La récente parution de l’ouvrage de la collection « Cette année-là à Lyon », 1944, l’assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, remet en lumière l’épisode clermontois de la vie de ce grand historien engagé.
L’auteur du livre, Stéphane Nivet, de l’université Jean Moulin de Lyon, ouvre son récit par un chapitre intitulé « Anatomie d’un crime » qui pose une vision historique sans détour : Marc Bloch n’a pas été fusillé, il a été assassiné. Son exécution est a minima un crime de guerre, qui ne relève ni d’un jugement confié à un peloton d’exécution, ni d’une pratique admissible en temps de guerre. Elle résulte de la folie criminelle des nazis qui, après d’interminables séances de torture et des semaines d’emprisonnement dans des conditions indignes, ont commandé qu’on l’abatte par représailles, froidement, sans croiser son regard, et qu’on l’achève au milieu de 29 autres cadavres, abandonnés à même le sol une nuit durant. Le récit de cet assassinat éclaire aussi la nature de l’idéologie contre laquelle Marc Bloch avait décidé de se battre.
En poste à l’université de Strasbourg repliée à Clermont
Avant cette tragique journée du 16 juin 1944, Marc Bloch avait eu le temps de prouver un engagement personnel sans faille, tant pour la transmission du savoir historique que pour la défense de la France, engagement qui sera rappelé le 23 juin 2026, lors de son entrée au Panthéon.
Marc Bloch, issu d’une famille juive originaire d’Alsace, a combattu pour la France durant les deux guerres mondiales, ce qui lui avait valu d’être plusieurs fois décoré. Après avoir enseigné l’histoire dans des lycées, il est devenu maître de conférences dès 1919 à l’université de Strasbourg redevenue française. À cette époque, il fait preuve déjà de ses capacités à se détacher de « l’histoire historisante ».
Alors qu’il souffre d’une polyarthrite invalidante et qu’il est âgé de 53 ans, il demande à combattre en 1939 et participe à la campagne de France tout en restant un historien témoin du naufrage de la IIIe République et de l’incapacité d’un commandement responsable du désastre de la « drôle de guerre ». Exclu de la fonction publique par le gouvernement Pétain à cause de ses origines juives, il obtient une dérogation pour « services exceptionnels » et retrouve un poste à l’université de Strasbourg repliée à Clermont. Marc Bloch ne reste pas longtemps en Auvergne, demandant sa mutation pour Montpellier en 1941 pour offrir à sa femme, dont la santé est précaire, de meilleures conditions de vie. Poussé à la retraite en 1943, il entre en clandestinité alors que la zone sud est envahie. Il s’engage alors dans la Résistance, dont il devient l’un des chefs pour la région lyonnaise au sein de Franc-Tireur, puis dans les Mouvements Unis de la Résistance (MUR).
Arrêté le 8 mars 1944 par la Gestapo, il est interné dans la terrible prison Montluc gérée par Klaus Barbie.
L’histoire rocambolesque du manuscrit de L’Étrange Défaite
Évacué du front par Dunkerque, Marc Bloch rédige, en Creuse, l’ouvrage majeur L’Étrange Défaite, un essai sur la bataille de France, durant l’été 1940. Partant vers Montpellier, il donne le manuscrit à un ami qui le confie à son tour aux époux Canque, deux résistants clermontois qui cachent la boîte en fer contenant le manuscrit, dans une tonne qu’ils possèdent à Montjuzet.
Au printemps 1944, les Allemands s’emparent de la tonne pour y installer une batterie de DCA. Ils jettent tout par la fenêtre, y compris la boîte en fer qui n’attire pas spécialement leur attention. Le docteur Canque parvient à la récupérer et va l’enterrer à Orcines, dans le jardin de la maison de son beau-père. Elle ne sera jamais trouvée par les Allemands, pourtant stationnés quelque temps plus tard, au pied du puy de Dôme.
À la Libération, le manuscrit est rendu à la famille Bloch. L’Étrange Défaite est publié en 1946, devenant un livre de référence.
Cette année-là à Lyon : 1944, l’assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, par Stéphane Nivet,
Éditions Midi-Pyrénéennes.




Cette année-là à Lyon : 1944, l’assassinat de Marc Bloch, un historien dans la Résistance, par Stéphane Nivet,


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