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Jean-Pierre Romeu, blessé, le visage masqué face à Brive en 1/4 de finale du championnat en avril 1976..
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Jean-Pierre Romeu, l’icône de l’ASM aux allures de rock star

Dans une ville dont le cœur bat pour le rugby, c’est un Catalan d’origine qui est devenu bien malgré lui le symbole de la grande histoire de l’ASM. Jean-Pierre Romeu représente pour beaucoup de supporters l’amour qui les lie au club. L’ouvreur a su traverser les générations et on a tous en nous quelque chose de Jean-Pierre Romeu …

Flâner sur la place de Jaude avec en mémoire les souvenirs des innombrables soirées de finale, où l’écran géant fait vibrer le cœur des Clermontois, est un pèlerinage bien connu des supporters de l’ASM Clermont Auvergne. Au loin, la statue de Vercingétorix trône fièrement, parfois ornée d’un drapeau du club jaune et bleu. Si on regarde de plus près, la moustache du grand chef gaulois rappelle celle d’un autre héros de la ville, un certain Jean-Pierre Romeu. Pour Yves Meunier, journaliste sportif, également chroniqueur pour 7 Jours à Clermont, la trace laissée par celui que l’on a surnommé le Gaulois demeure indélébile : « Jean-Pierre Romeu est un véritable mythe à Clermont. A son époque, sa notoriété était très grande non seulement dans le rugby international mais dans le sport en général. Il a écrit sa légende par son élégance de jeu tant à l’ASM qu’en équipe de France. Son adresse au pied, sa manière de porter le ballon d’une seule main ont marqué sa génération. S’il n’a pu ramener le Bouclier de Brennus sur la place de Jaude, il a su être un acteur majeur du grand-chelem de l’équipe de France en 1977 dans le Tournoi des 5 nations. »

Romeu, caricaturé par Gervais Loock.

Une vie de passion en quête d’un bouclier arverne

Pourtant, dans les années 70, il est bien difficile de quitter son club dans un rugby pas encore professionnel. Originaire de Thuir et passé par Carmaux, le Catalan débarque un peu par hasard du côté de Clermont : « Je souhaitais devenir professeur d’éducation physique et l’ASM m’avait fait une proposition pour me former par l’intermédiaire de Michelin. A cette époque, il s’agissait tout autant d’un choix sportif que de vie» explique l’ancien numéro 10Ses qualités sautent rapidement aux yeux des observateurs et il devient le chef d’orchestre du jeu des Jaunards. Pour Yves Meunier, impossible de ne pas le reconnaître sur un terrain :« Sa manière élégante d’organiser le jeu et son look de rock-star attirait l’œil. On aurait pu le surnommer « monsieur propre » car il sortait toujours des terrains hivernaux le maillot immaculé. Personne ne pouvait le plaquer tant il était insaisissable et il n’en plaquait pas beaucoup non plus… Il n’aimait pas forcément prendre « les gros » de face  mais il avait toujours la présence d’esprit de plaquer intelligemment ou par une cuillère. Il possédait une telle vista que sa présence et son charisme était indispensable à l’ASM. »  

« Jean-Pierre Romeu, c’était un ton au-dessus » 

Sous le maillot de l’équipe de France.

Jean-Pierre Romeu arrive à une époque où l’ASM est tombé dans l’anonymat depuis plusieurs années. Au début des années 70, le sport clermontois connait son âge d’or avec les demoiselles du CUC et le circuit de Charade. Dans le sillage de Romeu, l’ASM retrouve un niveau de performance qui lui permettra de disputer des finales de championnat et de remporter le Challenge Yves Du Manoir. Yves Meunier se souvient : « On a connu de nombreux joueurs de valeur à l’ASM mais Jean-Pierre Romeu c’était encore un ton au-dessus. Il formait, avec Michel Pebeyre, une charnière de grande classe à Clermont et aussi en équipe de France. Pebeyre avait une passe extra-longue qui plaçait Romeu dans un fauteuil pour exprimer son jeu et son talent. Il a su replacer l’ASM sur l’échiquier du rugby français. » Son look, en vogue dans les seventies, le rapproche des Beatles ou autres Rolling Stones, avec son indéboulonnable moustache : « C’était la mode de l’époque, d’ailleurs les stars de Saint-Etienne avait tous ce look ! Mais c’est vrai que la moustache à toujours collé avec mon image et c’est le président de la fédération Albert Ferrasse qui m’avait donné ce surnom de Gaulois » raconte aujourd’hui l’ex stratège asémiste.

