Un jeudi de printemps, sur le stade Leclanché à Clermont, plusieurs équipes venues de Moulins, du Puy-en-Velay, du CHU de Clermont et de Sainte-Marie partagent un moment important autour du rugby touché. Au-delà de la discipline en elle-même, ce sont plusieurs objectifs qui sont recherchés autour de ce programme.
Le Remed Rugby, c’est quoi ?
« Le Remed Rugby est au départ un programme de soins qui a été mis en place par un service de réhabilitation de Grenoble. Il veut utiliser le médium du rugby touché pour pouvoir travailler sur le volet cognitif des usagers que nous accompagnons. Les objectifs sont de pouvoir améliorer l’affirmation de soi, les émotions, comment s’exprimer en public, comment je peux demander ce que je souhaite, ce dont j’ai besoin, comment je peux exprimer un refus, comment dire aux autres quand je ne suis pas d’accord. Et pour travailler sur tous ces aspects, nous utilisons le rugby touché, discipline sans contact, mais qui garde les valeurs de l’ovalie (collectif, solidarité, entraide) », explique Doriane, infirmière à Sainte-Marie, en charge de la partie sportive. « C’est aussi un formidable outil qui permet de déstigmatiser toutes les représentations que les personnes peuvent avoir sur les troubles psychiques », poursuit-elle.
Améliorer les relations sociales
« C’est également un programme de recherche pour voir comment le rugby touché, et les situations sociales que nous mettons autour, peuvent améliorer la cognition sociale, c’est-à-dire la manière d’être dans les interactions sociales, et la manière de pouvoir s’exprimer et s’affirmer en toute tranquillité », souligne Nathalie, infirmière à Sainte-Marie et partie prenante de ce projet.
« Un des premiers facteurs de rétablissement que nous connaissons, c’est le lien social, la qualité du lien social. C’est ce que nous cherchons à travailler avec le rugby touché et autour des journées inter-établissements, comme aujourd’hui, où nous impliquons tout le monde dans l’organisation. Il y a dix ans, nous étions plus sur un public atteint de schizophrénie. Aujourd’hui, nous avons élargi la population accueillie. Cela peut être aussi bien une personne atteinte de schizophrénie qu’une personne souffrant de troubles anxieux avec une problématique de lien à l’autre, ou une personne avec un état dépressif installé depuis un moment. Cela touche tout trouble psychique, mais ce programme est un peu plus en adéquation avec des personnes qui sont en difficulté dans le lien social. Nous voyons les personnes évoluer de manière positive tout au long du programme. Je pense à une personne très inhibée en début de parcours qui est en train d’éclore aujourd’hui. Nous avons même un patient qui souhaite s’inscrire dans un club de rugby touché, avec qui nous travaillons dans un objectif de partenariat », relatent les deux professionnelles.
Sur ces deux moitiés de terrain, les parties de huit minutes, à 5 contre 5, sont intenses, et chacun trouve ici le moyen de s’épanouir, de reprendre confiance en soi et de prendre soin de l’autre.
« J’ai commencé le Remed Rugby au mois de février et je prends vraiment du plaisir à être ici. J’apprends à gérer mes émotions, à écouter les autres, à être bien compris. J’ai plus confiance en moi, ce sport me plaît vraiment. Je me dis que je pourrais peut-être m’inscrire dans un club de rugby touché. J’ai hâte quand il y a les compétitions, les entraînements, cela me fait vraiment du bien », témoigne M., qui a trouvé dans ce dispositif un moyen d’avancer dans un quotidien pas toujours facile.

Tous les ingrédients du rugby
Même s’il n’y a pas de plaquage ou de jeu au pied, il n’empêche que toutes les bases du rugby sont présentes pour bien faire vivre le ballon et l’amener derrière la ligne adverse.
« Il faut faire preuve de concentration, d’application, de vitesse d’exécution, être vigilant en défense, bien faire les passes en arrière. Il y a donc pas mal de choses à assimiler, à retenir. Tout cela vient progressivement avec les entraînements qui ont lieu tous les jeudis matin », analyse Louna, joueuse à Clermont La Plaine, qui est intervenue en tant que stagiaire durant ce cycle de Remed Rugby à Sainte-Marie.
« Nous retrouvons un peu plus que les valeurs du rugby auprès de ces personnes. C’est une équipe très soudée, très solidaire, respectueuse de tout le monde. Cela m’apprend pas mal de choses sur la vie : savoir rester humble, être patiente, être tolérante », déclare Louna, qui, sur cet événement, est coach de l’équipe de Sainte-Marie.
Même s’il y a un petit parfum de compétition, l’important est ailleurs pour ces personnes qui prennent du plaisir à être ensemble et à partager des émotions. Car finalement, c’est bien là l’essentiel. Et comme le disait le célèbre Jean-Pierre Rives, immense troisième ligne et capitaine de l’équipe de France à 34 reprises à la fin des années 70 : « Le rugby, c’est l’histoire d’un ballon avec des copains autour, et quand il n’y a plus le ballon, il reste les copains. »














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