Récemment, sur la place de Jaude à Clermont, la Fédération Française du Bâtiment a organisé le salon Construction N’Tech. La société issoirienne BCM (comme Bâtiment Constructions Modulaires), y présentait 3 modules d’habitation, illustrant tout le potentiel de la construction modulaire.
7 Jours à Clermont a rencontré André Mercier, président et directeur commercial.
BCM, une entreprise rachetée par trois salariés
Racontez-nous l’histoire de BCM
BCM a été créée en 1988 et fabriquait au départ ce qu’on appelle communément du bungalow pour faire des kiosques, des locaux sociaux, pour mettre sur des chantiers. Ensuite, cette entreprise a évolué et s’est mise à fabriquer d’autres produits comme des bureaux ou des écoles. Elle a commencé à monter en gamme, et par la suite, il y a eu plusieurs rachats successifs. En 2007, c’est mon prédécesseur, Olivier Castanie, qui a racheté l’entreprise et qui, là, a commencé à cadrer un petit peu ce qu’il voulait. On est partis réellement sur du tertiaire, beaucoup de tertiaire, et petit à petit on a laissé tomber le bungalow de chantier.
Dans quelles circonstances avez-vous pris la direction ?
En 2017, sur un coup de tête, après une boutade que je lui avais faite à midi, à 18 heures, Castanie est venu me voir, il m’a dit : « André, vous avez raison, je vends la boîte. » Voilà ! Je suis allé voir mes collègues salariés, parce que moi ça m’intéressait beaucoup, j’ai fait le tour, on s’est retrouvés à trois à être intéressés par un rachat, puis là donc on est allés chercher de l’argent parce qu’on n’avait pas un centime devant nous. On a trouvé l’argent et on a pu racheter l’entreprise.
Comment avez-vous abordé ce marché sur lequel existent des poids lourds ?
Ce produit, j’en suis tombé amoureux et j’ai une vision sur ce que j’ai envie de faire, d’apporter pour se différencier des géants du marché sur lesquels on a du mal à être concurrentiel au niveau prix parce que nous, BCM, c’est 6 millions d’euros de chiffre d’affaires. Si l’on prend Cougnaud, c’est 300 millions et quand ils font des achats, ils n’ont pas du tout les mêmes prix que nous. Par contre, on est concurrents exactement sur le même produit.
Construction modulaire ou container maritime
Parlez-nous de ce que vous présentez ici sur le salon Construction N’Tech organisé par la FFB
Aujourd’hui on lance la gamme Deseo, une gamme spécifique habitat. On a fait le choix de partir sur des produits qui sont très qualitatifs et très bien finis, déclinés en trois variantes : la gamme LT, la plus abordable, qui reprend les principales caractéristiques des produits que l’on fabrique jusqu’à présent. Ensuite la gamme Esprit Nature, ossature secondaire bois avec isolant laine de bois biosourcée, du bois en circuit court où là, ce qu’on va chercher, c’est vraiment d’augmenter encore plus le confort. Et après une gamme à base de containers maritimes, Cargo, pour laquelle on a travaillé vraiment l’esthétique du container maritime. On ne l’habille pas, on essaie juste de souligner la beauté de ce produit-là.
D’où viennent les containers que BCM aménage ?
Les containers maritimes, on les trouve chez des marchands de containers… généralement ce sont des filiales des gros transporteurs que sont CMA CGM, mais aussi la SNCF parce qu’elle a une filiale qui transporte des containers. Des containers, on en a dans tous les états, un peu à tous les prix. Sachant que nous, on travaille sur un format spécial, le High Cube, pour avoir de la hauteur sous plafond, faire une isolation performante et avoir quand même une hauteur sous plafond qui soit correcte par rapport aux standards dont on a l’habitude. Et ces containers-là sont quand même plus chers que les containers Dry. Ensuite, compte tenu de notre approche du container, on part sur des containers « premier voyage » où ils ont peu voyagé, ils sont peu abîmés parce que ce que l’on souhaite, c’est montrer leur aspect et ne pas les cacher. On les montre. Donc le moins de défauts possible pour avoir un produit qui soit joli. À moins que le client soit intéressé pour avoir un container plein de cicatrices et accepte la vie du container dans son jardin.
L’impact environnemental est-il plus léger qu’une construction traditionnelle ?
Oui et c’est effectivement l’intérêt. Étant donné qu’on fabrique tout en usine, on maîtrise les coûts, on maîtrise la matière. On sait dès le départ combien ça va coûter, combien ça va coûter en bilan carbone, car aujourd’hui on est obligés de calculer tout ça. Il n’y a pas de dépassement parce qu’on n’a pas d’aléas de chantier comme on peut en avoir sur la construction traditionnelle. Et c’est vrai que ce principe constructif hors-site, on va en entendre parler de plus en plus dans les années à venir, car c’est un principe d’avenir.