Une histoire d’amour sans fin

JP Romeu au stade Michelin avant le match face au Racing. Photo: Vincent Roche

Et comme toutes les rock-stars, Jean-Pierre Romeu a écrit sa légende bien au-delà de sa carrière sportive. Depuis, l’ancien ouvreur international a toujours fait partie de la grande famille de l’ASM : « Mes deux enfants sont nés ici et on a trouvé rapidement nos repères à Clermont. On me parle encore souvent de l’équipe de mon époque ou de ce match de phase-finale disputé à Valence en avril 1976, dans lequel le Perpignanais Paul Goze m’avait mis un sacré « marron ». On s’était qualifié pour les quarts de finale face à Brive et j’avais du disputer la rencontre, diminué, avec un masque de protection. Je n’aurais jamais dû jouer ce match avec le nez et le sinus fracturés mais l’appel du jeu était trop fort… on s’est finalement incliné et ce souvenir reste toujours douloureux. » Cette saison-là, en effet, l’ASM, impressionnant, s’annonçait comme le favori du championnat avec un Romeu au sommet de son art et un pack, le fameux « monstre à seize pattes », prêt à tout renverser sur son passage.

On le croise encore aujourd’hui à chaque match, dans les travées du stade-Michelin comme sur tous les terrains de France, où il prône les valeurs auvergnates : « Avec Jean-Marc Lhermet, nous sommes devenus en quelque sorte des ambassadeurs du club. Aujourd’hui, je suis l’un des vice-présidents et c’est important pour moi de représenter l’image de l’ASM à l’extérieur. J’aime regarder le rugby d’aujourd’hui, tout va plus vite et avec de la précision. Malgré les polémiques sur les commotions, ce sport a évolué positivement à mes yeux et j’aime le jeu de mouvement prôné par l’ASM. »

En ce début du mois de juin, Jean-Pierre Romeu a encore de belles heures à vivre dans une fin de saison qui s’annonce passionnante et décisive pour l’ASM Clermont. A commencer par le face à face contre Lyon, dimanche à Bordeaux. Avec pour enjeu une place en finale du Top 14…

 

Jean-Pierre Romeu

Né le 15 avril 1948 à Thuir dans les Pyrénées-Orientales.

Joueur à l’US-Carmaux puis à l’AS-Montferrandaise pour laquelle il a disputé 266 rencontres de 1968 à 1981 (2087 points inscrits). Le Gaulois a également connu 34 sélections en équipe de France entre 1972 et 1977, année où il remporte le Grand-Chelem dans le Tournoi des 5 nations. Il a inscrit 265 points avec les bleus.

 

 

 

 

 

 

À propos de l'auteur

Julien 0ury

Julien 0ury

Journaliste-commentateur sportif dans des médias nationaux comme Eurosport, Sud Radio ou encore Rugbyrama.fr, c'est un ancien sportif qui a choisi de vivre sa passion jusqu'au bout. Amoureux de sa région, il a la volonté de présenter le sport à travers ses émotions. Diplômé de l'école de journalisme de proximité de Vichy, il souhaite mettre en avant la qualité du travail des clubs sportifs locaux afin de faire connaitre les hommes et femmes qui se battent pour faire perdurer l'activité sportive pour tous.

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