Le premier rang du petit théâtre est plein, au cœur de Fort Kochi. La séance de maquillage a commencé. C’est l’heure du Kathakali.
Auteur : Eric Gauthey
« Nulle inscription, nulle pierre, nul signe n’indique où gisent leurs dépouilles. Comme s’ils n’avaient jamais existé. Est-ce un hasard ? Le terrain vague où sont enterrés Shahla et Manuchehr a pour nom Lanatabad, la Terre des Damnés. »
La route va bel et bien finir, dans quelques jours, pour cette dernière étape à Kashan, avant une dernière journée à Téhéran. La poésie à nouveau s’impose avec Omar Khayyam : « Si l’asile est peu sûr, le but encore distant, Sache que finiront la route et ton tourment. N’aie pas de peine ! »
Les ponts d’Ispahan ne régulent plus les eaux du fleuve. La passion romanesque a disparu dans les craquelures du lit sec et à nu. Ils abritent toujours sous leurs arches les passions tristes des habitants qui continuent d’y cacher leurs amours interdits, leurs échanges inavouables, leur simple goût d’être ensemble.
La poésie persane est encore pleine d’à-propos pour cette étape au Dasht-e Kavir, le plus au nord des deux grands déserts iraniens et Mesr, notre point de chute, hameau isolé au milieu des dunes.
" A ce seuil, sans demander vaine gloire ou importance, nous sommes venus. Pour y chercher un refuge contre le sort et ses coups, nous sommes venus. Nous sommes les voyageurs (…), des limites du néant, au pays de l’existence, nous sommes venus". Hafez (1315-1390)
Il cogne dur en cette fin septembre, l’altitude (1 500 m) laissant pourtant percevoir une forme de douceur.
Annoncer à son entourage un prochain départ pour l’Iran provoque bien des réactions, qui n’ont en commun que leur immédiateté.
Ça avait démarré entre deux passionnés, M et E, autour d’un verre. Quelques semaines plus tard – on ne fait pas une association à deux – Pierrette, Daniel, Eric, Jean-Pierre et Michel décidaient d’une association de pur plaisir, de partage de ce goût inextinguible pour l’ailleurs. Vite rejoints par d’autres adeptes de l’ailleurs, la volonté, un peu folle alors, de créer l’événement pour s’ouvrir au plus grand nombre naissait rapidement. La seule biennale annuelle ouvrait pour la première fois ses portes en 1999. Des premières années de pure passion, de pure volonté et à l’huile de...
Entre diversité et uniformité, le voyage demeure une lecture personnelle du monde.


