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Pierre Boulanger et "sa" 2CV / Photo DR
Pierre Boulanger et "sa" 2CV / Photo DR
Histoire

Le 11 novembre 1950, Pierre Boulanger se tuait sur la N9, un drame pour Citroën et Michelin

Il y a pile 70 ans, le 11 novembre 1950, Pierre Boulanger, directeur général des usines Citroën, alors propriété de Michelin, se tuait sur la Nationale 9. Thierry Dubois, dessinateur-illustrateur et historien des routes revient sur le drame pour 7 Jours à Clermont

Il est 13h15, ce samedi 11 novembre 1950. Monsieur Jastrelski, cultivateur, débouche d’un chemin qui donne sur la Nationale 9 au Broût-Vernet, quelques kilomètres au Nord de Gannat, Allier. Il voit passer une Citroën Traction Avant noire qui roule assez vite vers Clermont-Ferrand. Alors qu’il s’engage avec son tracteur sur la Nationale, il entend un grand fracas au loin : après plusieurs embardées, la Traction Avant a terminé sa course, enroulée autour d’un arbre… Il se précipite mais ne peut rien faire pour le conducteur, manifestement tué sur le coup et coincé dans l’habitacle. Sa femme est blessée et gémit doucement. Les secours s’organisent et elle est évacuée vers l’hôpital de Clermont-Ferrand.

Le trajet Paris-Clermont servait souvent de banc d’essai

Rapidement, la nouvelle parcourt le pays : l’homme tué dans l’accident est Pierre Boulanger, Directeur Général des usines Citroën, ami intime de la famille Michelin. Avec son épouse, ils avaient quitté Paris le matin, avaient déjeuné à Moulins et se dirigeaient vers la maison familiale de Lempdes, près de Clermont. Et comme à chaque fois qu’une telle personnalité disparait, des questions se posent : s’agirait-il d’un attentat comme on l’a supposé pour la mort de Pierre Michelin 13 ans plus tôt ? Sa voiture était-elle un prototype spécial, équipé d’une boite 4 vitesses qui aurait eu une défaillance ? Ou d’un nouveau moteur destiné à la VGD (la future DS) ?
La Traction de Pierre Boulanger après l’accident

Il semble qu’il ait été victime d’un malaise, c’est du moins ce que racontera sa femme qui, occupée par un ouvrage de couture, l’a senti tomber sur elle juste avant l’accident. Les photos de l’auto montrent que la mécanique semblait d’origine, ou plutôt qu’il s’agissait d’un montage en avant-première du moteur de la future 11D, légèrement plus puissant, qui sera monté en série à partie de 1955. Il est vrai que le trajet Paris Clermont-Ferrand servait souvent de banc d’essai pour les dirigeants de Michelin et Citroën, qui faisaient régulièrement part de leurs observations au bureau d’étude de la marque aux chevrons. Ils y payeront un lourd tribut avec la mort de Pierre Michelin en 1937 et de Jean-Luc Michelin et sa famille en 1949, sans oublier le grave accident de Robert Puiseux en 1947 et celui de Pierre Boulanger.

Ancien combattant de la grande guerre et “père” de la 2CV

Né en 1885, Pierre Boulanger avait connu la famille Michelin pendant son service militaire. Ancien combattant de la Grande Guerre qu’il termine avec le grade de capitaine, la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur, il rejoint la firme Michelin en 1919. Lorsque Michelin reprend Citroën en 1935, il seconde le nouveau directeur Pierre Michelin et le remplace après sa mort. Pierre Boulanger est le père de la 2CV Citroën dont il aurait eu l’idée en voyant les paysans au marché de Lempdes : un petite voiture très légère et économique permettrait de motoriser facilement le monde du travail. (voir notre article 2cv l’immortelle) Stoppé par la guerre, le projet verra le jour en 1948 avec le succès que l’on sait. Autre réalisation, la VGD, future DS, dont il ne verra pas la sortie 5 ans après sa mort, au Salon 1955. Une stèle lui rend hommage sur les lieux de l’accident au bord de la Nationale 9, au lieu-dit Le Poirier, à Broût-Vernet (03).

A propos de Thierry Dubois, auteur de cet article

Thierry Dubois est un dessinateur et illustrateur, passionné d’histoire et d’automobile. Son trait restitue à merveille  les ambiances routières.  Il est  un grand spécialiste de l’histoire des routes, de la Nationale 7 en particulier. (voir http://routenationale7.blogspot.com/)
Il collabore régulièrement à plusieurs revues automobiles et travaille aussi pour la publicité et l’édition. Il est l’auteur de quelques ouvrages sur l’histoire des routes.

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