Faut-il embrocher la pièce de bœuf verticalement ou horizontalement au-dessus de la braise pour attaquer l’Asado façon Argentine ? That is the question ! Pour tout dire, je ne poussais pas la porte d’El Gaucho, pour épiloguer sur les empanadas ou la sauce chimichurri même si, en matière de saveurs, on a toujours quelque chose à découvrir. Sans dédaigner l’assiette, on a donc surtout parlé rugby avec Martin Scelzo, incontournable pilier droit de l’ASM (et des Pumas) au fil d’un glorieux septennat ponctué par le premier Brennus de 2010.

Francisco l’issoirien
Le passé, on le connait. Le présent et l’avenir, on les découvre. Avant l’heure du service, c’est un autre Scelzo qui, balai en main, nous avait ouvert la porte du restaurant cournonnais. Francisco y suit les traces du père en passant allègrement du travail de salle aux charbons ardents de la cuisson. « J’ai fait le stage avec papa, je suis bon pour les fourneaux » rigole le cadet des deux fils du patron. Pas loin de Francisco s’affaire un autre ressortissant de la ‘’planète latino’’. Originaire du Chili, Miguel Contreras travaille à mi-temps à El Gaucho et tout comme son copain fait partie de l’effectif des troisièmes lignes de l’US Issoire. Il lui arrive aussi d’endosser le maillot rouge frappé du condor de la sélection chilienne.
Tous deux semblent coller parfaitement aux valeurs de l’USI. « Francisco a trouvé une deuxième famille à Issoire » se réjouit le père Scelzo. « C’est un compétiteur dans l’âme » affirme Claude Pojolat, président du club de Fédérale 1 « il est intégré à notre projet fondé sur les valeurs humaines, le respect, le travail et un engagement fort au service du club » Francisco y opère depuis cinq saisons en ayant eu le plaisir de brandir en 2023 le bouclier des champions de France espoirs.

Juan Martin Scelzo le parisien
A 21 ans, Scelzo le grilladin observe avec intérêt le parcours de Juan Martin, son frère aîné de deux ans, aujourd’hui professionnel dans les rangs du Stade Français. Au départ de l’action, les deux frangins ont suivi le même cursus initié, bien sûr, par le père : « je les ai mis depuis tout petits à l’école de rugby de l’ASM et puis, l’un et l’autre ont ensuite suivi leurs copains à Saint-Genès-Champanelle, avant de descendre à Issoire » où chacun sait qu’il y a, selon les dires, ‘’Belles filles à voir, bon vin à boire’’. Francesco y est resté, Juan est revenu à l’ASM pour une saison avec les espoirs et puis, en 2022… bonjour Paris !

Les soldats roses étaient alors sous la baguette de Gonzalo Quesada, ex coéquipier de Martin quand la diaspora argentine trustait le maillot orange de Narbonne au début des années 2000. Peu épargné par des pépins physiques mais faisant preuve d’une belle résilience forgée par un fort caractère, il se voit proposer un contrat pro au terme de sa deuxième saison parisienne. « En arrivant d’un club de Fédérale 1 et avec une éclosion tardive, je ne me voyais pas signer un premier contrat pro. C’est un rêve de gosse qui s’est réalisé »
On a pu voir à l’œuvre les 192 cm et 110 kilos du numéro 8, auteur de l’un des essais parisiens fin novembre dernier au Michelin. « Ses qualités, il les avait déjà développées à Issoire puis lors de son passage en espoir à l’ASM ». Et le fils aîné de promettre « Je
continuerai de travailler pour rendre mes parents fiers ! »

Fiers
La fierté, une valeur soigneusement cultivée chez les Scelzo. Martin ne cache pas qu’il ‘’colle au train’’ de Juan et Francisco : « Je suis très dur avec eux, j’essaie qu’ils soient toujour meilleurs. Je disais encore à Juan, ce matin au téléphone, que nos enfants nous rendent fiers tous les jours, pas seulement en tant que joueurs mais aussi en tant qu’hommes qui doivent être ‘’droits dans les bottes’’ et d’honnêtes personnes ! » Exigence valable pour les deux filles de la maison, Faustina et Trinidad qui, elles, ne touchent pas à la balle ovale.
Chacun à leur place, en CDD Top14 pour l’un, CDI Fédérale 1 pour l’autre, mais dans un bonheur universel. Francisco a bien connu une velléité d’escapade du côté de Buenos Aires mais, après un pas en avant suivi d’un autre en arrière, il a opté pour un long tango à Issoire.
« Issoire, un club que je ne quitterais pour rien au monde ! »
La preuve qu’un prétendu défaut peut se révéler qualité lorsque Martin avoue en riant « ils sont têtus…comme leur père ! »

Heureux qui comme Martin…
Un père qui se montre moins jovial lorsqu’on évoque les (contre)performances de l’ASM, son club de cœur, balloté dans ce maelström qu’est devenu le Top14 où, « d’une saison à l’autre et hormis Toulouse, on peut passer de finaliste à relégable ». Trop de pression constate notre homme, persuadé que la course à l’armement ne laisse plus aux clubs le temps de travailler convenablement.
Quant aux ‘’Jaune et bleu’’, si les symptômes du mal sautent aux yeux de chacun, le diagnostic reste nébuleux. « Excusez l’expression, ça fait chier de les voir passer du coq à l’âne d’un week-end à l’autre. Je n’arrive pas à comprendre ! ».
Juste un brin de contrariété qui ne prive pas El Gaucho du plaisir de voir ses fils heureux…ce qui suffit à le rendre HEU-REUX !
Décidément, du haut de son nuage, Fernand Raynaud veille toujours au grain.






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