Une découverte historique vient d’être officialisée à l’issue de la campagne de fouilles archéologiques de l’été 2026, menée sur l’oppidum de Corent sous la direction de Matthieu Poux, professeur d’archéologie à l’université Lumière Lyon 2. Les recherches ambitionnaient de retrouver des ateliers de production monétaire en périphérie d’une structure déjà repérée en 2024.
Les résultats dépassent très largement les espérances des archéologues, qui ont finalement mis au jour un complexe artisanal monumental, unique dans tout le monde antique.
Une véritable « zone industrielle » gauloise protégée et structurée
Situé à l’intérieur du parc archéologique de Corent, dont le Conseil départemental du Puy-de-Dôme est propriétaire, le nouveau site dévoile une tout autre échelle que l’atelier à bronzes (petites monnaies frappées d’un renard) découvert il y a deux ans. Ce sont en réalité cinq à six ateliers contigus et alignés sur plus de quarante mètres de long, qui ont été dégagés par la centaine d’étudiants et de bénévoles mobilisés du 20 juillet au 10 septembre dernier.
Les structures présentent des caractéristiques exceptionnelles pour l’époque gauloise avec des fondations en pierre, un fait quasiment inédit pour des constructions artisanales de cette période, et un conséquent mur de soutènement et de protection, adossé à l’arrière des bâtiments, destiné à isoler cette zone sensible du reste de la ville.
Des indices matériels menant aux métaux précieux
Le matériel exhumé sur place prouve la nécessité de protéger et de surveiller ces ateliers à l’époque. Des dizaines d’outils en fer, en pierre et en céramique témoignent par ailleurs d’une intense activité de frappe.
Parmi les vestiges les plus remarquables figurent de nombreux fragments de creusets de fonte portant d’infimes traces de métaux jaunes et argentés apparentés à de l’or et à de l’argent.
Les ateliers ont été nettoyés avec une grande minutie, et aucune trace de déchets précieux ou de monnaies finies en métaux nobles n’est apparue. Malgré tout, l’hypothèse d’un atelier dédié aux monnaies précieuses est fortement accréditée par deux indices majeurs :
Le premier est un disque monétaire en plomb, portant l’empreinte de deux poinçons correspondant à une variante de statère d’or, bien connue chez les Arvernes, notamment à Corent et Gergovie, et dans les vestiges de la bataille d’Alésia (52 av. J.-C.).
Le second est un petit coin monétaire en bronze, recueilli en fin de chantier, qui se rapporte probablement au même type ou à une drachme arverne en argent.
Toute la chaîne de production révélée
Avec ces vestiges en état de conservation exceptionnel, les archéologues peuvent pour la première fois reconstituer l’intégralité de la chaîne opératoire de la monnaie gauloise.
Les espaces découverts se divisent en fonctions claires : des zones de fonte, des espaces dédiés à la mise en forme des flans, et enfin des secteurs voués à la fabrication des coins et à la frappe des pièces.
Par son ampleur et son agencement, cet ensemble s’impose comme le seul atelier de cette taille conservé et fouillé de façon aussi exhaustive à l’échelle de l’Europe celtique et du monde antique. Sa position en bordure de la place centrale de l’oppidum évoque les établissements publics d’émission monétaire d’Athènes, de Thessalonique ou de Rome.
Un éclairage nouveau sur la capitale des Arvernes
Daté principalement du second quart du Ier siècle av. J-C. (60-50 av. J-C.), ce complexe confirme le statut éminent de capitale attribué à la ville de Corent avant la guerre des Gaules, juste avant son abandon consécutif aux bouleversements de la bataille de Gergovie, située à seulement sept kilomètres au nord.
Portée par le Laboratoire universitaire d’enseignement et de recherche en archéologie nationale, cette campagne a bénéficié du soutien financier du Conseil départemental et de l’État, ce qui garantit l’autorisation et le suivi scientifique de ces opérations d’envergure.
L’histoire se répète
Coïncidence de l’histoire soulignée lors des fouilles : l’emplacement à proximité de la rivière Allier de cette découverte gauloise fait écho, en contrebas du site, à celui du centre de production papetière et fiduciaire de la Banque de France implanté à Longues, sur la commune de Vic-le-Comte. Il sera bientôt rejoint par les services actuellement encore en fonction à Chamalières dans les bâtiments historiques.












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