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Sempé après la représentation de Marcellin Caillou à Paris Photo DR
Sempé après la représentation de Marcellin Caillou à Paris / Photo DR
Culture

Les Ateliers du Capricorne ont joué “Marcellin Caillou” d’après Sempé pour la 400e fois

Comment un album jeunesse né en 1969 traverse-t-il les époques pour continuer d'émerveiller aujourd'hui ? Alors que la compagnie clermontoise Les Ateliers du Capricorne vient de jouer la 400e de Marcelin Caillou à l'Espace Nelson Mandela, son chargé de diffusion, Philippe Mougel, nous livre les secrets de la longévité de ce petit bijou de poésie visuelle.

En ce weekend de Pentecôte, la compagnie de théâtre jeune public clermontoise Les Ateliers du Capricorne, a joué à l’Espace Nelson Mandela de Clermont, sa pièce Marcellin Caillou, d’après Sempé, pour la 400e fois.
À l’issue de cette representation, Philippe Mougel, le chargé de diffusion nous a livré le secret de la longévité de ce spectacle.

Début, il y a 12 ans, à Cournon

Comment est né ce spectacle ?
C’est un spectacle né en 2014 parce que deux membres de la compagnie, à l’époque Katy Jouglet et Fabrice Roumier, étaient et sont toujours, amoureux de Sempé, le dessinateur, notamment d’un album qui s’appelle Marcellin Caillou. Comme ils adoraient cet album et ils ont eu envie d’en faire un spectacle sous forme de théâtre de papier.

Comment sont-ils passés d’un album dessiné au théâtre jeunesse ?
Le travail a commencé à partir de l’album. Il fallait trouver comment transformer un album papier en deux dimensions en théâtre en trois dimensions. Ils ont inventé tout un dispositif, un plan incliné, puis ils ont commencé à travailler tout bêtement avec des photocopies des dessins de Sempé et puis petit à petit le système s’est amélioré puisqu’ils ont travaillé avec un un scénographe qui les a aidés à construire des objets à faire fonctionner sur le plan incliné. Toute l’équipe s’est constituée comme ça, petit à petit. Il y a eu une autre scénographe, Yolande Barakrok, qui a travaillé avec eux, et puis Jean Stratonovitch. Enfin voilà, cette petite équipe a créé ce spectacle.

C’est un spectacle jeunesse, mais des spectateurs de quel âge ?
On dit que le public peut commencer à partir de 6-7 ans. Mais c’est un spectacle tout public, parce que l’histoire qui est racontée est très simple : c’est l’histoire de c’est la rencontre de deux enfants qui deviennent très copains. Ils ont chacun un petit handicap. Il y en a un qui rougit et l’autre qui éternue. Ils deviennent très copains et puis un jour la vie les sépare et ils sont malheureux car l’un des deux déménage. Quand Sempé a fait l’album, il n’y avait pas de portable, il n’y avait pas de réseaux sociaux, on ne pouvait pas retrouver un copain à l’autre bout de la France.
Ils se séparent mais ils ne s’oublient pas, et à la fin de l’histoire, devenus adultes, un jour par hasard dans les rues de Paris, ils se retrouvent et redeviennent amis.
Voilà, l’histoire est donc très simple. C’est une histoire d’amitié, c’est l’histoire de deux enfants qui essaient de bien vivre, qui sont heureux, qui sont joyeux, malgré les petits handicaps, les petits soucis… Marcellin Caillou rougit, on ne sait pas pourquoi, lui non plus, personne ne saura jamais et René Rateau, son copain, éternue tout le temps et on ne sait pas pourquoi. Voilà, ce n’est pas une maladie, c’est comme ça. C’est ça l’histoire.

Marcellin Caillou joué dans 49 départements

Au sein de la compagnie vous êtes chargé de la diffusion de ce spectacle. Est-ce facile de vendre ce spectacle aujourd’hui ? A-t-il davantage tourné à l’extérieur de l’Auvergne qu’en Auvergne ?
En Auvergne, il a quand même beaucoup tourné. Cantal, Allier, Puy-de-Dôme pas mal. La Haute-Loire un petit peu moins, mais il a quand même été beaucoup joué en Auvergne.
Il a beaucoup tourné dans d’autres départements. J’ai compté l’autre jour, on doit être à 49 départements différents en France. Il a beaucoup tourné parce que ce spectacle est né sous une bonne étoile. Parmi les premières représentations, il y a eu une ou deux représentations données au festival Puy-de-Mômes à Cournon en 2014. Et le jour où le spectacle a été joué à Cournon, il y avait une réunion de programmateurs venus d’un peu partout en France. Donc ce spectacle a été vu par des gens qui ont apprécié et qui l’ont programmé. Ça a permis d’aller à Nantes, en Alsace au festival Momix, au festival Petits et Grands.

