« J’avais observé que l’une de nos joueuses des U18 (moins de 18 ans) faisait régulièrement des passes en-avant surtout du côté droit ». Homme curieux, Fabrice Ribeyrolles entend alors pousser la recherche afin de lever le voile sur cette préjudiciable anomalie. Le coach des filles de l’ASM Rugby entre donc en contact avec un opticien clermontois spécialisé en optométrie fonctionnelle et en entraînement visuel
De la vision à l’action
Le fait d’ouvrir l’œil sur un simple problème de vue allait dégager un nouvel horizon dans le travail sur tous les axes de la performance. Depuis l’automne dernier, progressivement, les filles en jaune découvrent l’importance de cette investigation oculaire.
Si la troisième ligne Léa Gabriagues, une historique du club, n’avait pas encore été soumise au dépistage complet le jour de notre passage au cabinet d’Aubière, elle avait déjà pu se débarrasser d’une mauvaise habitude. « J’enlevais systématiquement mes lentilles, qui corrigeaient un myopie, avant d’entrer sur le terrain. Et maintenant je garde des lentilles spécialement adaptées pour jouer… et ça va bien mieux! »

La talonneuse Anaïs Lagrange et l’ouvreuse internationale Lina Tuy, présentes avec Léa, ont déjà bénéficié d’un dépistage complet au fil d’un examen d’une heure trente dont le spécialiste Thierry Cauvin souligne l’importance. « Près de 80% des informations nécessaires à l’action proviennent de la vision. Ce système dynamique représente la porte d’entrée vers l’action et l’interaction avec notre environnement ».
Analyse technique
Dans le domaine de la compétition sportive, l’emmétropisation, la vision binoculaire et l’accommodation sont trois facteurs fondamentaux. En clair, l’idéal est de compter le même nombre de 1/10èmes à chacun des deux yeux, que ceux-ci affichent une seule et même image dans une fusion parfaite, qu’ils soient capables de faire une mise au point instantanée de près à loin.

L’équipement en lentilles viendra si besoin assurer le fonctionnement synchrone de ces trois facteurs de performance, la suite relevant de la compétence d’un orthoptiste qui va réaliser des enregistrements dynamiques ciblés sur trois domaines parfois déréglés dans les cas de commotion : La saccade, qui mesure la facilité de passer d’un objet à un autre, la poursuite qui observe la capacité de suivre un objet en mouvement sans saccades, et la fixation qui marque la qualité de pouvoir s’arrêter sur un objet.
Il fut un temps où les matchs de rugby étaient fréquemment interrompus par une chasse aux lentilles au ras du gazon afin de récupérer la prothèse égarée lors d’un choc ou d’une échauffourée. Un temps où la technologie de pointe d’aujourd’hui relevait de la science-fiction.
L’arme à l’œil (1)
L’initiative conjointe du coach de l’ASM rugby féminin et de l’optométriste clermontois n’a pas échappé à tout le monde. Dès le mois d’octobre, l’ancien trois-quarts centre Brian Liebenberg, acteur du Stade Français et douze fois international tricolore durant la première décennie des années 2000, faisait sonner le téléphone de Thierry Cauvin.
Revenu chez les soldats roses, Liebenberg œuvre avec les jeunes, notamment sur le cognitif, mais sans qu’aucun examen exhaustif sur les problèmes de vue n’ait jusqu’alors été entrepris. Le Stade Français s’y est collé.
Partant du fait que dans le contexte sportif la vision et le traitement visuel permettent la prise de décision rapide, l’anticipation des mouvements, la localisation spatiale précise, l’élaboration et la correction du mouvement et, cerise sur le gâteau, le développement de l’intelligence de jeu… comment se passer de cette avancée vers la performance ?

Fiat lux !
Tiens, au fait, où en est donc la joueuse qui avait tant de mal à maitriser les trajectoires du ballon, incitant Fabrice Ribeyrolles à ouvrir grand les yeux sur la problématique de la vue ? « C’est clair et net (sourit le coach), elle est passée de trois feuilles de match pour 99 minutes de jeu l’année dernière à 637 minutes en neuf matchs à la mi-parcours de cette saison, devenue titulaire en Elite1». Fiat lux et facta est lux !

De l’ombre à la lumière, le protocole visuel est en cours chez les ‘’explosives’’ de l’ASM. Il n’est évidemment qu’une des nombreuses armes de la performance mais quand on vise le sommet rien n’est à négliger. Pour la saison en cours, le dernier carré du championnat d’Elite semble d’ores et déjà promis aux Montferrandaises, en attendant qu’elles puissent faire de l’œil au Bouclier.
(1) Rien à voir avec le roman de Ken Follett. Robert Laffont 1980)














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