On connaît Bernard Boucheix comme chanteur lyrique, organisateur du festival Volcadiva ou encore écrivain sous le nom de Baron de Reyvialles. Le voici désormais sur un terrain où l’on ne s’attendait pas à le trouver : la défense du patrimoine architectural.
En juin dernier, il a lancé son « appel du 18 juin » pour que les autorités se positionnent et envisagent la reprise d’un projet avorté au début du XXᵉ siècle : la construction des quatre flèches supplémentaires du transept de la cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Clermont. Son idée est de lancer dès à présent la réflexion sur un chantier qui pourrait débuter rapidement et s’achever en 2048, afin de célébrer les 800 ans de l’édifice. Pour lui, « à l’impossible nul n’est tenu » ; le chantier express de Notre-Dame de Paris après l’incendie est à ses yeux la preuve de la capacité de la France à se mobiliser et à trouver des solutions lorsque la nécessité se fait ressentir.
Une idée d’Henri-Léon Rapine
Idée géniale capable de favoriser le rayonnement culturel de Clermont ou projet totalement utopique par les temps qui courent ? L’initiative de Bernard Boucheix permet en tout cas de remettre en lumière un projet effectivement présenté en 1904.
Reprenant à son compte le concept de « perfection » pour la cathédrale de Clermont, Henri-Léon Rapine, architecte en chef des monuments historiques et architecte diocésain, propose à l’époque de restituer les quatre tours du transept. Il souhaite alors poursuivre les travaux initiés par Eugène Viollet-le-Duc, achevés en 1902. Risquant de déséquilibrer la « majesté » du massif occidental, ce projet ne sera finalement jamais réalisé.
Transmettre un patrimoine enrichi
Cette proposition de relancer un vaste chantier — façon Sagrada Família — est-elle recevable ? On le sait, Viollet-le-Duc était un architecte qui n’hésitait pas à réécrire l’histoire des bâtiments. Il a d’ailleurs pris quelques libertés en mélangeant les époques sur la cathédrale de Clermont, ou en décidant de construire la flèche de Notre-Dame de Paris. Prendre sa suite ne serait donc pas totalement déplacé.
Mais aujourd’hui, la tendance est plutôt à la conservation figeant les bâtiments historiques dans leur époque. Pour Notre-Dame de Paris, bien que plusieurs projets contemporains aient été proposés, c’est finalement la reconstruction à l’identique qui a été retenue. Dans ce contexte, les spécialistes des Monuments historiques auraient sans doute du mal à valider l’idée d’une telle évolution, y compris en reprenant un projet ancien qui avait déjà été rejeté à l’époque.
Bernard Boucheix défend l’idée de transmettre un patrimoine enrichi plutôt que simplement conservé. Reste à savoir comment l’État, propriétaire des cathédrales françaises, pourrait financer un tel chantier, lui qui a déjà du mal à flécher les investissements vers les simples travaux de sauvegarde. La cathédrale de Clermont bénéficie actuellement de la plus grosse enveloppe de restauration en France après Notre-Dame de Paris : on imagine mal comment les finances publiques pourraient être de nouveau sollicitées pour un projet d’une telle ampleur, même soutenu par des mécènes et de généreux donateurs.












Commenter