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L'Essentiel
Avec des revenus de billetterie et de sponsoring largement insuffisants, le club peine à rivaliser financièrement avec d'autres équipes de Ligue 1, affichant une affluence moyenne de 9 772 spectateurs et 4,8 millions d'euros en partenariats.
Malgré une gestion prudente ayant limité les charges à 42,9 millions d'euros, le Clermont Foot 63 fait face à un déficit prévisionnel de 7 millions d'euros pour la saison en cours, ce qui met en péril sa stabilité financière sans ajustements stratégiques.
Derrière des chiffres globalement rassurants se cache une réalité plus nuancée : celle d’un club contraint à des équilibres précaires, dont la survie au haut niveau dépend d’une mécanique bien huilée de trading de joueurs et de financements exceptionnels.

Un modèle sous contraintes
Avec un chiffre d’affaires hors mutation de 43.7 millions d’euros (dont 16.5 millions d’euros issus du fonds CVC*), Clermont affichait des revenus en trompe-l’œil.
Sans cette manne, le club restait, et de loin, le petit poucet de Ligue 1, largement distancé par des formations comme Lorient (47 millions d’euros), Metz (54 millions d’euros), Montpellier (54 millions d’euros), Reims (58 millions d’euros) ou encore Brest (63 millions d’euros).
Seul Le Havre affiche un chiffre d’affaires inférieur de 7 millions d’euros de moins, mais n’ayant pas eu accès au fond CVC de 16.5 millions d’euros, son CA réellement lié à son activité est près de 10 millions d’euros supérieur !
Un handicap majeur que le club n’a, de manière évidente, pas pu combler dans un championnat où les écarts budgétaires font statistiquement la différence sur le terrain.
Une billetterie et des sponsors à la peine
Les recettes matches plafonnaient à 2.4 millions d’euros, bien en deçà des standards de l’élite, avec une affluence moyenne de 9 772 spectateurs, soit 5 000 de moins que l’antépénultième.
Les sponsors et la publicité apportaient 4.8 millions d’euros, un chiffre à peine supérieur à la saison précédente malgré la visibilité apportée par la 8ᵉ place obtenue en 2022/23. Soit près de 2 millions d’euros de moins que le second club le moins efficace dans le domaine (Lorient avec 6.5 millions d’euros)
La faible notoriété et la concurrence locale de l’ASM ayant freiné probablement la progression dans ces deux domaines. Tout comme les travaux du stade.
Des charges maîtrisées mais incompressibles
Le CF63 a limité ses charges hors mutation à 42.9 millions d’euros, le plus bas total de la Ligue 1, preuve d’une gestion prudente.
La masse salariale restait également modeste à 23 millions d’euros, très loin des standards de l’élite et des autres “petits” (Lorient 47 millions d’euros, Brest 41.5 millions d’euros, Toulouse 38 millions d’euros, Le Havre 31 millions d’euros, Metz 30 millions d’euros).
L’amortissement des indemnités de mutation* pèse 3.4 millions d’euros qui correspondent aux indemnités versées pour Cauffriez, Pelmard, Keïta et Andric notamment, tandis que les honoraires d’agents atteignent 1.3 millions d’euros.
Enfin, 15.2 millions d’euros sont regroupés sous « autres charges », incluant les 4 millions d’euros facturés à la holding de la présidence (d’après les informations de Romain Molina), une charge éminemment critiquée.
Un modèle dépendant des ventes de joueurs
Le résultat hors mutation s’élève à 754 000 €, insuffisant sans les 16.5 millions d’euros du CVC pour avoir un budget à l’équilibre.
La vente de joueurs (Seidu, Wieteska notamment) a rapporté 8 millions d’euros, contre 19.2 millions d’euros la saison précédente mais surtout contre 14.5 millions d’euros attendus. L’écart interroge. Mais si les montants attendus n’apparaissent pas, c’est probablement en raison de droits détenus en partie par la holding ou par d’autres structures extérieures (on pense notamment à l’Académie JM Guillou où Alidu Seidu a fait ses classes et qui aurait touché près de la moitié des 11 millions d’euros de la vente de ce dernier au Stade Rennais).
Une situation nette solide… en apparence
Les fonds propres affichent 11.9 millions d’euros au 30 juin 2024, contre 15,9 millions d’euros un an plus tôt, après un bénéfice net de 3.7 millions d’euros et un versement de 8 millions d’euros de dividendes.
Ce matelas, largement dû aux apports du CVC, pourrait vite fondre en cas de déficit confirmé de 7 à 8 millions d’euros attendu en 2024/25.
Le club devrait alors sérieusement ajuster son train de vie pour satisfaire la DNCG*.
Des dettes contenues mais des signaux d’alerte
Le passif reste modéré avec 1.5 millions d’euros de dettes financières et 2 millions d’euros de dettes sur mutations de joueurs.
Les autres dettes (essentiellement salaires) sont à 11.2 millions d’euros, en net repli après les primes versées en 2022/23.
Les comptes courants d’actionnaires atteignent 2.2 millions d’euros, signe d’un soutien ponctuel de la direction face aux tensions de trésorerie. Attention tout de même au taux pratiqué pour ces crédits.
Un litige et des incertitudes
Les provisions pour risques et charges* grimpent à 4.6 millions d’euros, probablement liées au contentieux latent, possiblement avec Jérôme Champagne, des joueurs ou des clubs…
Si le club devait utiliser cette provision, l’impact serait lourd sur ses équilibres financiers déjà fragiles. A l’inverse, s’il venait à ne pas en avoir besoin, ce serait comptablement intéressant et permettrait de combler en partie le déficit prévisionnel de la saison 2024/2025.
Des investissements au service du modèle
Les autres immobilisations atteignent 4.8 millions d’euros, reflet des investissements dans le centre de performance et les équipements, financés par les apports exceptionnels.
Un atout structurel indéniable qui manifeste l’investissement et la croissance du club mais qui pèse désormais sur les amortissements.