Et puis il y a eu Avignon…
Oui, festival d’Avignon 2015, dans un lieu très important pour les spectacles jeune public. À l’époque on appelait ça Monclar, maintenant c’est un lieu qui s’appelle le Totem. Et donc à Avignon 2015, de nouveau ce spectacle a été vu par beaucoup de programmateurs. Donc ça a permis de le faire tourner. Et dans les programmateurs qui l’ont vu, il y avait un monsieur qui s’appelait Alain Benzoni. “Benzo”, c’était le directeur du festival du Grand Bornand, un gros festival jeune public. Et donc en 2016, Marcellin Caillou est allé au Grand Bornand, et beaucoup de programmateurs ont encore vu Marcellin Caillou. Donc voilà, il y a eu un enchaînement comme ça au début, au démarrage, de lieux importants qui ont vu et programmé ce ce spectacle, et ça lui a permis de tourner facilement en 2017, 18, 19, 20. Alors là comme tout le monde, il y a eu le Covid donc ça a beaucoup ralenti les choses.
Et aujourd’hui, il tourne encore et toujours
La preuve que ce spectacle est toujours vivant et vivace, c’est qu’en 2026 il tourne encore, il y a des dates prévues en 2027. Alors il y en a moins qu’au démarrage, mais ce spectacle a déjà 12 ans de tournée derrière lui et il est devenu une sorte de classique dans l’histoire de la compagnie et de même dans l’histoire de certains festivals.

“Les gens sont touchés par la poésie de Sempé”

Qu’est-ce qui explique cette longévité auprès des programmateurs ?
L’histoire de Sempé est magnifique, elle touche tout le monde. Elle touche les enfants mais elle touche beaucoup les adultes aussi, parce que perdre un copain et le retrouver longtemps après, c’est quelque chose qui peut toucher tout le monde. Il y a la poésie des dessins de Sempé, ça marche à tous les coups.
Il y a le texte, les dialogues de Sempé qui sont subtils pour les enfants et pour les grands. Et puis je crois que la compagnie surtout, les scénographes ont eu la bonne idée de trouver un dispositif de plan incliné avec un comédien qui est caché dessous et qui fait toutes les manipulations des dessins et des objets. C’est-à-dire qu’on ne le voit jamais. Il y a une comédienne sur le côté de la scène qui, elle, fait le texte et le dialogue avec Marcellin Caillou. En fait, tous les personnages sont cachés. Ce que l’on voit, ce sont les dessins de Sempé, et on entend le comédien qui fait toutes les voix de tous les personnages, une dizaine de personnages en tout.
Ce dispositif est assez magique et assez étonnant. Donc je pense que c’est ça aussi qui plaît et qui fait que les gens sont touchés par la poésie de Sempé, par les dessins, par le dispositif et par l’histoire. Voilà, tout tout marche bien ensemble.

Après, bénéficie-t-il aussi du bouche-à-oreille ?
Oui, aussi forcément, entre programmateurs qui se passent le mot. Je me souviens d’un repas à Avignon avec un programmateur breton qui m’a aidé à vendre le spectacle à un programmateur de l’Ardèche. Le bouche-à-oreille aussi, c’est entre les spectateurs. Par exemple quand on arrive à Avignon, si les trois premières représentations se passent bien, dès la quatrième c’est plein.

Le décor de Marcellin Caillou avec Marcellin et Rene Photo A. Longchampt
Le décor de Marcelin Caillou avec Marcellin et Rene Photo A. Longchampt

Le jour où Sempé est venu voir le spectacle avec le prix Nobel de littérature

Dans les 400 représentations, il y en a une très particulière parce Sempé était présent…
C’était lors d’un festival jeune public à Paris intramuros, qui a la particularité d’être joué dans des lieux historiques, pas forcément des théâtres. Là, on était à la Bibliothèque polonaise de l’Île Saint-Louis, qui est un lieu magnifique. Sur la scène, à côté, il y avait un piano qui avait appartenu à Frédéric Chopin… et Sempé est venu. On l’avait contacté plein de fois, mais il avait un peu du mal à se déplacer. Mais là, c’était pas très loin de chez lui à Paris, donc il est venu. Et ce jour-là, il a amené avec lui un autre spectateur de marque. La salle était bondée, il a fallu faire une place pour Sempé et la petite troupe qui est venue avec lui et un autre visiteur de marque, le prix Nobel de littérature Patrick Modiano. Donc ce jour-là dans la salle, il y avait Sempé, Frédéric Chopin et Modiano. C’est pas tous les jours non plus qu’on joue devant un prix Nobel de littérature.

Ce soir c’est reparti pour 400 autres représentations ?
Ah mais moi, si je peux en vendre 400 autres, je ne me gênerais pas ! j’espère que ce spectacle aura une longue vie encore, et je pense qu’il peut avoir une longue vie. On pourrait même imaginer que ce spectacle, avec ce dispositif, soit repris peut-être un jour par une autre équipe. Il n’en a jamais été question pour le moment, mais j’imagine ça. Je me dis peut-être qu’un jour, quand les membres de l’équipe l’auront encore joué 100 fois de plus, ils se diront « Tiens, on on a envie de transmettre à quelqu’un d’autre ». Donc pourquoi pas, je pense que ce spectacle fait partie de ceux qui sont immuables, intangibles. Voilà, ça pourrait continuer très longtemps comme ça parce que le projet de Sempé est de toutes les époques. L’histoire Marcellin Caillou, a été créée en 1969, alors on pourrait se dire c’est déjà daté, vieillot, ben pas du tout. On s’y retrouve totalement parce que c’est une histoire simple, c’est une histoire d’amitié. Ça fonctionnait en 69, ça fonctionne en 2019 et ça fonctionnera sûrement en 2039 ou 2059.

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À propos de l'auteur

Olivier Perrot

Pionnier de la Radio Libre en 1981, Olivier Perrot a été animateur et journaliste notamment sur le réseau Europe 2 avant de devenir responsable communication et événements à la Fnac. Président de Kanti sas, spécialisée dans la communication culturelle, il a décidé de se réinvestir dans l'univers des médias en participant à la création de 7jours à Clermont.

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