Malgré des propos alarmistes relayés récemment dans la presse, Anne Frackowiak-Jacobs, la préfète du Puy-de-Dôme, est formelle : la cathédrale de Clermont n’est pas en péril. Un constat partagé par Rémi Fromont, architecte en chef des monuments historiques, qui sait parfaitement de quoi il parle puisqu’il est toujours missionné sur le chantier de Notre-Dame de Paris.
Notre-Dame de l’Assomption est une « vieille dame » qui a néanmoins besoin de soins que l’on pourrait presque qualifier de normaux et d’ordinaires. C’est la raison pour laquelle, depuis quelques mois, la place de la Bourse a été investie pour installer tout ce qui est nécessaire à la tenue de travaux qui vont s’étaler en trois phases, sur plusieurs années, pour une enveloppe globale estimée à 20 millions d’euros.
La phase 1 est en cours et devrait durer jusqu’à la fin de l’année 2027. Le conditionnel s’impose dans la mesure où travailler sur un monument aussi grand et aussi vieux peut toujours réserver des surprises. L’État prend à sa charge 100 % des coûts de cette phase estimée à 8,2 millions d’euros.
“Il n’y a pas de perturbation en dehors des bruits de chantier”
7 Jours à Clermont : La cathédrale est un lieu très fréquenté pour le culte et par les touristes. Est-ce que le chantier en cours a des répercussions sur son usage ?
Rémi Fromont : Dans la conception et l’installation du chantier, on a fait attention à ne pas remettre en cause le fonctionnement de la cathédrale. Elle est affectée au culte, c’est sa vocation première, et les services de l’État sont très attachés à ce que la continuité du culte puisse être assurée. Les travaux entrepris ne dégradent absolument pas les capacités d’accueil. Les sorties de secours sont maintenues et il n’y a pas de perturbation en dehors des bruits de chantier.
7JàC : Quelles interventions sont actuellement en cours sur la cathédrale de Clermont ?
R.F : On a commencé par construire la base de vie, car on travaille sous contrainte plomb, avec une zone propre, une zone sale et une douche. Ensuite, on a déployé l’échafaudage. C’est terminé sur la tour Nord et le montage est en cours sur la tour Sud. Les couvreurs sont en train de déposer les anciens plombs pour pouvoir restaurer les charpentes des beffrois. On va reprendre quelques appuis de maçonnerie qui sont fracturés — c’est une pathologie assez courante — et on va refaire la couverture. Les tout prochains travaux seront le montage de colonnes sèches, des tuyaux destinés aux pompiers dans les flèches, de manière à garantir la sécurité incendie. On terminera la phase 1 avec des planchers techniques au pied du beffroi pour que les pompiers puissent intervenir en toute sécurité et pour faciliter l’entretien.
7JàC : Est-ce que ce chantier est un chantier hors normes ?
R.F : C’est un chantier de restauration assez classique, finalement. On a des lots pour la charpente, pour la couverture, un peu de maçonnerie. On est sur de la restauration relativement classique ; la difficulté, c’est qu’on est sur une cathédrale, donc on est haut, l’accès est difficile et les quantités pour la surface de couverture sont assez importantes.
7JàC : Quelle en est la spécificité ?
R.F : La spécificité de ce chantier, c’est qu’on travaille assez haut, à 45 mètres, presque 50, dans un espace extrêmement contraint. On travaille dans les flèches qui paraissent immenses, mais à l’intérieur l’espace est assez restreint. On monte dans ce que l’on appelle la chambre du beffroi, qui est un grand espace creux à l’intérieur de la flèche, qui fait plusieurs dizaines de mètres de haut. On doit donc monter à 25 m à l’intérieur de la flèche, dans l’encombrement du beffroi qui est lui-même un beffroi de charpente où il y a pas mal de bois. Il faut travailler là-dedans avec un échafaudage et, quand on restaure les plombs des abat-sons, il y a des endroits où il n’y a que 10 centimètres pour travailler. L’autre spécificité, que l’on retrouve sur tous les monuments historiques, c’est qu’on a l’impression que c’est symétrique, mais il y a toujours de petites différences.