Quand l’habitat devient nomade
Vos constructions sont finalement comme certaines “tiny houses” transportables ?
Oui, tout à fait, ce sont typiquement des logements nomades. Si on le souhaitait, on pourrait les mettre sur roues, mais ces bâtiments-là arrivent par camion et peuvent repartir par camion. Demain, vous vous installez dans le Luberon et puis, dans trois ans, vous en avez marre et vous voulez aller ailleurs : eh bien, il suffit juste de débrancher les réseaux, le bâtiment est remis sur un camion et on le transporte à 10 km, à 200 km ou à l’autre bout de la France. C’est le gros intérêt du modulaire : ça s’installe vite et ça se désinstalle tout aussi vite pour être réinstallé ailleurs.
À terme, vous imaginez que la technique modulaire va s’imposer ?
Pour construire des immeubles, on va garder le béton pour faire un pilier central dans lequel on fera passer les ascenseurs, par exemple, et on viendra construire autour avec un ensemble métallique, avec parfois du bois, ou parfois seulement du bois. Si vous allez à Londres, il y a une tour construite — je crois qu’elle fait 98 étages — et ce ne sont que des bâtiments modulaires en bois avec, au milieu, une cheminée dans laquelle se trouvent les ascenseurs.
Avez-vous l’impression de participer à une forme de révolution du BTP ? Est-on en train d’imaginer de nouvelles solutions pour habiter ?
Oui, nous sommes dans une révolution et on s’en rend compte parce qu’en fait, on fait peur à tous les constructeurs de maisons traditionnelles. Ils voient que l’on a un produit qui se développe très, très vite sur un marché qu’ils ne maîtrisent pas du tout. On fait peur aux architectes aussi parce que, comme on construit tout en usine, il est vrai que pour eux, la conduite de travaux et le suivi sont beaucoup moins importants. Peu d’architectes travaillent avec ce produit, mais c’est simplement parce qu’ils ne nous connaissent pas. De notre côté, cela nous intéresserait de travailler avec des architectes ; par contre, il faudrait qu’ils adaptent leur travail et leurs méthodes. Nous serions très heureux de collaborer sur d’autres projets, de plus grands projets, qui seraient pensés par des architectes.

Les architectes invités à découvrir les produits BCM
Mais que pourraient vous apporter les architectes ? Puisque vous avez des modules, il suffit en fait de “jouer aux Lego” et d’assembler des cubes… Qu’apporteraient-ils de plus ?
La créativité. Un architecte est là pour faire de belles choses et il peut nous ouvrir des marchés auxquels on n’a pas accès aujourd’hui. C’est surtout cela. Ensuite, notre métier à nous, c’est réellement de fabriquer et de livrer. On a un conducteur de travaux, mais on n’est pas là pour gérer tout le reste autour. Pour un architecte, le cœur de son métier, c’est la maîtrise d’œuvre. Quand on part sur du modulaire, il y en a beaucoup moins — cela se limite aux abords, aux réseaux et au peu de génie civil dont on a besoin — mais il faut tout de même quelqu’un pour piloter l’ensemble. Je les invite donc à venir nous voir pour que l’on travaille ensemble.
On dit généralement que la pierre est une valeur refuge… Quid de la durabilité des produits BCM?
Dans 50 ans, ce bâtiment, s’il est posé correctement, sera toujours là. On travaille avec de l’acier, et on utilise une membrane EPDM en toiture qui est garantie 50 ans par le constructeur. C’est une membrane d’un seul tenant, donc là non plus, il n’y a plus de problème de fuites. Au niveau de la durée de vie, les premiers bâtiments qu’a construits BCM, qui n’étaient pourtant pas de cette qualité-là, sont pour certains toujours en service avec le même revêtement de sol, le même plancher et les mêmes parois. Ça a vieilli, certes, mais c’est toujours fonctionnel. Pour le reste, il faudra demander cela à mes petits-enfants !








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