’entraîner des gars et non les filles de Brioude, les ‘’Fées’lines’’, comme on pourrait le croire.
Entraîner, Jess avait ça derrière la tête depuis un moment. « J’ai suivi la formation et l’an dernier j’ai obtenu mon diplôme, j’ai commencé avec les cadets mais l’affaire a été un peu compliquée, et quand je dis un peu… ! » C’est vrai que les cadets, c’est l’âge ingrat. Alors avec une entraîneure !

Jessy Trémoulière vec joueurs Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier

Expérience en cours

Le SCB ayant sombré au fil des dernières saisons jusqu’à se retrouver aujourd’hui en Régionale 2, les dirigeants ont décidé de changer le staff sportif. Aux côtés du manager
Christophe Rodier, longtemps pensionnaire de la filière jeunes de Montferrand, arrivant de sept saisons à la tête de l’US Issoire en Fédérale 1, et d’Alex Paul, ancien du club chargé des avants, voilà donc Jess qui s’est vu confier les trois-quarts. « J’avais côtoyé Christophe Rodier en temps que formateur et je l’avais apprécié. C’est le président et lui qui m’ont approchée pour me proposer d’entrer dans le staff, et voilà ! » La greffe a l’air d’avoir pris; la suite de la saison confirmera.

Le staff. avec Christophe Rodier et Alex Paul Photo Yves Meunier
Le staff, avec Christophe Rodier et Alex Paul Photo Yves Meunier

Entraîneure à Brioude les mardis et jeudis, entrainée les mercredis et vendredis à Romagnat, en compétition les week-ends, le rugby demeure encore omniprésent dans le quotidien de l’ex numéro 1 mondiale, même si elle a quitté le devant de la scène. Entre les crampons, la ferme et la mousse voltigeuse, les semaines affichent complet. C’est la rançon de la liberté de ne pas vouloir souscrire au droit à la paresse.

''Et que ça brille!'' Photo P.O. Bonnet (1)
 »Et que ça brille! » Photo P.O. Bonnet (1)
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À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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