“J’aime bien faire ce métier car on essaie de garantir l’ouvrage sur au moins 100 ans”
7 Jours à Clermont : Refaire la couverture nécessite de manipuler le plomb avec de nombreuses contraintes sanitaires. Ce matériau est-il encore autorisé ?
Rémi Fromont : Le plomb n’est pas interdit, mais il est recommandé de ne pas l’utiliser. On l’utilise quand on n’a pas le choix et il est explicitement écrit dans la loi qu’on peut l’employer sur les bâtiments historiques. Pourquoi l’utilise-t-on ? Parce que c’est un matériau extrêmement durable et c’est aujourd’hui le seul qui permet de faire des couvertures aussi complexes que celles que l’on a sur les cathédrales. Il est très mou et il peut absorber les formes complexes de ce type d’édifices. Une couverture bien faite et bien exposée peut durer 150 ans. En zinc, c’est 25 à 50 ans ; en cuivre, on rajoute 20 ans. On travaille avec ce matériau car il y a une logique de durabilité. Les garanties constructeur sont en général de 10 ans, mais j’aime bien faire ce métier car on essaie de garantir l’ouvrage sur au moins 100 ans.
7JàC : Pour respecter l’histoire du bâtiment, est-il possible de réemployer le plomb déposé ?
R.F : Ce que l’on souhaite, c’est effectivement de déposer les plombs et de les faire refondre, en espérant pouvoir utiliser le même matériau pour qu’il revienne finalement dans la cathédrale. Mais aujourd’hui, ce n’est pas absolument garanti : on passe par de grands fours dans des fonderies spécifiques et il y a énormément de matériaux qui rentrent et qui se mélangent… mais on va tout faire pour récupérer le même plomb. On sait qu’historiquement, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, lorsqu’ils refaisaient la couverture, ils réemployaient les mêmes plombs. C’est quelque chose qui se faisait couramment, mais aujourd’hui, pour des questions sanitaires et de pollution, on ne peut plus refondre au pied de la cathédrale ni même dedans, où se trouvait autrefois l’atelier du plombier. Cela, aujourd’hui, c’est impossible.
7JàC : Au niveau des interventions plus courantes, il y a la question du traitement de la végétation qui pousse sur la cathédrale de Clermont. Est-ce si grave que ce que l’on a pu entendre ?
R.F : La cathédrale a une spécificité : les bas-côtés sont couverts de dallages en pierre à faible pente, qui ont servi d’aires de travail pendant la construction pour les maçons et les tailleurs de pierre. Les tailleurs, historiquement et encore aujourd’hui, travaillent sur des épures à l’échelle 1 dessinées soit sur des panneaux de bois, soit gravées dans du plâtre. À Clermont, c’est dans la pierre, sur des centaines de mètres carrés de surface. On a toujours aujourd’hui, sur les terrasses, les épures que l’on pense être du XIIIe ou du XIVe siècle. Ces épures sont en fait toujours là parce que la pierre de Volvic est extrêmement robuste, mais elles commencent à être fatiguées car elles ont 800 ans.
Si on devait nettoyer très régulièrement les mousses que l’on a sur les terrasses, on risquerait d’abîmer les épures. Avec l’architecte des bâtiments de France, on estime que lorsqu’il y a trop de mousse, on la retire, mais au risque de dégrader les épures, soit par la chimie, soit par abrasion avec des brosses ou des balais. À force, on risquerait de les perdre. Il y a donc un équilibre à trouver entre accepter un peu de mousse et de lichen, et conserver les épures. Très souvent, sur les édifices anciens, on a des arbres qui poussent sur les parties les plus inaccessibles, mais sur la cathédrale de Clermont, dès que quelque chose apparaît, c’est purgé.












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