Les puys de la Vache et de Lassolas se sont formés il y a 8 400 ans. Caractérisés par leur forme de fer à cheval et leurs couleurs dominantes le rouge et le noire, ils attirent, chaque années, des milliers de visiteurs et sont même, le 3e site le plus visité de la Chaîne des Puys.
Pour protéger ces emblématiques volcans jumeaux, le Conseil départemental et le Parc naturel des Volcans viennent de lancer une campagne d’envergure de travaux qui a débuté en février par du bucheronnage et qui va durer deux années pour un investissement total de 1,7 million d’Euros.
Les équipements usés et obsolètes du Puy de la Vache ont déjà été déposés et vont être remplacés par de nouveaux éléments, garantissant une meilleure protection des sols et de la biodiversité mais aussi la sécurité des promeneurs.
Un chantier sous contraintes
Entretien avec Xavier Bonnet, paysagiste concepteur de l’agence clermontoise A3 Paysage, est le maître d’œuvre du projet :
7 Jours à Clermont : Quelles sont les contraintes pour ce chantier qui cumule respect de l’environnement et cahier des charges de l’UNESCO ?
Xavier Bonnet : Quand j’ai décidé de répondre à cet appel d’offres — parce qu’on est sur un appel d’offres public — je me suis dit : « Tiens, ça nous changera un petit peu du contexte urbain, du contexte rural dans lequel on travaille habituellement, très aménagé, très dessiné, des fois très réglementé». Et je me suis dit : « On va essayer de faire un pas vers le site naturel », parce qu’on n’est pas spécialistes et on ne se veut pas spécialistes.
Et en fait, je me suis aperçu qu’on avait encore plus de réglementation, de contraintes. Et donc, la première, c’est en effet d’intervenir dans un site UNESCO, ce n’est pas rien. Ça demande de la concertation avec beaucoup d’acteurs, beaucoup d’institutionnels. On doit prendre en compte, le jeu des acteurs notamment les propriétaires. Toute cette machine — parce que c’est vraiment une machine — n’est pas facile à appréhender au début. Et puis après, les choses se font, je dirais, relativement naturellement, il faut trouver des bons consensus.
7JàC : Dans ce cadre resserré, on arrive néanmoins à imaginer et créer en se faisant plaisir ?
X. B : Oui, on arrive toujours à se faire plaisir. On fait surtout des allers-retours. On a fait des propositions qui n’ont pas été retenues, et en fait, parfois, on se dit : « Ils ont raison de ne pas retenir cette solution-là. » On a pas mal bagarré pour l’accès à la carrière avec le pavage (qui mène à la carrière), qui suscitait beaucoup d’interrogations, et je reste persuadé que ce sera une belle réussite. Mais oui, on se fait plaisir.
7JàC : L’idée était aussi de rouvrir les paysages…
X. B : En fait, au-delà du projet très technique — les escaliers, le sentier à respecter, tout ce qui est organisation de travaux — ce sont des challenges qu’on se met tous les jours un petit peu plus. A un moment, il faut qu’on se raccroche aussi au paysage. Et donc, l’idée d’ouvrir les fenêtres sur le château de Montlosier, sur la carrière, sur le Puy de Pourcharet, elle vient naturellement avec le projet.
7JàC : Il y a le paysage naturel, mais il y a aussi l’humain. Vous avez montré une plaque en fonte sur support béton qui sera conservée parce que finalement, elle fait aussi partie de l’histoire.
X. B : Oui, tout à fait. On la conserve parce qu’en fait, il y a une conduite d’eau potable qui passe dedans, donc elle permet de relier ou d’alimenter les communes avoisinantes. Mais c’était aussi de se rendre compte qu’on est sur un espace naturel, mais avec des activités humaines. Et ces activités humaines, quand on a un petit peu l’œil fin, on arrive à les percevoir. Ce qu’on appelle la carrière, n’est pas visuellement comme elle était avant. On ne se dit pas que c’est une carrière, ceux qui ne connaissent pas ne le savent pas, mais c’est un exemple. La plaque en fonte en est un autre, le sentier en sera un autre. Il sera quelque chose un peu et même très visible, quand il sera neuf, mais tout doucement va se fondre dans le paysage.
Refaire et respecter
7 Jours à Clermont : Avec une ancienne carrière qui avait une raison économique et des promeneurs pas toujours respectueux de l’environnement… il était devenu impératif d’intervenir pour protéger le site en mettant quelques garde-fous ?
Xavier Bonnet : Oui, tout à fait. C’est un des enjeux du projet : la sécurité et la préservation, au final, des sols, parce que c’est un des tous premiers objectifs qu’on nous a demandé de respecter. Et c’est pour ça qu’on a choisi aussi d’élargir un petit peu le chemin. On était sur un chemin qui faisait environ un mètre de large, on a décidé de rajouter, ne serait-ce que symboliquement, 50 centimètres. Mais on sait qu’un mètre cinquante, ça permettra aux gens de se croiser et de ne pas aller sur les abords, et donc de pouvoir respecter, toute la géologie et l’intégrité du site.