Optimisation fiscale et frais de holding
Les 4 millions d’euros facturés par la holding* d’après Romain Molina illustrent une stratégie classique d’optimisation, réduisant le résultat imposable en France au profit d’une fiscalité plus clémente en Suisse.
Si cela reste légal, la pratique soulève des questions quant à la part des ressources effectivement consacrée au développement sportif du CF63.
Un équilibre précaire
Le Clermont Foot 63 a prouvé qu’il était possible d’exister en Ligue 1 avec un budget minimaliste et une gestion rigoureuse. Mais exister n’est pas durer ! Et le Clermont Foot 63 a failli en payer le prix en ratant, qui plus est, totalement sa transition vers la Ligue 2 la saison dernière.
De même les créances sur mutations de joueurs de 11.1 millions d’euros indiquent que les fonds des ventes n’ont pas entièrement été perçus par le club (ce qui est classique). Et cela peut avoir un impact sur la capacité d’investir du club en cas de problématique pour trouver des financements (ce qui n’est pas le cas actuellement).
Ce modèle, qui repose donc sur des ventes de joueurs régulières, des financements exceptionnels (comme le CVC) et une stricte maîtrise des coûts fait que le moindre grain de sable peut transformer cet équilibre en un cercle vicieux difficile à enrayer.
En définitive, les comptes 2023 /24 du Clermont Foot 63 mettent en lumière un club exemplaire dans la rigueur budgétaire mais prisonnier d’un modèle économique contraint.
Même si le CF63 reste un des clubs français “vertueux” dans ses finances, derrière des chiffres dans le vert, la réalité d’une dépendance au trading de joueurs et aux apports exceptionnels apparaît en filigrane.
Avec un déficit annoncé pour la saison en cours (7 millions d’euros) et la suivante (13 millions d’euros), un contexte général du foot français délétère, des résultats sportifs compliqués, un litige potentiel qui plane, et sans nouvelle manne extérieure, l’avenir du CF63 passera par des ajustements financiers et stratégiques profonds et réguliers s’il veut éviter la double peine : descente sportive et fragilité financière majeure.
Quelques notions clés
*CVC : Fonds d’investissement ayant injecté des capitaux dans la Ligue 1 ; Clermont a perçu deux tranches (sur 2 ans) de 16,5 M€.
*Amortissement des indemnités de mutation : Répartition comptable du coût d’un joueur sur la durée de son contrat.
*Provisions pour risques : Sommes mises de côté pour anticiper des charges futures liées à litiges en cours.
*Holding : Société mère qui centralise certaines charges et activités du groupe, ici Core Sports Capital.
*DNCG : Organe de contrôle financier des clubs professionnels français.













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