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Grand Stade Photo Yves Meunier
Yves Meunier
Chroniques

Stade Montpied : on arrête les frais !

Au soir de la révolution municipale du 22 mars, nul besoin d’être grand clerc pour imaginer que la Sagrada Familia de Clermont-Ferrand, dénommée stade Montpied, allait voir son destin changer de cap. Les impératifs économiques de la métropole et le flou qui entoure l’avenir du CF63 sonnent le glas du projet Grand stade.

Il arrive que l’histoire se renouvelle au grand dam de ses acteurs… et du contribuable.
En octobre 1990 le conseil municipal de Clermont vote un projet de 90 millions de francs pour donner à ses footballeurs l’outil de travail dont chacun rêve : un stade de 15 000 places. L’idée avait germé deux ans plus tôt quand le CFC, euphorique, accédait à la D2. Sauf qu’entre temps les ‘’rouge et bleu’’ avaient dévissé et déposé le bilan.
Début 2024, après 34 années rocambolesques émaillées de projets et de renoncements coûteux, on pose enfin la première pierre de la deuxième tribune face à la paupière inaugurée en 1995. L’accession historique du Clermont Foot 63 en Ligue 1 au printemps 2021 pouvait justifier l’investissement. Sauf qu’à ce moment-là, le club est déjà sur la planche savonneuse qui va le faire plonger vers la Ligue2. Décidemment !

L'euphorie de la Ligue1 Photo CF63
L’euphorie de la Ligue1 / Photo CF63

La relance

C’est en 2018 que le conseil de Clermont Métropole, pas vraiment unanime sur le dossier, avait relancé un projet ambitieux consistant à ‘’doter le territoire d’un stade de 30 00 places afin d’accompagner le développement des clubs de football et de rugby, d’accueillir aussi des évènements sportifs internationaux’’.
Dans la foulée, le rachat du Clermont Foot par Ahmet Schaefer, homme d’affaire suisse rôdé au business du foot, semblait devoir conforter l’ambition du projet découpé en trois phases.
La phase 1 concernait la construction de la tribune Est de 6000 places intégrant vestiaires, espaces réceptifs, salle de presse, poste de commandement, sanitaires, buvettes…et un gymnase. Le tout accompagné d’aménagements du parvis et des parkings.
Entre les retards à l’allumage et les impondérables du BTP, la livraison prévue fin 2025 était reportée au printemps 2026 puis envisagée pour l’été sans certitude que l’ensemble puisse être opérationnel en août au début de la prochaine saison. Wait and see, en attendant Moët Hennessy et les fines bulles.

Chantier du stade Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier

Ca va faire “Pschitt” !

Estimée au départ à 30 millions d’euros Hors Taxe, le coût de la première phase a explosé en
passant à 64 millions dont 58 à charge de la Métropole clermontoise.
Quid alors de la phase 2 prévoyant la construction de la tribune Sud et les virages de la tribune Est (8000 places) ? Quid aussi de la phase 3 concernant la tribune Nord (6000 places) ?
Des 16 200 sièges prochainement disponibles, ces deuxième et troisième phases devaient donc porter la capacité du Montpied aux 30 000 places promises. Il n’en sera sans doute rien, la conjoncture politico économique ayant raison de l’ambition originelle qui va faire ‘’pschitt’’.
Sans attendre les premiers débats du conseil métropolitain le nouveau maire de Clermont Julien Bony avait annoncé qu’on allait arrêter les frais. Du coup, les élus qui s’étaient précédemment élevés vent debout contre le projet d’extension du stade Montpied pourront faire fusion technique avec la nouvelle majorité de Clermont Auvergne Métropole.
Vu par le contribuable de base, la décision semblerait plutôt raisonnable d’autant que l’avenir du foot clermontois ne parait pas forcément radieux. Olivier Bianchi n’avait sans doute pas tort d’affirmer que le projet d’extension du stade ne devait pas être lié aux performances des footballeurs, mais quand même…

L'ex futur stade ''L'ex futur stade'' Photo Atelier Ferret Architecture
Illustration Atelier Ferret Architecture

Dure est la chute

Passées les ‘’quatre glorieuses’’, ces saisons qui auront vu le CF63 gravir d’abord la pente puis toucher le Graal de la Ligue1 (en même temps que son propriétaire-président réalisait de bonnes affaires), la dégringolade en Ligue2 et le flirt avec la troisième division ne laissaient guère augurer d’une remontada vers le septième ciel.
Augure confirmé cette saison au moment où le club annonce un déficit de 7 à 8 M€ et un abaissement drastique de la masse salariale via une grande braderie pour le mercato estival dénommée ‘’rééquilibrage’’ de l’âge de l’effectif. Aux dires des estimations, le CF63
afficherait actuellement la 6e masse salariale avec 7M€ sur un budget de 11M€, le 12e de Ligue2.(1).
La chute des droits TV, qui affecte l’ensemble de la Ligue2, et celle des ventes de joueurs, qui avaient fait les choux gras avec les Grbic, Bayo et autres, contribuent largement aux difficultés financières du club autour duquel les feux de la passion ne sont plus ce qu’ils furent (3910 spectateurs pour le match contre le Red Star du 20 mars dernier).
En quête de nouveaux actionnaires, le président Schaefer va devoir se charger de régler l’addition afin d’éviter un naufrage.

''Le feux des grands jours'' Photo Yves Meunier
”Le feux des grands jours” / Photo Yves Meunier

Les calendes greques

Dans un clin d’œil, je m’étais déjà hasardé à comparer la Sagrada Familia de Clermont à son aînée de Barcelone tant leurs aventures respectives tendaient à une course de lenteur et que les deux inaugurations étaient prévues simultanément courant juin de cette année.
La Catalane devancera finalement l’Auvergnate puisque programmée le 10 juin prochain, cent ans jour pour jour après la mort du génial Antoni Gaudi, initiateur du plus vieux chantier du monde contemporain avec 144 ans de travaux.

Stade Montpied Photo Yves Meunier
Photo Yves Meunier

Avant le Tour de France dont Barcelone accueillera le Grand départ le 4 juillet, le Pape Léon XIV a confirmé sa présence à l’inauguration de la plus haute église du monde (172,5 m) mais il aurait décliné la coupure de ruban du Montpied. Il faudra bien quand-même que quelqu’un le coupe ce ruban, nonobstant le fait que l’aboutissement du projet soit reporté aux Calendes grecques.et que l’ex-futur vaisseau amiral du foot clermontois soit condamné à ressembler à une drôle de villa des courants d’air tombée d’une autre galaxie
Ad vitam aeternam !

(1) Estimations Capology.com et Sportune

ad vitam aeternam Photo Yves Meunier
Ad vitam aeternam /Photo Yves Meunier


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À propos de l'auteur

Yves Meunier

Bourbonnais originaire de Gannat où il s’est essayé au rugby sous le maillot de l’ASG pendant une douzaine d’années. Diplômé d’Etudes Supérieures en Sciences Economiques à l’Université de Clermont. Journaliste à France3 Région de 1972 à 2007. Aujourd’hui impliqué avec des amis dans une aventure viticole du côté de Saint-Emilion et toujours en prise avec le sport auvergnat au sein de l’Union des Journalistes de Sports en France.

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