7JàC : Si l’on doit résumer les nouveaux aménagements : on commence par l’accueil parking totalement repensé, un dallage à l’arrivée de la carrière et après ?
X.B : Alors oui, c’est bien amorcé… après on va retrouver après, 6 kilomètres de sentiers qui sont peu ou prou les mêmes que ceux qui existaient, donc les gens ne seront pas perdus.
On va retrouver trois grandes notions d’ouvrages en bois qui seront des escaliers qu’on a appelés vulgairement, des « escaliers hors-sol » qui, en fait, vont mettre le visiteur au-delà du sol. Donc il ne pourra pas toucher le sol, parce qu’on est sur des pentes qui sont trop importantes et qui ravineraient trop vite. On va avoir des escaliers qui sont des escaliers en caisson, et qui vont là contenir la pouzzolane, parce qu’on tenait — et je tenais — à ce contact-là physique avec la pouzzolane. Et puis on va retrouver, de façon un peu plus anecdotique, une échelle de meunier qui va nous permettre de franchir un grand dénivelé. Tout cela en fait pour préserver un espace qui est très, très érodé.
7JàC : On parle d’écologie sur la zone, mais aussi à propos du chantier avec, par exemple, des machines qui fonctionnent avec des huiles végétales et non minérales, parce que, il est aussi important pour les ouvriers de respecter ce lieu.
X. B : Oui, tout à fait. Alors typiquement, quand on démarre un chantier comme ça, on met en œuvre une charte qu’on appelle « charte de chantier vert », donc avec toutes les contraintes et tous les critères qu’on souhaite pour préserver l’environnement et le site. Et puis après, on fait un débriefing avec les entreprises et avec les équipes, et on leur explique les tenants et les aboutissants du projet et tout ce qu’on ne veut pas voir.
Donc il y a vraiment des protocoles qui sont respectés le matin, le soir, pour fermer, pour sécuriser le site et aussi pour préserver son environnement. Je prends un exemple tout bête : il a fallu démarrer, je dirais presque en trombe, on savait qu’on avait presque quinze jours pour couper toutes les branches et les arbres qui nous gênaient pour accéder au chantier, parce qu’à partir du 15 mars, la végétation reprend ses droits, les oiseaux aussi, et donc il fallait finir avant le 15 mars. On a fait ça en quinze jours, réglé comme du papier à musique.

Un projet global
Pour Lionel Chauvin, président du Conseil départemental, la restructuration du site puys de la Vache et de Lassolas doit être envisagée dans un globalité. Tout doit être repensé pour l’accueil des visiteurs et des randonneurs.
7 jours à Clermont : Qu’entendez-vous par globalité ?
Lionel Chauvin : Il faut imaginer le cheminement. On arrive, on veut visiter ces beaux espaces… mais avant ? Si on vient en train, on fait comment pour accéder ? C’est donc un projet global qu’on met en place. Il faut un accès plus facile, plus doux.
En bas, sur la route départementale, on va créer un “chaussidou“. Juste avant, il y aura un parking dédié aux visiteurs avec éléments pédagogiques, mais également aux visiteurs en groupe, avec un accès pour deux à trois cars.
C’est donc un aménagement global, y compris sur la partie environnementale et les matériaux utilisés. C’est à la fois la pouzzolane, c’est notre pierre d’ici, mais aussi du bois, du chêne de la forêt de Tronçais. Et donc tout ça avec une attention particulière environnementale pour préserver à la fois nos sites, mais surtout avec de la durabilité. (une partie des éléments en bois seront hélitreuillés)
7JàC : Globalité mais aussi continuité, du nord au sud de la Chaîne des Puys.
L. C : Il ne faut pas oublier… 80 volcans, on en a plein à découvrir. Certains ne sont pas sous cloche, mais d’autres sont peu visitables. C’est pour cela qu’ici on vas met en place des belvédères pour pouvoir avoir l’effet “wahou” quand on regarde effectivement tous nos puys.
7JàC : Le Puy-de-Dôme et le Parc des Volcans sont maîtres d’ouvrage, mais ici il n’y a pas moins de 192 propriétaires privés. Est-ce que cet aspect est facile à gérer ?
L.C : Alors là, moi je salue l’ensemble des propriétaires privés du département du Puy-de-Dôme, qu’on soit sur la Chaîne des Puys comme sur un certain nombre de territoires, qui laissent l’accès possible aux visiteurs. Je salue l’association de ce secteur qui fait un travail exceptionnel de concertation. Quand on est deux propriétaires, ce n’est déjà pas simple, mais quand on est 100 ou 200, c’est encore plus compliqué. Et donc je crois que c’est effectivement tout ce travail qui a été fait avec les services du Département, du Parc et l’association libre locale qui ont permis, de pouvoir laisser l’accès libre à la découverte.
Durant toute la durée des travaux, une partie des sentiers restera accessible aux randonneurs.

















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