2026 est l’année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux. Cette année, initiée par la Mongolie et proclamée par les Nations Unies, a pour objectif de mieux faire connaître le pastoralisme, forme d’élevage largement répandue dans le monde, mais peu visible dans la recherche et les politiques publiques.
À quelques kilomètres du centre de Clermont, la Chaîne des Puys affirme son statut de terre de pastoralisme en proposant un programme d’animations du 13 mai au 31 décembre. Durant toute cette période, une exposition installée dans la gare du Panoramique des Dômes raconte 6 000 ans de pastoralisme, du néolithique à nos jours, permettant de mieux connaître cette activité mais aussi de comprendre les paysages contemporains de l’ouest du département.
Au-delà de l’exposition, le public est invité à assister à des conférences, des causeries, des projections mais aussi à participer, sur le terrain, à des randonnées et des balades guidées ou commentées.
Les 200 brebis du troupeau mobile de la Chaîne des Puys
Le lancement de cette année du pastoralisme a été marqué par l’arrivée, à Montlosier, de la transhumance du troupeau mobile de la Chaîne des Puys – faille de Limagne. 200 brebis vont passer l’été au pied des volcans grâce à une collaboration entre le Département du Puy-de-Dôme, le Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne et le Lycée agricole de Rochefort-Montagne propriétaire du troupeau qui compte 200 têtes.
Noélie Pradal, ingénieure agronome, en charge du pastoralisme au sein du Parc des Volcans, a parcouru, avec les brebis, les 18 km nécessaires à cette prise de quartier d’été :
Parlez-nous du pastoralisme et de l’activité agricole sur ce territoire
Le pastoralisme localement est une activité très importante. L’activité agricole est la première activité économique au sein du Parc et l’activité pastorale prend une part importante. On a une quinzaine de groupements pastoraux sur le Parc qui emploient des bergers ou des vachers, c’est vraiment une activité importante du territoire.
Quel rôle joue le Parc pour ce pastoralisme ?
C’est une activité économique qui permet aux agriculteurs de vivre en ayant une rémunération et ça permet d’entretenir des paysages, la biodiversité puisque sur la plupart du territoire du Parc, si on n’avait pas cette activité agricole et cette activité pastorale, on n’aurait pas ces milieux-là, ces prairies, on serait plus sur de la forêt. On a un rôle sur l’entretien de milieux, du paysage, donc une grosse activité.
Est-ce vrai de dire que sans le pastoralisme, y aurait plus que de la forêt dans la Chaîne des puys ?
Oui c’est vrai, on est sur des altitudes où la végétation évoluerait naturellement vers un stade de forêt et donc c’est vraiment l’activité agricole qui nous permet de maintenir ces paysages ouverts et la biodiversité qui va avec.
Quand la Rava façonne le paysage
Parlez nous du troupeau qui va passer l’été au pied des volcans
On est sur un troupeau de 200 brebis du lycée de Rochefort-Montagne. On a un partenariat entre le lycée de Rochefort-Montagne, le Parc des Volcans d’Auvergne et le Département du Puy-de-Dôme, partenariat qui existe depuis 2015, qui nous permet d’avoir une partie ou la totalité des brebis du lycée agricole pour entretenir des espaces qui ont été soit délaissés par l’activité agricole pour des questions de difficulté d’accès, manque d’accès à l’eau ou alors des espaces qui ont été rouverts et dont le pâturage de ce troupeau permet aussi de fertiliser le milieu et de retrouver des espaces agricoles plus adaptés. Donc l’objectif c’est d’entretenir ces espaces-là, la biodiversité qui est présente avant de pouvoir les retransmettre à un agriculteur qui pourrait être intéressé, qui serait en recherche de ces terres-là pour la viabilité de son exploitation.
Ce troupeau est vraiment un travailleur pour le Parc
Oui, le troupeau qui entretient tous ces milieux-là, a aussi un rôle patrimonial car c’est une activité qui existe depuis très longtemps sur ce territoire. Il y a aussi un volet pédagogique puisque ça nous permet aussi de sensibiliser les enfants à ce qu’est l’agriculture, ce qu’est une brebis, la nourriture qui va avec, même si on parle de vaches, le fromage, le lait, tout ça, donc c’est vraiment des activités emblématiques.
Les brebis sont de la race locale, Rava, est-ce que ça facilite ce travail ?
Oui tout à fait, c’est une race qui est bien adaptée au territoire mais aussi aux végétations qui sont présentes sur la chaîne des Puys. On dit parfois que la Rava c’est comme une chèvre en fait, elle a tendance à aller manger du ligneux assez facilement et donc du coup c’est une brebis qui est assez adaptée pour entretenir les milieux ouverts et valoriser la totalité de la végétation qui est présente sur la chaîne des Puys. Ces brebis Rava seront gestantes en cours de saison dans l’été, pour avoir un agnelage dans l’hiver.

Maillon de la chaîne économique
Ont-elles aussi un rôle dans la production de viande ?
Il existe un enjeu économique de production derrière puisque l’exploitation du lycée agricole de Rochefort a besoin d’un vrai modèle économique qui fonctionne. C’est une vraie exploitation en elle-même et donc on a des brebis qui vont être gestantes, qui vont avoir une reproduction et il y aura une valorisation des agneaux par l’exploitation.
Est-ce que le troupeau mange tout ou il faut quand même un peu éduquer les bêtes ?
Le troupeau a tendance à tout manger globalement, mais il peut y avoir des espèces qui sont toxiques. Sinon les brebis ont une capacité quand même de manger une grande diversité de la flore qui est présente. Et par contre y a quand même une question d’éducation. Des brebis qui ont toujours été nourries au foin, à de l’herbe verte plutôt fertilisée vont avoir du mal à aller vers de la végétation ligneuse, vers des genêts parce qu’elles ne sont pas habituées. C’est comme si vous avez mangé tout le temps des pâtes et qu’on vous propose des haricots verts, vous n’allez pas forcément envie de manger ça, c’est la même chose, c’est vraiment une histoire d’habitude et c’est un apprentissage qui se fait aussi entre les mères et les jeunes, les agneaux ou les plus jeunes brebis donc oui il y a vraiment de l’apprentissage qui peut être mis en place.
À propos de biodiversité, faut-il faire “tourner” les brebis sur les parcelles ?
Les agriculteurs adaptent assez naturellement leur fonctionnement en fonction de la ressource qui est présente. Donc à la fois en termes de chargement, donc de nombre de brebis, de temps de présence, parce que l’objectif n’est pas de détruire ces milieux-là et la biodiversité. Et ça se passe plutôt bien. Ce qu’on fait avec ce troupeau-là c’est qu’on est sur des tout petits sites, donc des sites qui vont faire un hectare, deux hectares maximum et donc on va passer plus vite ou on va vraiment adapter le pâturage à la végétation. On peut aussi avoir une végétation qui va être ligneuse, on va avoir des arbustes, on peut avoir des genêts, on peut avoir du prunellier et donc qui va aussi amener à gérer le troupeau un peu différemment en fonction de la végétation qui est présente.
Le programme complet des animations est à découvrir sur le site volcan.puy-de-dôme.fr
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