Sur le papier, bien sûr, Tadej Pogacar mérite le titre de favori. Jamais depuis Eddy Merckx, le cyclisme n’avait connu un champion d’une telle dimension. Présent sur tous les terrains, classicman hors pair et coureur par étapes exceptionnel, le Slovène ne se contente pas de victoire au rabais. Il époustoufle, étincelle, écrase la concurrence, la concasse, la décourage, multipliant les cavaliers seuls, collectionnant les exploits hors norme, du printemps jusqu’à l’automne. Dompter Milan-San Remo constituait l’un des derniers défis qui lui résistait. Il l’a atteint d’une longueur de roue en mars dernier. Mais tout géant a pourtant ses talons d’Achille : la forte chaleur, par exemple, ne sied guère au campionissimo ; or juillet, aussi, s’annonce torride.
Décision en montagne ?
Au paroxysme de son efficacité, le Danois Jonas Vingegaard a survolé le Giro. Les cinq minutes d’avance qu’il a accumulées au fil de la course sont trompeuses. Dans la perspective du Tour, il a géré son effort et aurait pu l’emporter avec un quart d’heure s’il l’avait jugé utile face à une concurrence modeste il est vrai. N’empêche, lorsqu’il est au top le coureur de la Visma Lease a Bike est sans doute le meilleur grimpeur au monde et il est difficile d’imaginer Pogacar le distancer dans les grands cols alpins ou pyrénéens. Si le Slovène se révèle plus complet sur une saison, son adversaire a déjà prouvé qu’il pouvait lui damer le pion en montagne et lui tenir la dragée haute dans l’effort solitaire. En fait, jamais, jusqu’ici, les deux hommes ne se sont affrontés sur la Grande Boucle en pleine possession de leurs moyens.
Déjà prêt
Reste Paul Seixas appelé à succéder à Bernard Hinault au palmarès du Tour. Son règne ne tardera pas à arriver… A 19 ans, il est déjà le seul à avoir collé à la roue de Pogacar dans les Stade Bianche puis sur Liège-Bastogne-Liège. Sa domination au Tour du Pays Basque fut sans partage, sa victoire dans La Flèche Wallonne, impressionnante. Quant à sa marge de progression, elle demeure évidemment importante. Pour son premier grand tour, le jeune Français constitue déjà bien davantage qu’un outsider même si son manque d’expérience peut se révéler dommageable.
Les autres ? Ils seront dans une seconde course, destinés à lutter pour les places d’honneur ou à viser les victoires d’étape, à l’image d’Evenepoel, Lipowitz, Ayuso ou Del Toro. Des cadors sans doute mais qui ont la malchance d’évoluer au sein d’une génération prodigieuse.
Marc François











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